Les coups d’état sont aisés; mais gouverner n’est pas facile, M. Frindéthié

image, auteur anonyme

Depuis sa brutale accession au pouvoir, le bravetchè ne semble plus trouver nulle part les pluies de milliards qu’il promettait aux Ivoiriens. En fait, plutôt que le sauveur qu’il s’autoproclamait, c’est un mendiant qu’il nous est donné de voir, qui parcourt les capitales européennes la sébile à la main, à l’heure où l’Europe elle-même a le regard tourné vers l’Orient. Et pourtant, nous l’avions vu venir, lorsque nous écrivions ceci le 16 janvier 2011 :

A voir les gesticulations de Ouattara, me vient à l’esprit une métaphore malheureuse, celle de l’anesthésiste de Michael Jackson, qui avait coutume de tuer chaque soir son patient avec une forte dose de propofol dans l’espoir de pouvoir le réveiller le lendemain. Nous savons tous comment cela s’est terminé. Notre manipulateur n’a pu ressusciter la grande star mondiale. Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire a son propre Dr. Frankenstein, en la personne de Dramane Ouattara, qui, dans sa folie du pouvoir, en appelle à l’asphyxie économique et humaine de la Côte d’Ivoire. Pilonnez le pays à la bombe ! Soufflez les acquis de 50 ans ! Affamez le peuple, tuez les enfants, les femmes et les vieillards, pourvu que j’aie le pouvoir ! Une fois au pouvoir, je restaurerai tout,  comme si rien ne s’était jamais passé. Mais Ouattara qui n’a jamais pu redresser l’économie ivoirienne en temps de paix, saura-t-il jamais cicatriser la Côte d’Ivoire après lui avoir porté tous ces coups ?

La leçon de l’Orient à l’Occident, M. Frindéthié

Cette semaine, une Europe en banqueroute, désorganisée, tourmentée, incertaine de son futur, une Europe en culbute , plate, étalée, payant le tribut d’avoir flotté trop longtemps dans une grandiloquente illusion de bien-être, de suffisance et de bonne conscience, s’est rendue à l’évidence, contrainte qu’elle était de tendre la sébile à la chine, à ce fier pays de plus d’un milliard d’habitants, qu’elle n’a pourtant jamais cessé de caricaturer, dont elle n’a jamais cessé de parodier l’effort de développement, qui était devenu le canular de ses faiseurs de blagues. Et lorsque Sarkozy, penaud, piteux, tout recroquevillé comme jamais il ne le fut auparavant dans son existence de la fable du crapaud qui veut se faire plus gros que la vache, vint implorer la bonté de Hu Jintao l’écuelle à la main, le président chinois, qui, à cette occasion, aurait pu faire de l’Europe une bouchée, fit montre d’une sagesse confuciusienne, oublia toutes les méchancetés hier encore proférées à l’égard du pays du soleil levant, et sauva l’Europe d’une catastrophe toute imminente, enseignant par là-même, une sagesse bien orientale à un Occident devenu trop insolent : « ne fais pas à autrui ce que tu n’aimerais pas que l’on te fît ». Ceci pour dire que, dans la grande famille globale où nul n’est une île isolée, où tout autre dépend nécessairement de tout autre, le bien-être de l’un est inéluctablement amarré à la félicité de l’autre. Puissent les leaders du monde blanc s’approprier cette sagesse orientale ; eux qui continuent d’investir tant d’énergie à affaiblir le Tiers-Monde.                 

2011 G20: The Orient Strikes Back … at Episteme (Archives, 9-24-2011), Frindéthié

“… in the West, the tree has implanted itself in our bodies, rigidifying and stratifying even the sexes … we have lost the rhizome or the grass. ‘China is the weed in the human cabbage patch … The weed is the nemesis of human endeavor … Eventually the weed gets the upper hand. Eventually things fall back into a state of China … the weed exists only to fill the waste spaces left by cultivated areas’” 

We are living the age of post-Orientalism. Though in the Occidental imaginary, deeply ingrained in the quotidian conversations of the West, the Orient is still referred to as the “Dark Age,” indeed, the Orient is, from this time forth, the subject of global economic/political enunciations. The Orient dictates the pace. For decades now the Orient has been inscribing its law to the Occident. Yet, there is in the West a denial of the Orient’s dominance, an ultimate, desperate effort to stand Occidental episteme on its degenerating feet in spite of indication of its passing, an effort to transform lamentations and sufferings into a heroic principle and subsist by that principle by identifying the tiniest ray as a halleluiah. Even where “living” has amounted to living as a slave in a shared folie circulaire aggressively watched over by a cultural police, jealously safeguarded by a class of Wall Street speculators—O self-flagellation!–an apollonian yearning to cling to the fungus-covered museumified Doric columns of Western ordre des choses has been cultivated through a revival Greece. If Greece falls, it is Western epistemology, the ossature of Western political, economic, bureaucratic, and encyclopedic system, which altogether crumbles. Greece has to be greased up to its feet. The fall of Greece metaphorizes the demise of Euro(pe). It’s a “G” imperative–Save Greece at all cost!—that gathers the G20. Europe’s mouth-to-mouth to Occidental epistemology has failed. The West turns to the East with deep sadness. Things are falling back into a state of the Orient. The Orient, the weed, the Dark Age—in the general grid of that-of-which-the-West-used-to-speak– this time, forcefully ascertains its presence and writes things in its own terms. Greece—or Western political/economic episteme can be resuscitated by the Orient at the cost of great dilution. The Barbarians strike back at the “civilized world.” The West must die in order to be reborn in an Oriental wisdom. “Get your home in order!” summons a wiser Orient to the West. The Orient’s bailout of the Occident is a humiliation; but does one have the luxury of qualifying the hand that throws a lifeline?

Le nouvel ordre mondial et la nouvelle politique de l’amitié (Publié le 28 mars 2011), M. Frindéthié

La Côte d’Ivoire est agressée par les puissances occidentales sous le prétexte d’un faux procès électoral ; et tous ses amis d’antan, l’ont lâchée. Ben Ali est acculé par son peuple ; et la France, qui jusqu’à la onzième heure ne jurait que par lui, l’a abandonné, allant même jusqu’à lui refuser l’asile politique. Moubarak est sous les feux d’une « révolte » populaire ; et après une Samba experte, Obama l’a conspué. Kadhafi se voit dérouler le tapis rouge à l’Elysée, plante sa tente devant la seine, se fait chanter ses gloires en privé par Byonce, Maria Carey et Justin Timberlake, et la semaine d’après nous est présenté comme le fils de Satan, buveur du sang de son peuple. Sans vouloir approximer ces divers événements, ils ont quand même une histoire commune à nous raconter : Depuis la chute du bloc soviétique, une nouvelle politique de l’amitié est née, qui est plus rhizomatique et éphémère que géométrique et stable. Entre la fin de la deuxième guerre européenne et la chute du mur de Berlin, c’est-à-dire, pendant la Guerre froide, les amitiés internationales coalesçaient plutôt sur les mêmes points d’accumulation, notamment la Géographie et l’idéologie. L’on opposait aisément l’Occident à l’Orient, le Nord au Sud, ou le capitalisme au communisme ou au socialisme. Depuis 1989, cependant, ces critères de catégorisation sont devenus obsolètes au point où l’amitié elle-même semble reposer sur un illogisme pur. Ne nous méprenons pas toutefois. Derrière cette nouvelle politique de l’amitié apparemment chaotique niche une logique bien pensée, que les états en transition qui ont pu résister aux chocs financiers et économiques de 2008 ont su appréhender.

La nouvelle politique de l’amitié, sous-tendue d’une intensité rhizomatique, est en fait le nom propre de cette nouvelle mondialisation qui a vu le jour depuis le Consensus de Washington. Elle n’est pas chaotique. Elle est tout simplement hétérogène, non organisationnelle, anti généalogique. Historiquement, les peuples d’Afrique, d’Asie, et d’Amérique latine, contrairement à leurs cousins d’Amérique du Nord (blanche) et d’Europe de l’Ouest, ont une perception plus affirmée de l’amitié. Ils s’attachent plus facilement à leurs altérités et leur restent fidèles plus longtemps. Cette perception de l’amitié personnelle, que, pour les besoin de la discussion, je qualifierais ici d’amitié invariable, a été importée en politique internationale ; de sorte que même les Asiatiques et les Africains étaient demeurés des partenaires fidèles de leurs interlocuteurs idéologiques, bien que ceux-là ne leur rendissent pas toujours la même fidélité. En 1989, avec la dissolution du bloc soviétique, alors qu’une reconsidération des amitiés s’avérait nécessaire, l’Afrique choisit encore de personnaliser ses amitiés politiques. L’Asie, par contre, choisit la voie de la défamiliarisation, compartimentalisant l’amitié, estimant qu’il y a une loge pour l’amitié personnelle et une autre loge pour l’amitié politique ; et que le degré de fidélité accordé aux interlocuteurs du premier espace ne devait pas correspondre nécessairement au degré de fidélité accordé aux interlocuteurs du second espace. Telle était la logique fondamentale de la nouvelle mondialisation. L’ayant comprise, l’Asie valsait au bal de l’Occident d’un pas plus gracieux que l’Occident lui-même, changeant de partenaire au gré des ses humeurs et de ses intérêts, pour finalement battre l’Occident à son propre jeu de versatilité et d’inconstance, pendant que l’Afrique demeurait permanente dans la répétition automatique d’une amitié personnelle confondue à l’amitié politique. C’est ainsi que la Chine arracha à l’Angleterre, à l’Allemagne et à la France le titre de seconde puissance économique mondiale et devint la créancière de l’Amérique et de l’Europe.                 

Affaires africaines: l’entretien qui accuse Sarkozy

24 octobre 2011 | Par Fabrice Arfi et Karl Laske

L’homme reçoit dans un luxueux appartement du XVIe arrondissement de Paris. Les murs sont recouverts de toiles religieuses, mais lui n’a pas toujours des mots très catholiques. Sa cible : la «Sarkafrique». Au lendemain de son départ à la retraite, l’homme d’affaires franco-espagnol Jacques Dupuydauby, président du groupe portuaire Progosa, dénonce dans un entretien à Mediapart les pressions de Nicolas Sarkozy sur plusieurs chefs d’Etat de l’Afrique de l’Ouest pour que l’industriel Vincent Bolloré, intime du président français, décroche de juteuses concessions portuaires. Un chantage d’Etat.

Ancien vice-président du groupe Bouygues et proche des réseaux chiraquiens, M. Dupuydauby affirme avoir personnellement recueilli les confidences embarrassantes de plusieurs présidents africains, dont Faure Gnassingbé (Togo) et Denis Sassou N’Guesso (Congo).

 

J. Dupuydauby J. Dupuydauby

« Quand M. Bolloré s’implante quelque part, il utilise le président français comme son VRP de luxe. M. Sarkozy, de son côté, met dans la balance les relations franco-africaines et fait des pressions », affirme Jacques Dupuydauby. L’homme d’affaires, qui avoue « ne pas être un perdreau de l’année », tranche : « On est passé de la Françafrique des mallettes à la Sarkafrique des concessions. »

Agé de 65 ans, récemment condamné au Togo à vingt ans de prison dans une affaire dont il dit ne rien connaître et qu’il soupçonne avoir été orchestrée par Vincent Bolloré, l’industriel réclame désormais l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire sur le « système Sarkozy en Afrique ».

