« Les Preuves de la Rue Lepic », M. Frindéthié

Lundi dernier, dans un geste qui défiait tout fondement démocratique, mais qui aurait fait blêmir de jalousie tout bourreau  adepte des méthodes de Ben Laden, le « ministre de l’intérieur » de la dictature ivoirienne, Hamed Bakayoko, a exhibé sur l’une des chaînes de la télévision propagandiste (RTI) l’ancien ministre de la défense du président Gbagbo. Lida Kouassi, mal rasé, apeuré, visiblement molesté, et sans défenseurs, balbutiait à l’écran une confession distillée à force de menaces.

Il avait été extradé un jour plus tôt du Togo, où il s’était réfugié depuis le coup d’état d’Alassane Ouattara qui avait renversé le président Gbagbo dans une orgie de sang. Devant les caméras de la RTI, Lida fit de vagues « aveux » de déstabilisation de la dictature d’Abidjan, demanda clémence, et supplia les exilés politiques encore au Togo et au Ghana de taire toute velléité de coup de force et de rentrer en Côte d’Ivoire.

Je visualisai maintes fois les « confessions » de Lida, et n’y trouvai rien d’autres que de vagues élucubrations qui dans un procès régulier seraient vite renvoyées dans la décharge du non-sens. De toute évidence, je venais d’assister à l’entrée cinématique d’un mauvais metteur en scène, Hamed Bakayoko, qui n’avait même pas l’intelligence de réussir une facétie sur un plateau de télévision qui lui était entièrement consacré.

Il n’y a pas de doute que Lida Kouassi désirait la chute du régime dictatorial d’Abidjan. Mais désirer la chute d’une dictature équivaut-il à en organiser et financer l’effondrement ? Si tel est le cas, le procès d’intention de Lida est aussi celui de millions d’autres Ivoiriens. Car en fait, si Ouattara avait la faculté de lire la pensée des Ivoiriens, il trouverait nichée dans un petit coin dans le cœur de tous ceux qui sont aujourd’hui victimes de l’illégalisme de sa dictature, de la violence de ses escadrons de la mort, de son dédain pour les Ivoiriens de certaines régions, de sa politique d’épuration nommée sans apologie aucune « rattrapage ethnique », et de son expropriation des populations soupçonnées d’avoir voté pour le président Gbagbo, il trouverait donc dans leur cœur le souhait de son déclin physique.

Le régime voyou d’Alassane Dramane Ouattara est vomi de la majorité des Ivoiriens et il le sait.  Il sait aussi que des millions d’Ivoiriens applaudiraient bien la fin de son autocratie, d’où qu’elle vienne. Et si dans sa pharmacie tout souhait de sa chute équivaut à une conspiration matérielle pour la déstabilisation de son régime voyou, si dans la nomenclature de sa dictature penser c’est faire, alors, la fébrilité chronique de Ouattara et de sa clique de « rattrapés ethniques » ne trouvera pas remède de sitôt. Alors, aussi, que son ministre de l’intérieur apprête ses cameras et alerte ses faussaires, et qu’ils se préparent à concocter des millions de « preuves » contre les 46% d’Ivoiriens qui selon leurs calculs ONUCIens ont voté pour le président Gbagbo. Que Ouattara et sa clique se préparent à servir aux téléspectateurs ivoiriens leur très longue nouvelle série intitulée « Les Preuves de la Rue Lepic ». Auront-ils seulement le temps de leur en faire voir tous les épisodes, quand penser c’est faire ? Une pensée n’échapperait-elle pas subrepticement aux administrateurs d’intentionnalités  pour se transmuer en fait avant la pénultième histoire – quand penser c’est faire ?

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