Méditations
Méditations
Pour l’abeille qui enfonça son dard et s’en alla périr Est-ce victoire ou défaite qu’elle alla quérir Lorsque l’élixir que de sa vie elle défendit Fut consommé sans que témoignage l’on lui rendit ? Et le premier héros qui sauva son peuple d’un tyran Pour l’ensuite placer sous son regard plus méchant Obtint-il des hommes le respect dû au libérateur d’antan Ou la soumission au puissant despote de maintenant ? |
|
Ma Ville Ma ville jadis m’irritaient tes sifflements de train infects à me couper le sommeil Ma ville naguère me tourmentaient tes émanations piquantes de tchapalo frais de foufou d’igname et d’agouti faisandé et tes relents de bandji si accablants dans l’air ah cet air si douloureux Ma ville autrefois de la gorge étroite des minarets et des clochers que n’ai-je dit de ton rosaire irréligieux de Mapouka et de Zouglou quoique si bien accordé Ma ville aujourd’hui éreintée ramassée dans l’engeance de l’abaissement Ma ville tes rondeurs de poudre ocre violées d’échardes métalliques Ma ville ton ravissement de pomelo précoce transpercé de mille fractions de corrosivité Ma ville tes sanglots détournés Ma ville tes nébulosités de frayeur à écouter les ardeurs emportées qui s’agitent en ton giron Ma Ville ta gésine interrompue Ma ville l’engourdissement qui te gagne ta somnolence que tu exorcises dans les maquis couvre-feu Ma ville que sont donc devenus C* et G* et Gigi ma lapine blanche Ma ville ton envol de tourterelle rompu Ma ville tes conjurations que nul ne semble percevoir Ma ville ta délivrance figée Ma ville comme demain j’aimerais me laisser bercer par tes sifflements de train infects à me couper le sommeil et me laisser reconquérir par tes fragrances poivrées de tchapalo frais de foufou d’igname et d’agouti faisandé et tes parfums de bandji si lénifiants dans l’air hum cet air si suave Ma ville comme j’aimerais retrouver demain ton rire de grande dévergondée et me trémousser à la cadence débauchée de ton Mapouka de ton Mapouka le plus serré |
Rencontres
Tes sources de dunes enivrées fusent sur la sépia tarie de mon cœur Et bravant les touffeurs métalliques d’un zénith étranger Tes prunelles de flammèches et de taillis d’Alger Me hèlent ce jour à de nouvelles ardeurs Ton balancier de loutre ardente berce le chenal de mes ferveurs assoupies Et tes nymphes de rosée sur le typhon d’une île en péril Fourvoyant mes frayeurs d’une pente juvénile Me soufflent les lettres d’une ordalie impie A peine m’ôtes-tu de mes désarrois et m’ouvres ces abords de sapidité Où le stylet prend vie et t’érige des soupirs d’été Que te conquièrent des angoisses spectrales naguère effacées dans les poussières de nuits pâles Ecoute le discernement de ton cœur Et laisse–toi porter par les vagues de tes soupirs La multitude est nombreuse mais l’espace trop refait Viens aujourd’hui à l’ordalie de nouveaux balbutiements |
|
Je t’ai entre-vue Hier encore ou était-ce le jour d’avant je t’ai entre-vue Et ta beauté s’est infligée à moi Comme aux premiers instants de nos brusques entrevues Lorsque loin de t’imaginer mes émois Tu devisais longuement de propos que je sentais peu Je t’ai revue en songe hier ou était-ce ce jour Battant à ta manière la mesure d’un sujet Tes doigts ensorceleurs décrivant des arabesques d’amour Que mon cœur épris absorbait médusé Dans les éclats passionnés de ton regard brun Si en allant vers la ville des récifs de Ténès Tu passais près de la cité des Prussiens Souviens-toi ce n’est qu’un grand cœur en péril Qu’un soupir de toi ramènera à la vie |
Ce mercredi longJe te sens te balancer le long de ce corridor de verre Te figer dans un moment de ressouvenir à cet endroit ouvert Où maintes fois en pensée je t’ai dérobé des baisers d’extase Quand loin des tourments de ma passion tu tournais dans ta jatte La paille comme le couteau dans mon cœur Mais ne faut-il pas pour un cœur qui s’émeut plus qu’une étreinte ou deux Pour que se panse la meurtrissure et s’éteigne le feu Je te vois repartir le long de ce corridor de lumière Que m’interdit une pléthore d’auxiliaires Si demain tu remues la paille dans la jatte Entends ma prière Ménage ce cœur en pleurs |