Votre société, Progosa, avait remporté en 2001 la concession du port de Lomé au Togo, que vous avez brutalement perdue en 2009. Que s’est-il passé qui puisse expliquer ce renversement de situation ?

Il s’est passé l’élection de Nicolas Sarkozy. Après le sommet de Lisbonne, qui s’est tenu en 2007 sur le thème « Europe-Afrique », Faure Gnassingbé, l’actuel président du Togo, que je voyais tous les mois, m’a soudainement expliqué : “J’ai un gros problème.” Au sommet de Lisbonne, Sarkozy lui a en effet annoncé que la France soutenait ses amis, dont le Togo fait partie, mais qu’en contrepartie la France attendait de ses amis qu’ils se comportent vis-à-vis d’elle de façon, disons, amicale.

C’est-à-dire ?

C’est-à-dire que, je cite, “quand on est l’ami de la France, on est l’ami des sociétés françaises”. Et Sarkozy lui a demandé de donner la gestion du port de Lomé au groupe de son ami Vincent Bolloré.

Vous le tenez de la bouche du président togolais ?

Parfaitement. Plusieurs ministres togolais me l’ont également confirmé. Faure Gnassingbé m’a dit qu’il allait résister, mais il n’a pas pu. Car le coupable, dans cette affaire, ce n’est pas Faure Gnassingbé. Vous êtes président du Togo, vous avez des élections qui approchent, vous savez que cela va être très tendu, par conséquent, vous espérez que le gouvernement français reconnaisse votre légitimité – ce type de geste diplomatique a encore beaucoup d’importance en Afrique francophone. La suite est assez simple à comprendre. 

La justice togolaise manipulée ?

La suite, donc. Vous avez été condamné le 7 septembre dernier à vingt ans de prison ferme et plus de 350 millions d’euros d’amendes par un tribunal de Lomé pour «abus de confiance», «délit d’escroquerie», «usage de faux», «fraude fiscale», «destruction volontaire» et «groupement de malfaiteurs». Quelle est l’origine de cette procédure ?

 

C’est une histoire folle. Nous n’avons même pas été avisés par l’Etat du Togo ou par qui que ce soit de ce jugement rendu en 2011! Et pour cause: dès notre départ en 2009, on savait que nous ne pourrions plus y retourner, nos bureaux étaient occupés et nos dossiers saisis. En 2009, quand le groupe Bolloré a commencé à nous chasser de Lomé, nous savions seulement qu’il y avait un contrôle fiscal en cours contre nous.

En mai 2009, alors que j’étais au Burkina Faso, les autorités togolaises, sous la conduite du conseiller spécial du président Gnassingbé, l’ex-avocat Charles Debbasch, sont entrées dans l’une des maisons louées par ma société au Togo pour s’emparer de nos archives. Celles-là mêmes que l’on nous accuse aujourd’hui d’avoir fait disparaître. Extraordinaire !

Quand on a vu ce qui se passait, nous ne sommes pas rentrés du Burkina Faso au Togo. Et c’est comme ça que nous avons été accusés d’avoir fui, alors que nous avons quitté le territoire légalement – je tiens à votre disposition mon passeport tamponné–, et qu’un mandat d’arrêt international a été émis à notre encontre. Enfin, paraît-il…

Avec plusieurs de mes collaborateurs, nous sommes donc allés à Ouagadougou, où nous nous sommes mis sous la protection du président Blaise Compaoré. Notre directeur local, M. Broutin, lui, a fait 45 jours de prison au Togo. Et l’ambassade de France n’a pas levé le petit doigt, elle n’est même pas allée le voir ! Les autorités locales l’ont finalement sorti parce qu’ils avaient peur qu’il meure en prison. D’après moi, toute cette affaire a été orchestrée par M. Bolloré.

 

Port de Lomé Port de Lomé

Comment le savez-vous ?

Dans l’heure qui a suivi notre départ, Bolloré a pris possession des lieux et récupéré la concession du port de Lomé. Ils ont tout pris ! Le directeur général de Bolloré a été nommé directeur de nos sociétés en une heure… Par la suite, toutes nos tentatives d’indemnisation ont été mises à mal par Charles Debbasch, qui, en plus de conseiller le président du Togo, semble aussi être le bras séculier de Bolloré dans le pays.

Et j’apprends début octobre par un site internet togolais officiel, Republic of Togo, que j’ai été condamné à vingt ans de prison ! Mais ce jugement n’est l’aboutissement de rien : je n’ai jamais été convoqué dans cette affaire. Je ne sais même pas ce qui m’est reproché factuellement. Je me pose beaucoup de questions sur ce soi-disant jugement qui fait suite à un soi-disant procès auquel nous n’avons pas été conviés…

Avez-vous l’intention de faire appel du jugement ?

Nous avons pris un avocat, ancien ministre de la justice du Togo, Me Abi, qui va faire opposition au jugement. Mais je vous rappelle que, dans ce procès, les parties civiles sont l’Etat togolais et le groupe Bolloré.

Un chantage d’Etat

Selon vous, la justice togolaise a été manipulée ?

Je m’interroge fortement sur le mode de fonctionnement de la justice togolaise et de son indépendance à tous égards. Mais ma conviction, c’est que celui qui fait la pluie et le beau temps au Togo, sur la justice comme sur le reste, s’appelle Charles Debbasch, condamné en France dans l’affaire Vasarely, manifestement protégé depuis un certain temps puisqu’il circule librement alors qu’à ma connaissance, il n’a pas été dispensé de peine. Il est vrai, qu’entre-temps, il a écrit de magnifiques livres à la gloire du président Sarkozy… Ces œuvres sont disponibles sur Internet.

