Qu’est-ce qui fait tant jaspiner Napoléon Sarkozy? M. Frindéthié

Voici maintenant plusieurs semaines que le président français Nicolas Sarkozy multiplie les menaces d’intervention militaire contre le président ivoirien Laurent Gbagbo. Quelle est donc l’origine de l’hystérie de ce Napoléon du XXIe siècle ? Certes, Alassane Ouattara, l’enfant chéri de la Françafrique, a été déclaré perdant des élections présidentielles ivoiriennes par le Conseil Constitutionnel ; mais est-ce là une raison suffisante pour que piaffe Sarkozy comme un marmot et en appelle à tous les génies de l’apocalypse ? Et pourtant l’on aurait souhaité que Sarkozy tire quelque leçon des démences de Mitterrand dont l’orchestration minutieuse du génocide du Ruanda a finalement coûté à la France ses entrées dans ce pays. L’on aurait aussi souhaité que Sarkozy tire quelque enseignement de la folie meurtrière de Chirac en Côte d’Ivoire, qui, depuis le massacre de 64 manifestants ivoiriens en 2004, tourna définitivement la page d’une amitié béate avec la France. L’on aurait vraiment souhaité que Sarkozy s’activât à réparer l’image ternie de la France en Afrique. Non ! Cela reviendrait à investir trop d’optimisme dans cette notion qu’en France l’on nomme si pompeusement  l’exception française,  et qui est le regard particulier des politiciens français sur le monde. Les plus brillants des politiciens français sont aussi les plus intellectuellement corrompus. Et les démons de la cupidité sont trop bien installés dans la conscience de ces politiciens-là pour qu’ils fassent preuve du minimum de décence humaine dans leurs relations avec l’Afrique. L’instabilité de l’Afrique est un stimulant trop évident pour l’économie française pour que l’Afrique cesse de brûler. Sarkozy a décidé de participer à la folie circulaire initiée par ses prédécesseurs.

En 2000, un président socialiste est élu en Côte d’Ivoire, cette nation ouest-africaine aux immenses richesses agricoles et géologiques (café, cacao, bois, pétrole, gaz naturel, or, diamant, uranium, fer, manganèse, etc.). La Côte d’Ivoire allait, comme bien d’autres pays africains, se retrouver victime de sa richesse. L’élection de Laurent Gbagbo fut le résultat de mauvais calculs à l’Elysée. Ouattara était celui que Paris aurait préféré voir au palais. En septembre 1990, la France, qui avait la présidence du FMI, insista à ce que Houphouët, très endetté auprès de l’institution, nommât un fonctionnaire du Fonds comme premier ministre pour s’assurer qu’une gestion austère des recettes de l’Etat assure le remboursement continu des prêts du FMI. Cet homme-là, c’était Alassane Ouattara, qui privatisa les entreprises de l’état (eau, électricité, port, chemins de fer, etc.), et les vendit à des opérateurs économiques français à des prix insolemment bas, parfois même à 1 franc symbolique. Par ailleurs, le programme d’ajustement structurel qu’appliqua Ouattara à la Côte d’Ivoire sous l’impulsion du FMI, enrichit la France et appauvrit la Côte d’Ivoire. Les décisions de Ouattara en faveur de la France avaient dépassé les expectatives du gouvernement français. Il était donc impératif que Ouattara, le garant de l’accroissement des dividendes français en Côte d’Ivoire, fût le président de la Côte d’Ivoire, surtout dans l’imminence de la mort du président Houphouët très malade.

            A l’évidence, cela exigerait une grosse manipulation de la Constitution ivoirienne dont l’article 11 stipulait que le président de l’Assemblée Nationale, et non pas le premier ministre, prendrait les rênes du pouvoir en cas de vacance. Lorsque le président Houphouët passa, le 7 décembre 1993, l’Assemblée nationale ivoirienne fit échec à la volonté de la France d’imposer Ouattara aux Ivoiriens, et Bédié, le président de l’Assemblée nationale d’alors, en conformité avec la Constitution, occupa la présidence. Une fois au pouvoir, le président Bédié s’activa à consolider son pouvoir à travers un nombre de réformes populistes qui mirent en péril les intérêts français en Côte d’Ivoire. Par exemple, la réforme foncière de Bédié risquait d’empêcher de nombreux Français de  transmettre à leurs descendances des terres acquises dans des conditions douteuses en Côte d’Ivoire. La politique d’immigration annoncée par Bédié risquait aussi de détourner de nombreux immigrants burkinabés et maliens des frontières ivoiriennes les dirigeant vers les Côtes européennes, et françaises particulièrement. Mais surtout, Bédié menaçait de mettre les compagnies françaises en compétition avec les multinationales d’autres pays ; ce que la France, qui n’avait pas l’habitude des compétitions en Côte d’Ivoire, redoutait fort. Il fallait donc que Ouattara fût absolument président à la place du président Bédié. L’ayant compris, le président Bédié initia une réforme électorale qui exigeait que tout candidat à la présidentielle fut Ivoirien, de père et de mère eux-mêmes ivoiriens. Bédié connaissait bien Ouattara. Il savait que pour étudier aux Etats-Unis, Ouattara avait bénéficié d’une bourse exclusivement réservée aux étudiants voltaïques (burkinabés). Bédié savait que Ouattara avait servi à la BECEAO et était entré au FMI en tant que citoyen voltaïque (burkinabé). Il savait que sa réforme du code électoral disqualifiait Ouattara d’office. Aussi, insista-t-il que Ouattara prouvât son ivoirité. La Françafrique ne le vit pas de cet œil, qui envoya à Bédié un coup d’état par l’intermédiaire du général Robert Gueï, ex-chef d’état major sous Ouattara. Et, plutôt que d’organiser des élections sans Bédié, qui verrait la victoire assurée de Ouattara, comme l’avait si bien prévu la Françafrique, Gueï prit goût au pouvoir, et réitéra le geste bédien. Il demanda lui aussi à Ouattara de prouver son ivoirité, accusant Ouattara de faux et usage de faux. Ouattara, le chouchou de Paris regarda de la touche s’affronter Gueï, Gbagbo, Nicholas Dioulo, Mel Théodore et Francis Wodié aux élections présidentielles d’Octobre 2000 qui, malgré les tentatives de manipulations de Gueï, consacrèrent la victoire de Gbagbo avec 59,36% des suffrages exprimés.