Sais-tu
Sais-tu Exquise dulcinée Au bourgeon de jasmin Aux sources de nectar inépuisables Aux arrondis de dos d’âne et de frais alezan de Djerba Aux halètements de larmes et de cascades de délectations A l’épiderme de frissonnements et de murmures d’automne Aux vallons aux succulences de raison et de patience mêlées Sais-tu Tendre alliée Aux angles de futaie Aux seins de versants de minaret Aux mamelons d’olives sous la flambée méridionale Au timbre de turbulences dans la gorge des ponts Aux lèvres d’indécence et d’exhortations au ravissement Aux fragrances de femme Sais-tu exquise dulcinée que le temps s’en va ? |
Le temps s’en va
Le temps s’en va inexorable Il mène sa course imperturbable Et toi qui as connu de belles années Toi qui as aimé tant de mijaurées Tu es plein de souvenirs Tu es relique pour l’avenir Comme ces fleurs qu’on a aimées Qui un jour se sont fanées De même ces arbres qui ont fleuri Et le lendemain ne nous ont plus souri Un jour tu seras parti Et rien ne dira que tu étais ici Les seuls vestiges de ton passage Seront ceux à qui tu as ouvert les pages Ceux qui ont été tes compagnons Eux aussi un jour se souviendront Avec un peu de nostalgie Au cours d’une soirée d’amis ils diront ah celui-là C’est vrai il avait vécu là En ta mémoire les verres se lèveront Pour toi diront-ils ils boiront Et puis un air langoureux Leur enlèvera tout ce faux sérieux Et très vite tu seras oublié Comme toi-même tu avais oublié |
I am powerful
I am powerful in the nation of men.
If you give me a gun,
though I have the swamp above my waist,
I’ll go further in the wood, deep in the forest,
crushing the bugs against my shoulders,
sweaty and feverish in the hot jungle.
I will kill a man, make a widow, and raise an orphan.
I am powerful in the nation of men.
If you give me your reason,
by sundown, I’ll quiet down the birds forever,
and feed the carrion, and sell your opinions,
and kill those who have not.
I will aim at these eyes and pull the trigger
and look for their blood and make sure it’s green,
as you told me.
And I won’t give a damn if their blood is red, like mine,
’cause they’ll be dead, ’cause their blood can’t be red, like mine.
I am powerful in the nation of men.
Just give me a gun; you’ll own me.
I’ll preach your hatred; I’ll bring you your heads,
’cause I don’t give a damn.
Vois-tu
Vois-tu là-bas au bas du morne
Cette case qu’aucun agrément n’orne
Vois-tu cet endroit si sombre
Où tout ne forme qu’une seule ombre
Vois-tu cette case sans teinte
Où la cheminée reste à jamais éteinte
Cette prison dans les orties
Et qui semble sans sortie
A midi lorsque le soleil sera bien haut
Que partout sauf la tout sera beau
Le mystère de cette case là-bas
Se verra un peu mettre à bas
Alors tu verras assise sur le seuil
Une fillette qui n’aura connu que l’amertume du deuil
C’est l’orpheline de tes frères
Ceux qui sont tombés à la guerre
C’est l’abandonnée de ta convoitise
Et de ta passion que très peu attise
Puisque de pleurs est faite sa vie
Vois-tu nul ne l’envie
Souffles
Je ne fais que chanter l’amour
Dans le halo des grands tambours
Je ne fais que chanter la joie
Dans un monde qui cherche sa voie
Et ce n’est plus ce tambour ancestral
Noir comme un sage minéral
Ce n’est plus celui qui aux festivités appelle
Seulement celui qui avec nostalgie les rappelle
Celui qui tonnant de sa furieuse haine
Ne met dans nos cœurs que tristesse et peine
Et je ne fais que dire la gloire
D’une lointaine époque qui n’est plus qu’histoire
Mon chant de lamentations
Dans ce champ de déflagrations
C’est l’air de peuples qui s’aiment
Mais hélas ne sont plus eux-mêmes
Qui voudraient décider de leurs destinées
Mais n’ont plus ce droit inné
Que le créateur souverain
Voulut bien mettre entre leurs mains
Et qui tels des épaves emportées par les flots
Au rivage ne reviendront pas de sitôt
Arrêtez donc votre courroux!
Leurs vies ne sont pas à vous!