Mais vous-même, quand vous aviez la concession du port de Lomé, vous avez fait travailler Charles Debbasch comme juriste. Vous avez même produit les factures sur votre blog…

Vous m’expliquerez comment on peut travailler au Togo sans avoir recours aux services de l’avocat Debbasch, aujourd’hui l’avocat radié Debbasch. Si vous connaissez une seule entreprise au Togo qui ait pu travailler sans passer par lui et ses éminents conseils juridiques, vous me la signalerez. J’ai chargé mon avocat français, Me Jean-Pierre Mignard, d’étudier la possibilité de déposer une plainte à Paris sur ces faits.

 

Charles Debbasch Charles Debbasch© (Reuters)

Si l’on en croit les confidences du président togolais que vous rapportez dans cet entretien, M. Sarkozy serait donc à l’origine de l’éviction de votre groupe ?

Totalement. Absolument. Je mets directement en cause Sarkozy. D’ailleurs, je vous signale qu’un député socialiste, Jean Launay, a posé en octobre 2010 une question au gouvernement sur les pressions de Nicolas Sarkozy en faveur du groupe Bolloré au Togo. Le ministre des affaires étrangères de l’époque, Bernard Kouchner, n’a pas démenti. Il s’est abstenu de répondre.

Le cas du Togo est-il un cas unique ?

Bien sûr que non. Il y a le Congo, entre autres.

Qui est intervenu contre vous au Congo ?

Toujours le même ! Sarkozy, directement. Les chefs d’Etat eux-mêmes me l’ont confié. Sassou N’Guesso (le président du Congo – NDLR), que je connais depuis trente ans, m’a dit : “Je suis désolé, j’aimerais bien te donner le port de Pointe Noire, mais je ne peux pas. Sarkozy met son veto.” J’entretiens de bonnes relations avec plusieurs chefs d’Etat africains, depuis la fin des années 1970, et je n’avais jamais connu ça auparavant. Quand M. Bolloré s’implante quelque part, il prend possession de tout, les infrastructures stratégiques en matière de transport notamment, tout, et il utilise le président français comme son VRP de luxe. M. Sarkozy, de son côté, met dans la balance les relations franco-africaines et fait des pressions. Comment voulez-vous qu’un chef d’Etat résiste ?

Au Cameroun, vous avez eu les mêmes échos ?

Au Cameroun, nous avions gagné l’appel d’offres pour le port de Douala. La Banque mondiale a soutenu l’attribution. Le président Biya voulait nous donner la concession. Là-dessus, M. Sarkozy intervient et dit au président camerounais : “C’est pas Dupuydauby qui viendra vous exfiltrer lorsque vous serez encerclés dans votre palais.” Un juge d’instruction camerounais a tenté de faire sortir l’affaire. En vain.

Combien de concessions avez-vous perdues depuis l’élection de Nicolas Sarkozy ?

On n’a pas eu le Cameroun et nous avons perdu le Togo et le Gabon. Avant l’élection de M. Sarkozy, c’était une guerre classique entre groupes industriels. Et comme nous étions moins chers et au moins aussi performants, nous pouvions gagner. Le combat était équilibré politiquement, même s’il était déséquilibré financièrement, parce que Bolloré dispose de moyens de conviction que nous n’avions pas.

Ce système d’intervention de l’Etat, que vous décrivez, n’est pas vraiment nouveau…

Je vais être très clair. Quand il y a un appel d’offres international, qu’un ambassadeur aille dire au pouvoir en place que la France apprécierait qu’il regarde ce dossier de manière particulière, je ne trouve pas ça anormal. Par contre, il est anormal que les ambassadeurs se transforment en factotum de Bolloré et servent de courroie de transmission à l’Elysée. Sous Sarkozy, le message est : “Si vous ne faites pas ce qu’on vous demande en donnant telle et telle chose à Bolloré, vous ne pourrez plus compter sur l’appui de la France.”

La rupture avec le passé

Il y a des menaces politiques, mais pour obtenir ces marchés, n’y a-t-il pas aussi de l’argent…

Cela a toujours été le cas, oui. Ce que je dénonce, c’est le fait que le président de la République française, directement puis indirectement, fasse pression sur les chefs d’Etat africains pour que des concessions soient données à Bolloré, ou retirées à des adversaires de Bolloré, pour être données à Bolloré, en leur disant: “si vous ne faites pas ce que je vous demande, la France ne vous soutiendra plus”. M. Sarkozy utilise ses fonctions de premier personnage de l’Etat pour que son copain puisse ramasser des concessions aux dépens d’un autre.

Et cela, Chirac ne le faisait pas ?

Ah non ! Je peux vous l’assurer. La France manifestait son souhait de voir des Français gagner, mais ça, c’est normal. Les prédécesseurs de M. Sarkozy n’ont pas proféré des menaces à caractère diplomatique pour favoriser les affaires d’Untel ou Untel.

 

Nicolas Sarkozy et Vincent Bolloré Nicolas Sarkozy et Vincent Bolloré© (Reuters)

Quel est l’intérêt pour Nicolas Sarkozy ?

La philanthropie, l’amitié… (sourires). Quelque chose m’a beaucoup frappé. Après avoir fait croisière sur le Paloma, le yacht de Bolloré (au lendemain de son élection, en mai 2007 – NDLR), Sarkozy a dit : “Je souhaiterais qu’en France, il y ait beaucoup d’entrepreneurs comme M. Bolloré.” Puis M. Sarkozy nous a expliqué que jamais le groupe de M. Bolloré n’avait travaillé pour l’Etat. M. Bolloré a été remboursé au centuple de son yacht et de ses avions.

Avez-vous des raisons de croire qu’il y a d’autres arrière-plans financiers à ce soutien apporté à M. Bolloré ?