            L’élection de Gbagbo le socialiste augurait d’un futur encore plus difficile pour la Françafrique. L’équipe de Gbagbo prit fonction sous la doctrine de la Refondation, une doctrine qui entendait identifier les lacunes structurelles de l’économie et de la société ivoiriennes afin de leur apporter des solutions. Bien que la doctrine de la Refondation ait une visée holistique, la France n’y vit qu’une politique anti française et s’attela donc à la combattre par tous les moyens. Dans la nuit du 19 septembre 2002, alors que le président Gbagbo se trouvait à Rome, un groupe de rebelles soutenus logistiquement par la France attaqua la Côte d’Ivoire à partir du Burkina Faso voisin. Le président Gbagbo refusa une offre précipitée d’asile politique de la France et rentra organiser la réplique. Les premiers effets de surprise passés, les Forces de Défense et de Sécurité de Côte d’Ivoire (FANCI) repoussèrent les assaillants jusqu’à Bouaké et commencèrent une opération de ratissage, qui fut interrompue par la France, sous le prétexte qu’elle avait besoin d’une accalmie pour évacuer ses ressortissants de Bouaké. Pendant les 48 heures qui lui furent allouées, la France envoya des renforts à la rébellion en armes et en personnels du Gabon, du Libéria et de la Sierra Léone. La force rebelle, qui était estimée à 600 hommes, passa à 2500 hommes grâce aux mercenaires. La France se retira graduellement du théâtre des opérations une fois les rebelles bien positionnés et bien encadrés de mercenaires d’Europe de l’Est. Puis, la France s’en alla aux Nations Unies se faire attribuer un statut de force de maintien de la paix par le Conseil de Sécurité, insistant que son armée de maintien de la paix sous l’ombrelle de l’ONUCI ne réponde qu’à un commandant français. La force française en Côte d’Ivoire est aujourd’hui estimée à 9000 hommes.

            La Résolution 1528 du mandat de l’ONUCI préconise le désarmement et le cantonnement des rebelles et l’accompagnement des autorités ivoiriennes dans l’organisation d’élections libres et indépendantes. Or que fut-il donné au monde de constater ? A la suite de la France, l’ONUCI arma plutôt que de désarmer les rebelles. A la suite de la France, l’ONUCI organisa la fraude massive au Nord qui entacha les élections ivoiriennes. Dans le Nord de la Côte d’Ivoire tenu par les rebelles, des agents de l’ONUCI battirent campagne pour Ouattara. A Abidjan, à la veille de l’annonce des résultats du premier tour, le représentant de l’ONU en Côte d’Ivoire, M. Choi, tint une réunion avec des ambassadeurs occidentaux au quartier général de l’ONUCI à l’hôtel Sebroko, dont l’ordre du jour était comment annoncer la victoire de Ouattara. Interpellé à c sujet par le président Gbagbo, M. Choi reconnut que la réunion avait bien eu lieu, mais il en nia l’agenda tel que l’avait rapport son propre collaborateur. Après le second tour des élections, Choi, à la suite de la France, exécuta une opération d’enlèvement du président de la Commission électorale sortie tout droit du manuel de kidnapping de Ben Laden : l’ONUCI transporta M. Youssouf Bakayoko au siège de campagne de M. Ouattara et lui tendit des résultats fallacieux qu’il lut sur une chaine de télévision française (France 24), en dehors du délai constitutionnellement octroyé à sa commission, et en l’absence de ses collaborateurs, désignant ainsi Ouattara comme le vainqueur des élections. Puis, à la suite de la France, Choi, multiplia les invites à l’armée, aux corps constitués et aux populations pour une allégeance au chouchou de la France. Rien n’y fit. L’armée, les institutions et les populations demeurèrent fidèles à la République. Le pays le plus riche d’Afrique francophone refusait de sombrer dans la magouille françafricaine. Voici donc ce qui fait tant jaspiner Napoléon Sarkozy.                     

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One Response to Qu’est-ce qui fait tant jaspiner Napoléon Sarkozy? M. Frindéthié

  1. Si je comprends le fruit de votre recherche, il ne faudrait surtout pas incriminer Sarkozy, car avant lui, ce fut la diabilisation tout azimut de Chirac, DOminique DEVILLEPIN, Michelle ALLIOT-MARIE et qui d’autre encore.
    En clair, c’est la politique consignée dans le livre d’or de la France colonisatrice que l’on doit condamner.

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