Mais arrêtez donc ces machines maudites
Si c’est pour notre salut comme vous dites
Faites donc cesser ce bruit infernal
Afin que le bonheur soit matinal
Allons, Franchissons donc cette haie
Donnez-nous des frères!
Donnez-nous la paix!
Franche Duplicité
Curieuse est l’estime
Que nous exhibe l’Hexagone
Qui de son embrassade éprise
Nous asphyxie et nous garrotte
étrange ce sentiment gaulois
qui prétend venir en ami
Pourtant nos enfants aux mains nues massacre
Et de leur sang assouvit son ressentiment
Petites têtes blondes si hardies d’apprendre
Qui vous pâmez sous le portrait de Napoléon
Vos maîtres vous ont-ils vraiment tout dit
Savez-vous qu’hier la France a immolé du Nègre
Afin qu’aujourd’hui vous parliez français
Et qu’aujourd’hui encore la France massacre de petits Nègres
Afin que votre chocolat vous soit servi bien chaud
France, écoute-moi, France
Mérite enfin ton nom
Laisse ta langue dire
Des mots de franchise
Ce Fier Soldat
Elle est demeurée sur le seuil
C’est déjà pour elle un grand deuil
Nul ne sait comment ce fier
Est arrivé au monde hier
Sa mère souffrit sous la canicule
Car il ne vint pas au crépuscule
Nul ne sait combien de fois
Elle fut anxieuse des mois
Combien de fois elle étouffa des cris
Pour qu’enfin ce fier soldat éclose de ses plis
Il s’en va fier de sa baïonnette
La laissant seule dans cette maisonnette
Il s’en va défendre vos honneurs
Pendant que la mère perd son bonheur
Il l’abandonne à ses lamentations
Pour répondre à l’appel enivrant de vos déflagrations
Vous êtes vainqueurs peut-être mais hélas sans lui
Et pour sa mère rien qu’une médaille qui luit
Vous faites si bien la guerre
Mais pas encore l’homme et la terre
Vous perdez si bien des enfants
Pas de médailles rendez son fils à Maman
Aucune de vos décorations si nombreuses
Ne peut rendre sa mère heureuse
Voyez la mère qui de peine se trémousse
Et toute cette détermination que la guerre émousse
Voyez tout ce labeur qui s’effondre
Et même vos médailles qui semblent fondre
Oh vous en ferez d’autres c’est sûr
Mais comme il est affligeant et dur
De voir que pour vos propres frères
Il n’y a personne pour dire qu’il espère
Ni vos sciences ni vos expertes mains
Ne sont à même de faire des humains
Ni vos ambitions ni votre orgueil
Ne peuvent créer le plus petit œil
Qui luise de sensibilité et repère
Un frère qui se noie mais espère
Assoupissez à présent vos mesquines appétences
Et laissez épanouir ces jeunes compétences
Leurs vies ne sont pas à vous
Arrêtez donc votre courroux
Faites cesser ce bruit infernal
Afin que le bonheur soit matinal
Allons pour eux franchissons donc cette haie
Donnons-leur des sœurs donnons-leur la paix
Across the sea
Before blows the corrosive breeze of the sly rumors
And explode the eyes at the sight of horrors,
Before is shed the blood of those who have no more
And rises from the ruins, like acid mist, the wicked, victorious clamor,
Find across the sea a hand to hold.
Before becomes a fist the waving hand
and dies the smile and the mouth praises the gang,
Before kills the air that is meant to heal
And empty is the heart and hatred begins to fill,
find across the street someone to love.
The Colors of My World
The white and threatening stretch of sand
That rocks the dreams of the nomad’s land,
When by the fire he got his pipe lit,
we could hear him secretly whisper his love for it.
The black veil that falls at night,
Stage of ghosts with the decline of the light,
How many times in its shelters
grew the intimate embrace of two lovers?
My voice is hoarse, yet I feel no shame.
I will raise my voice in a song for the flame
Red and yellow that gathers the tribe
these nights when the drummers take pride.
There’s a smile here that I’ve seen there.
There are eyes there that I’ve seen here.
My song is black and red yellow and blond.
Ain’t they the colors of my world?
Qu’as-tu fait ?
Dans ces grandes rumeurs
Dans ces cris et ses pleurs
Dans ces sinistres traits
Dans ce sang tout frais
Dis-moi qu’as-tu fait ?
Pour tes frères qui se noient
Et qui sous la misère ploient
Pour ceux qui n’ont plus de toit
Et que tu vois toi
Dis-moi qu’as-tu fait ?