Allez donc demander à M. Claude Guéant pourquoi quinze jours avant la guerre en Libye, il a fait en sorte que M. Bolloré arrache le port de Misrata. Il l’avait obtenu grâce au système Kadhafi avant la guerre et il s’apprête à le garder après. Autre exemple : la Côte d’Ivoire. M. Bolloré a obtenu un monopole sur le port d’Abidjan, une mine d’or, grâce au président Gbagbo, dans des conditions juridiquement rocambolesques. Je rappelle que M. Gbagbo a décoré M. Bolloré quelques jours avant sa chute et que Bolloré a soutenu Gbagbo jusqu’à l’extrême limite du possible.

M. Ouattara, qui a battu Gbagbo aux dernières élections, mettait explicitement en cause un institut de sondages appartenant au groupe Bolloré d’avoir livré des sondages favorables à Gbagbo. M. Ouattara arrive finalement au pouvoir : il invite M. Bolloré à sa table d’honneur le jour de son intronisation. Que pensez-vous qu’il se soit passé? L’un des industriels les plus proches du président m’a confié que Sarkozy lui-même avait exigé de M. Ouattara que Bolloré garde toutes ses positions sur le port d’Abidjan.

Ces cas sont vérifiables. Une fois, on peut s’interroger. Deux fois, on peut douter. Trois fois, c’est une forme de certitude. A la quatrième, on a la preuve d’un système. On est passé des mallettes de M. Bourgi, qui étaient un secret de Polichinelle, à quelque chose de beaucoup plus fort. On est passé de la Françafrique des mallettes à la Sarkafrique des concessions.

Hortefeux, Carignon, Balkany…

On peut imaginer qu’il existait le même type de messages à Omar Bongo, au Gabon, pour favoriser l’attribution à Elf de telle ou telle concession pétrolière, non ?

Je ne parle que de ce que je connais. Mais les enjeux nationaux étaient autres avec le pétrole, dont dépendait une partie de l’indépendance énergétique de la France selon le général de Gaulle. Pouvez-vous me dire quel est l’intérêt stratégique pour la France de donner une concession à M. Bolloré ?

Il y a l’argument de la défense des entreprises françaises.

Et Getma, la société qui a été chassée par Bolloré du port de Conakry, en Guinée, ce n’est pas une entreprise française, peut-être ? C’est une entreprise française ! Elle est installée près des Champs-Elysées. Tout cela peut s’apparenter à un système. En tout cas, c’est systématique. Avec les pressions et les envoyés parallèles.

Qui sont ces envoyés ?

 

MM. Balkany et Bourgi MM. Balkany et Bourgi© (Reuters)

Patrick Balkany, député-maire de Levallois-Perret, intime de Nicolas Sarkozy, joue par exemple un rôle considérable dans ce système. Et il est sûrement là pour représenter l’honnêteté française… Franchement, quand on voit cet élu des Hauts-de-Seine accompagner en permanence le président de la République dans ses déplacements africains et revenir après dans les pays pour faire passer les messages, on a la nausée. Quand on voit la place d’Alain Carignon, autre grande figure de l’honnêteté française, auprès de Brice Hortefeux, lequel est très actif dans toutes ces affaires africaines, on a du dégoût.

Comment considérer ce que vous dénoncez aujourd’hui comme autre chose qu’une vengeance de mauvais perdant face au groupe Bolloré ?

Ah, mais moi, j’ai perdu. C’est sûr. Il m’a éliminé. J’ai 65 ans, je prends ma retraite. Je ne suis plus actif dans ce secteur. J’ai vendu le fonds de commerce de mon groupe. C’est un problème qui ne me concerne plus personnellement. A mes yeux, c’est aujourd’hui de nécessité de mettre Sarkozy et ses relais, au premier rang desquels Bolloré, à la porte de l’Elysée. Je rappelle d’ailleurs que MM. Sarkozy et Bolloré ont le même conseiller : Alain Minc. Il faut mettre fin au système. Le système Bolloré est une pieuvre.

Réclamez-vous une commission d’enquête parlementaire ?

Je pense que le fonctionnement du système Sarkozy en Afrique, dont Bolloré est le pivot, serait en effet un excellent sujet d’enquête parlementaire. Mais au Sénat, qui vient de basculer à gauche, je lisais que la nouvelle majorité s’interrogeait sur des sujets marquant le changement. Voilà un beau sujet, le soutien politique apporté aux investissements privés de M. Bolloré en Afrique, les pressions exercées sur les Etats africains, les méthodes d’attribution des marchés au groupe Bolloré, et enfin qui en tire bénéfice.

Dans le livre Sarko m’a tuer (Stock), vous avez raconté une scène surprenante du début des années 1980 durant laquelle Nicolas Sarkozy, maire de Neuilly et avocat, aurait demandé que la société que vous dirigiez alors couvre des prestations juridiques fictives à son profit. Quelles ont été les réactions de l’Elysée suite à ces confidences ?

Aucune. Peut-être savent-ils que j’ai des archives.

Does democracy have any chance in Libya? Martial Frindéthié

Gaddafi was captured alive by a frenzied Allah-vociferating mob of Libyan “revolutionaries” after NATO airplanes attacked his convoy and cut short his escape. Gadafi was then shot and killed execution style by that throng. There is no doubt about it. One of his executioners, a bearded-man in full combat apparel, admitted it, in intelligible English, while responding to the questions of a TV reporter: “We caught him and we shot him … one guy shot him.” This happened just seconds after Gaddafi was slaughtered. So, the NTC official’s explanation of the circumstances of Gaddafi’s death reeks of shameless lies, and the United Nations’ call for an investigation to find out the circumstances of the Libyan leader’s death is merely a melodramatic contortion, especially when it is proven that the UN has never been able to lead any investigation to conclusion.

