Cher Monsieur Dramane, M. Frindéthié

J’apprends, Monsieur, que depuis votre installation martiale à la présidence de la République de Côte d’Ivoire par l’armée française – une installation guerrière que les Ivoiriens continuent de payer en milliers de morts,  en meurtrissures, en séquestrations, en déportations, en bannissements, en appauvrissement, en récession, et en frayeur – vous vous êtes inauguré champion de la réconciliation, de la justice et de la bonne gouvernance. Et c’est fidèle à votre nouvelle confession de probité que vous vous êtes promis d’aller en inquisition chercher, jusque dans leurs exils les plus retranchés, tous ceux qui, à un moment ou à un autre, ont acclamé la politique du président Gbagbo et défendu ses idéaux de démocratie vraie et d’affranchissement pour l’Afrique.

Ces jours-ci, vous avez inéluctablement rassasié les friands de vos exploits, lorsque, dans un geste d’une absurdité on ne peut plus hilarante, alors que ceux-là même qui ont reçu des chèques en bonne et due forme signés du président Gbagbo pour sa défense sont encore en vie, vous avez choisi de lancer un mandat d’arrêt international contre Mme Calixthe Beyala, qui elle, pour l’organisation de la mobilisation contre le viol de la Côte d’Ivoire, aurait perçu un versement, pas du président Gbagbo lui-même, mais plutôt de sa fille. Si je ne me retenais pas, je me prendrais à penser, à la suite de Fanon, que ce réflexe névrotique abandonnique, qui est un mal-aise affectant bon nombre de pseudo-leaders africains, vous a fait trouver en Mme Beyala une cible plus commode que MM Vergès et Dumas.

Puisqu’il est question de justice autant que de bonne gouvernance, ne croyez-vous pas, Monsieur, qu’il serait juste et de bonne gouvernance de divulguer aux Ivoiriens, qui sous votre dictature croulent sous la misère, ce que leur coûtent les centaines de soldats français et Burkinabé qui assurent votre sécurité personnelle pendant qu’eux sont abandonnés au brigandage et à la prédation de vos écumeurs en treillis (FRCI) ?

Comme j’aurais voulu croire en votre apostolat pour l’éthique en politique !          

Si seulement, ô oui, si seulement, en conformité avec la charte de déontologie que, pour vous donner bonne conscience, vous avez fait signer à vos ministres – et qu’ils bafouent quotidiennement avec votre apparent assentiment – vous divulguiez aux Ivoiriens qui l’attendent depuis 1990 l’origine de votre immense fortune subite et ainsi que la provenance des centaines de millions de francs que distribue en son nom votre épouse. Peut-être alors les Ivoiriens accorderaient-ils plus de foi en votre si médiatisée découverte de la confession de la droiture et de la justice.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :