L’acrobatie sémantique de la « communauté internationale », M. Frindéthié

Lorsqu’il s’agit de trouver des mots appropriés pour dénoncer les crimes de guerre et les violations des droits humains en Côte d’Ivoire, les Nations Unies et la « communauté internationale » se lancent dans une acrobatie bien périlleuse. Vendredi dernier, les troupes du chef rebelle Ouattara sont arrivées aux portes d’Abidjan à l’issue d’une progression fulgurante rendue possible depuis Bouaké grâce aux hélicos des Nations Unies et de la force Licorne. Les rebelles de Ouattara ont signé leur passage de façon bien macabre : 800 civils massacrés. Des femmes enceintes violées d’abord, puis éventrées. Et pourtant, les Nations Unies et la « communauté internationale » ont montré très peu d’ardeur dans la condamnation des crimes de Ouattara. En fait, depuis 2002, ni les Nations Unies ni la « communauté internationale » n’ont interpellé Ouattara pour les dizaines de milliers de personnes assassinées par ses voyous. Alors que sans en avoir les preuves la « communauté internationale » met le président Gbagbo au pilori pour des présumés crimes contre l’humanité et menace de le faire paraître devant un tribunal international, la « communauté internationale » désigne les assassinats certifiés de Ouattara par des termes très indéterminés. 100 mercenaires libériens rentrant au Libéria après une expédition commanditée par Ouattara dans l’Ouest ivoirien sont arrêtés à la frontière ivoiro-libérienne; mais les autorités libériennes refusent de dire clairement pour qui ils travaillent. Oh, nous dit-on, ce sont des aventuriers autonomes qui reviennent d’une randonnée indépendante en Cote d’Ivoire où ils ont pillé quelques villages et se sont fait de menus butins. Mr. Rupert Coleville, porte-parole du HCDH est abattu par le massacre de 800 civils, massacres commis par les troupes de Ouattara, et juste après, il s’empresse de saupoudrer d’un peu de scepticisme sa déclaration, ajoutant que ces assassinats ne sont pas encore confirmés. Le président Obama exhorte Ouattara à empêcher le pillage des biens des étrangers, ignorant totalement la tragédie de Duekoue. Le 2 avril, les Nations Unies épinglent Ouattara pour 220 assassinats de civils, et aussitôt essaient une égalisation des scores en ajoutant que les «mercenaires » de Gbagbo sont aussi, et dans le même temps, responsables de la mort de 100 civils. Quand à la secrétaire d’Etat, son approche est tout simplement perlocutionnaire : Quels que soient les crimes commis en Côte d’Ivoire, quels que soient leurs auteurs, c’est Gbagbo qui en est le responsable. C’est Gbagbo qui fait faire de mauvaises choses aux personnes fondamentalement bonnes, comme le diable fait faire de vilaines choses aux hommes bons. Aussi, pour elle, Gbagbo doit-il partir, afin que les choses reprennent leur place juste. Gbagbo, qui fait faire des choses indépendantes de sa volonté à Ouattara, doit partir, afin que Ouattara redevienne humain ; afin qu’il redevienne bon. Ouattara, donc, redeviendra humain lorsque Gbagbo sera hors de vue ; car c’est Gbagbo qui a fait de Ouattara cette monstruosité qu’il est aujourd’hui.

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