Gaddafi’s execution after his capture and the fact that his body is presently on display in a circus-like carnival in Misrata for old and very young to taunt are indications of the true genealogical spirit of the Libyan new found “democracy.” The signatories of the Libyan “democracy” have just revealed the measure of their “independence.” It is couched in human right abuse and lawlessness. We have to be intellectually honest and ask ourselves whether a democracy that has lynching at its very foundation is a sustainable democracy. Is it not rather the fact that the moral urgency of such a democracy is already thwarted by its very performativity?

2012: Will France carry on with decompositionism? Martial Frindéthié

Jean-François Copé

Sarkozy has not yet unveiled his campaign agenda for the 2012 French presidential election. In fact, he has not even officially announced that he will run in 2012. There are signs that do tell much, nevertheless. The French president’s collaborators have been multiplying media appearances to rationalize his decompositionist foreign policy, which seeks to dismantle the heterogeneous vivre ensemble of nations in terms of cultural, political and economic aspirations, which more precisely seeks to undermine any Thirdworldist attempt at emergence and dissolve it down to a Frencorous absolutism whose single goal is to meet the material needs of the French people, and nothing else. During the Socialist primaries, Martine Aubry has not been tender with the French president whom she repeatedly charged with figuring a disgraceful image of France in the world; and more than one French political observers have suggested that François Hollande could resuscitate a more collected and respectable image of the presidency, a Mitterrandian agency that has been principally lacking during the last 6 years of Sarkozist urban scintillation and agitation. We hardly see how Mitterrand can be less violent than Sarkozy. As far as we are concerned, when it comes to the French leaders, plus ça change, et plus ça reste le même. It is true, when it comes to foreign policy, that Sarkozy has been doing politics with the exhilaration of an avatarist conductor, one particularly preoccupied with disintegrating the meticulously assembled notes of an intelligent composer and less concerned with rendering them in their most sublime version. Precisely because for Sarkozy the sublime is that which is putrid to the point of becoming indistinguishably reduced to nothingness by the sadistic maggot of Fancophonissimo generalissimo, Sarkozy has proliferated threats and imported wars to the Third World with Hitlerian frenzy and ardor. If this is not shameful, what is it then? But nay, nay, nay, say the fervent Sarkozians with the conviction of Bruno Lemaire (minister of food, agriculture and fishing), Alain Juppé (minister of foreign affairs) or Jean-François Copé (head of the UMP), for whom putrification and decomposition are precisely what must be remembered by French as what is desirable in Sarkozism. While simultaneously lamenting the kidnapping of a single French citizen, France drops thousands of bombs and kills thousands of black souls almost every day; but this decomposition is done for the good of the French people; so that their chocolate should arrive fresh and their refineries should be running. When the Socialist party freezes before such arguments, when Aubry and Hollande fail to give an appropriate rejoinder to Cope and Lemaire, there is a load of decompositionism that weighs heavily on French politics.

Quand Kadhafi tombera … ceux-là feront un deuil interminable (publié le 25 février 2011), M. Frindéthié

Voici des années que le président Laurent Gbagbo de Côte d’Ivoire implore ses pairs africains, afin qu’ensemble ils établissent un fonds commun de développement constitué par un prélèvement sur les recettes d’exportation, et qui les mettrait à l’abri des usuriers de Bretton Woods. Cette proposition s’est toujours heurtée à la réticence des chefs d’état africains, et, incidemment, à la farouche opposition de ceux-là mêmes dont les pays y avaient tout à gagner ; ceci pour la simple raison qu’il était plus aisé de glaner les milliards de pétrodollars que distribuait le guide de la révolution libyenne dans son dessein de se faire roi des rois africains que de se donner la peine de penser et d’exécuter un plan de sauvetage économique. Kadhafi était obsédé par sa guerre personnelle, celle d’être le guide suprême de l’Afrique. Et si l’argent est le nerf de la guerre, Kadhafi en avait à foison, qui en distribuait généreusement à travers sa Banque d’investissement des pays sahélo-sahariens établie en 1998 et logée à Tripoli. Et pour jouir de la manne financière de la BSIC, des pays pas du tout sahéliens ni sahariens, tels le Nigéria, le Libéria, le Ghana, etc., et même notre chère Côte d’Ivoire,  se transmuèrent soudain en sahélo-sahariens, puisant dans la corbeille de la CEN-SAD. Cependant, la Côte d’Ivoire, elle au moins, au-delà de cette mascarade, est un pays au sol et au sous-sol immensément riches, et cela sans exagération, qui saura survivre la chute du guide de la révolution libyenne. Mais les autres, le Burkina, le Mali ou le Sénégal, par exemple, ceux-là feront un deuil interminable qui risque de les emporter. En effet, les fonds d’investissements directs libyens sont bien rares, voire même inexistants, sur les bords de la lagune Ebrié. Par contre ailleurs, c’est le pays tout entier qui est pris d’assaut par les investissements libyens. Si l’on considère par exemple les secteurs du tourisme, qui constituent les secteurs les plus prisés des fonds directs d’investissements en Afrique, l’on peut aisément arguer que certains pays sont totalement aux mains de la Libye. Au Mali, la Libyan Foreign Investments Company, établie dans le pays depuis 1998, détient, tenez-vous bien, 100% des parts de LAFICO-Mali à travers sa LAAICO. L’Hôtel de l’Amitié, dans la cour de laquelle le guide de la révolution libyenne aime bien à planter sa tente toutes les fois qu’il est à Bamako, est une réalisation de LAFICO-Mali. La Cité administrative de Bamako, la Société Nationale de Tabac (SONATAM) ainsi que bon nombre d’autres sociétés sont à 100% des propriétés de la LAAICO. Au Burkina Faso, la Société pour l’investissement et le commerce (SALIC), établie en 2000 et dans laquelle les rebelles ivoiriens avec à leur tête Ouattara, Soro, Dosso et consorts, ont investi l’argent des casses des succursales de la BCEAO et des détournements des exportations ivoiriennes, appartient à 100% à la LAAICO libyenne. Idem en Guinée, au Sénégal, en Gambie, au Libéria, au Niger, etc. où la LAAICO détient, sinon 100% des parts  d’investissements du secteur touristique, du moins entre 65% et 85%. Quand Kadhafi tombera, les pays comme le Mali, le Burkina, le Sénégal, qui sont restés trop longtemps des talibés du « Guide » au moment où il fallait saisir la perche d’autosuffisance économique que leur tendait le visionnaire ivoirien, tomberont avec lui.

Méditations

Et voici ceux qui ne se consolent point de n’être pas faits à la ressemblance de Dieu mais du diable,

ceux qui considèrent que l’on est nègre comme commis de seconde classe : en attendant mieux et avec possibilité de monter plus haut ;

ceux qui battent la chamade devant soi-même, ceux qui vivent dans un cul-de-basse-fosse de soi-même ;

ceux qui se drapent de pseudomorphose fière ;

ceux qui disent à l’Europe : « Voyez, je sais comme vous faire des courbettes, comme vous présenter mes hommages, en somme, je ne suis pas différent de vous ;

ne faites pas attention à ma peau noire : c’est le soleil qui m’a brûlé

voyez, je sais comme vous faire des courbettes,

comme vous présenter mes hommages,

en somme, je ne suis pas différent de vous ;

 ne faites pas attention à ma peau noire : c’est le soleil qui m’a brûlé 

Césaire

Intellectual Roots of Wall St. Protest Lie in Academe, Dan Berrett (The Chronicle of Higher Education)

October 16, 2011

Intellectual Roots of Wall St. Protest Lie in Academe

Movement’s principles arise from scholarship on anarchy

Intellectual Roots of 'Occupy Wall Street' Lie in Academe 1

Yunghi Kim for The Chronicle

Occupy Wall Street protesters have been demonstrating in Zuccotti Park since mid-September. The movement has an academic heritage that spans political science, economics, and literature, but its organizing principles owe a debt to an ethnography of Madagascar.

By Dan Berrett

Academics have become frequent visitors to Zuccotti Park, the 33,000-square-foot pedestrian plaza in the heart of New York City’s financial district that is now the site of a nearly monthlong protest, Occupy Wall Street.

Famous scholars like Cornel West, Slavoj Zizek, and Frances Fox Piven have spoken to the crowd, with their remarks dispersed, word-for-word, from one cluster of people to the next through a “human megaphone.” Many others, such as Lawrence Lessig, have lent their support from farther away, as the demonstrations have spread to cities and college campuses nationwide.

The movement has repeatedly been described as too diffuse and decentralized to accomplish real change, and some observers have seen the appearances by academic luminaries as an attempt to lend the protest intellectual heft and direction. Certainly, its intellectual underpinnings and signature method of operating are easier to identify than its goals.

Economists whose recent works have decried income inequality have informed the movement’s critiques of capitalism. Critical theorists like Michael Hardt, professor of literature at Duke University, and Antonio Negri, former professor of political science at the University of Padua, have anticipated some of the central issues raised by the protests. Most recently, they linked the actions in New York and other American cities to previous demonstrations in Spain, Cairo’s Tahrir Square, and in Athens, among others. 

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But Occupy Wall Street’s most defining characteristics—its decentralized nature and its intensive process of participatory, consensus-based decision-making—are rooted in other precincts of academe and activism: in the scholarship of anarchism and, specifically, in an ethnography of central Madagascar.

It was on this island nation off the coast of Africa that David Graeber, one of the movement’s early organizers, who has been called one of its main intellectual sources, spent 20 months between 1989 and 1991. He studied the people of Betafo, a community of descendants of nobles and of slaves, for his 2007 book, Lost People.

Betafo was “a place where the state picked up stakes and left,” says Mr. Graeber, an ethnographer, anarchist, and reader in anthropology at the University of London’s Goldsmiths campus.

In Betafo he observed what he called “consensus decision-making,” where residents made choices in a direct, decentralized way, not through the apparatus of the state. “Basically, people were managing their own affairs autonomously,” he says.

The process is what scholars of anarchism call “direct action.” For example, instead of petitioning the government to build a well, members of a community might simply build it themselves. It is an example of anarchism’s philosophy, or what Mr. Graeber describes as “democracy without a government.”

He transplanted the lessons he learned in Madagascar to the globalism protests in the late 1990s in which he participated, and which some scholars say are the clearest antecedent, in spirit, to Occupy Wall Street.

Soon after the magazine Adbusters published an appeal to set up a “peaceful barricade” on Wall Street, Mr. Graeber spent six weeks in New York helping to plan the demonstrations before an initial march by protesters on September 17, which culminated in the occupation.

It is far from clear, of course, how attuned the protesters are to the scholarship of Mr. Graeber, other critical theorists, or academics who study anarchism. A growing collection of fiction and nonfiction books, however, has a post-office box to which supporters are invited to send books. “The People’s Library” in New York City, which has been copied at other Occupy protest sites, houses nearly 1,200 books in cardboard boxes that are protected against the elements by clear plastic sheeting.

“I really am amazed for the respect they have for the word,” Eric Seligson, the librarian at the protest site on Wall Street, told Esquire. “There’s a real reverence for what has been written that has surprised me, since they eschew whatever came before, all the thought that came before.”

The defining aspect of Occupy Wall Street, its emphasis on direct action and leaderless, consensus-based decision-making, is most clearly embodied by its General Assembly, in which participants in the protest make group decisions both large and small, like adopting principles of solidarity and deciding how best to stay warm at night.

This intensive and egalitarian process is important both procedurally and substantively, Mr. Graeber says. “One of the things that revolutionaries have learned over the course of the 20th century is that the idea of the ends justifying the means is deeply problematic,” he says. “You can’t create a just society through violence, or freedom through a tight revolutionary cadre. You can’t establish a big state and hope it will go away. The means and ends have to be the same.”

When 2,000 people make a decision jointly, it is an example of direct action, or direct democracy, Mr. Graeber says. “It makes you feel different to go to a meeting where your opinions are really respected.” Or, as an editorial in the protest’s house publication, Occupied Wall Street Journal, put it, “This occupation is first about participation.”

Three days after the protests began, Mr. Graeber left. Since then, he has kept a low profile because he wants to avoid what he calls an “intellectual vanguard model” of leadership. “We don’t want to create a leadership structure,” he says. “The fact I was being promoted as a celebrity is a danger. It’s the kids who made this happen.”

Animated by Anger

Those kids include college students, who have been animated by anger over mounting student-loan debt and declining job prospects, and have become visible participants in the protests. Several Occupy Colleges demonstrations took place last week.

The concerns of the protesters are primarily economic, and scholars of that discipline have had much to say about economic fairness that has resonated with the demonstrations.

In a Vanity Fair article in May, Joseph E. Stiglitz, the Nobel laureate and professor at Columbia University framed income inequality as a matter of a wealthy 1 percent versus the remaining 99 percent—a trope that the movement has championed.

Critics of the movement, including David Brooks, have faulted this line of thinking because “almost no problem can be productively conceived in this way.”

Mr. Stiglitz visited the protests this month, where he said the financial markets, which are supposed to allocate capital and manage risks, have instead misallocated capital and created risk. “We are bearing the cost of their misdeeds,” he told the demonstrators.

Jeffrey D. Sachs, director of the Earth Institute at Columbia, also visited the demonstrations and spoke to them this month. He says his primary goal in attending was to show his support for the demonstrators’ efforts. He also wanted to share ideas, many of which he stakes out in a recent book, The Price of Civilization, which one commentator has urged the protesters to read, though it is not yet in the collection of the People’s Library.

As a macroeconomist and fiscal expert, Mr. Sachs says he sees the nation’s priorities most clearly expressed in the budget of the federal government, and he has come to believe that the market and government must both play a large role in assuring fairness, productivity, and environmental sustainability. “I was trying to explain that we arrived at a fiscal crisis in the country,” he says of his remarks to the demonstrators. “Either our government is going to become completely shrunken and dysfunctional, or we’re going to start paying for civilization again.”

Other scholars have embraced the movement, either in person or from afar. The American Association of University Professors issued a position statement this month, and more than 200 faculty members at Columbia signed a petition pledging support. The presumption that academics favor the aims of the occupation has become so widespread that Paul Krugman recently felt compelled to explain that the ethical guidelines of The New York Times forbade him from visiting Zuccotti Park.

But visits like these are little more than a celebrity academic “walk by,” says Todd Gitlin, professor of journalism and sociology at Columbia University, who has written about the protests for The Chronicle. And other observers have pointed out that the student-loan burden imparted by universities makes these institutions an ambiguous force, at best, in the demonstrations.

Of greater influence than any particular thinker or group of thinkers are the recent demonstrations in other countries, and the knowledge that protesters have been gaining there, says Evan Calder Williams, a doctoral candidate in literature at the University of California at Santa Cruz and a Fulbright fellow at the University of Naples-L’Orientale. Protesters in Egypt, Greece, and Spain, among other sites, have been creating a growing record of their experiences, through blogs and social media, which other protesters are reading and commenting upon.

“This isn’t anti-intellectualism: It is simply to say that the relevant theory is that which will be developed from struggling to grasp the obscure shape of the past few years,” Mr. Williams said in an e-mail. “It’s safe to say that Syntagma Square, the many-month occupation of a Chilean girls’ school by its students, and Occupy the Hood are—and deserve to be—of far greater intellectual import than any contemporary theorist will be.”

The idea that intellectual ferment is coming from the streets rather than academe is evidence that anarchism is witnessing something of a resurgence of interest among both activists and academics, says Nathan J. Jun, assistant professor of philosophy at Midwestern State University, in Texas, and author of the forthcoming Anarchism and Political Modernity.

While some students in the movement might be passingly familiar with anarchist studies, Mr. Jun says, they have probably not read much of the scholarship. It is much more likely that anarchism itself has had the greater influence on Occupy Wall Street because, he says, many activists there “regard anarchy as an ideal to be realized.”

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Scholars Visit Occupy Wall Street

David Graeber, of the U. of London’s Goldsmiths campus: “You can’t create a just society through violence, or freedom through a tight revolutionary cadre. You can’t establish a big state and hope it will go away. The means and ends have to be the same.”

Michael Hardt, of Duke U. (writing with Antonio Negri): “Indignation against corporate greed and economic inequality is real and deep. But at least equally important is the protest against the lack, or failure, of political representation.”

Jeffrey D. Sachs, of Columbia U.: “Either our government is going to become completely shrunken and dysfunctional, or we’re going to start paying for civilization again.”

Slavoj Zizek, of the European Graduate School: “Don’t fall in love with yourselves, with the nice time we are having here. Carnivals come cheap—the true test of their worth is what remains the day after, how our normal daily life will be changed.”

Cornel West, of Prince­ton U.: “It’s impossible to translate the issue of the greed of Wall Street into one demand or two demands. We’re talking about a democratic awakening.”

Joseph E. Stiglitz, of Columbia U.: “We are bearing the cost of their misdeeds. There’s a system where we’ve socialized losses and privatized gains. That’s not capitalism; that’s not a market economy. That’s a distorted economy.”

Lawrence Lessig, of Harvard U.: “The arrest of hundreds of tired and unwashed kids, denied the freedom of a bullhorn and the right to protest on public streets, may well be the first real green-shoots of this, the American spring. And if nurtured right, it could well begin real change.”

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