ABIDJAN, la ville des châteaux de cartes: Coup de gueule de l’internaute Djoulatchê sur Abidjantalk.com

Un autre immeuble vient de s’écrouler à Abidjan. Selon le chef de la brigade de contrôle et des investigations du ministère de la construction (dans l’Inter du 8 janvier 2014), cela fait maintenant le sixième immeuble qui s’écroule en moins de six mois. La question qu’on veut lui poser est la suivante : qu’a-t-il fait pour que cela n’arrive pas ? Un bref rappel pour comprendre l’ampleur de ce phénomène devenu banal en côte d’ivoire :

– Abidjan, Cocody 07 mai 2013, Seize ouvriers sont prisonniers des décombres depuis dimanche soir, suite à l’effondrement d’un immeuble en construction au quartier nord d’Abidjan,

– Riviera-Palmeraie à Cocody, le Samedi 14 septembre 2013, Des locataires ont vu leurs véhicules écrasés suite à l’effondrement d’un immeuble R+2 bâti en face de leurs habitations. Sept (7) véhicules des locataires d’un immeuble jouxtant celui effondré ont été écrasés.

– 6 décembre 2013, Plateau Dokui, derrière le groupe scolaire Adama Sanogo, un immeuble s’affaisse à la suite de pluies et fait plusieurs blessés dont des cas jugés critiques.

– Mardi 03 décembre, effondrement du premier étage d’un immeuble habité dans le quartier d’Angré Mahou à Cocody, un accident qui n’a heureusement causé aucune victime.

– 25 novembre 2013 à la Riviera-Palmeraie, 3 morts dans l’effondrement d’un immeuble.

– 12 aout 2012 à Yopougon CNPS, la dalle du rez-de-chaussée d’un immeuble s’effondre, faisant trois blessés graves.

Qu’est ce qui peut expliquer cette hécatombe ? Les bâtiments s’effondrent se suivent et les bilans sont de plus en plus catastrophiques. L’impression qui en ressort, c’est que l’état ne semble pas réagir. Quand nous écoutons le ministre de la construction et ses collaborateurs techniques sur la question, on a l’impression qu’ils semblent plutôt se dédouaner au lieu de proposer une solution immédiate à ce qui se passe. Vu la situation horrible qui se profile à l’horizon dans le domaine de la construction en côte d’ivoire, vu le laisser aller générale, la pagaille et la corruption dans ce domaine, nous taire serait nous rendre complice de ce véritable crime que subissent les ivoiriens depuis plusieurs mois. Il est totalement inadmissible que dans un pays où il existe un ministère qui s’occupe de l’urbanisme, du foncier, de l’assainissement … que nous assistions sans rien faire, sans pouvoir rien faire … à ce qui se passe. A la vérité, la situation est très préoccupante et certaines statistiques sont là pour le démontrer :

– 95 % des constructions qui se font dans la ville d’Abidjan sont sans permis de construire.
– 50% ou plus des constructions avec permis de construire ne sont pas conformes
– 100 % des constructions avec permis de construire ne se font pas établir un certificat de conformité
– 50 % ou plus des constructions se font sans titre de propriété conforme.
– Le ministère de la construction ne vérifie pas les calculs de structure dans la délivrance du permis de construire
– Les études géotechniques ou du sol ne sont pas exigées lors de la délivrance du permis de construire et sont le privilège de quelques grandes sociétés de constructions ou certains projets de grande envergure

Le bâtiment qui vient de s’écrouler avec ou sans ses occupants à Yopougon n’a, par exemple, pas de permis de construire. Mais, parmi les bâtiments écroulés à la Riviera-Palmeraie, il y en avait qui disposaient de permis de construire. Alors donc, le problème est très profond.

Comment se font donc les contrôles sur les terrains ? Comment l’Etat par le biais du ministère de la construction, du logement, de l’assainissement et de l’urbanisme s’assure du respect de la réglementation en vigueur sur le terrain ? Quels sont les moyens et l’organisation mis en place pour se charger du contrôle et de la répression ? Font-ils correctement leur travail ?  Y-a-t-il un problème à ce niveau ? Le ministre est-il correctement informé ?

Dans la région d’Abidjan, la structure chargée du contrôle et de la répression, c’est la brigade de contrôle et des investigations à laquelle sont rattachées 12 Antennes décentralisées dans les différentes communes pour une question de proximité. Chaque Antenne est dirigée par un chef d’antenne, (un technicien supérieur des TP généralement). Il est aidé dans sa tâche par en moyenne deux contrôleurs. Une brigade constituée d’agents de police détachés auprès du ministère de la construction se charge sécuriser les actions de répression des antennes.

L’antenne qui est censée contrôler le permis de construire et le respect de la réglementation dans sa zone de compétence (l’étendue de chaque commune) est confrontée aux problèmes suivants :

– Les agents ne disposent pas de véhicules de chantier (pour la plupart seulement deux en disposent)
– Il n’y a pas de dotation en carburant
– Il n’existe aucun budget pour le fonctionnement.

Faisons un petit calcul pour une commune telle que Yopougon: l’Antenne de Yopougon Ouest ou a eu lieu le dernier drame a besoin de faire des visites de chantier au moins trois fois dans la semaine à raison de 10 000 francs de carburant. Soit 120 000 frs CFA dans le mois, c’est-à-dire l’équivalent du salaire du chef d’antenne, technicien supérieur grade B3. Ce calcul ne prend pas en compte les diligences du ministère, et tous les moyens qu’il faut pour le fonctionnement d’un bureau.
Comment donc ces gens arrivent-ils à travailler sur le terrain dans ces conditions ? Est-il possible qu’ils donnent les résultats escomptés ? Il faut être hypocrite et de très mauvaise foi pour répondre à l’affirmative comme certains collaborateurs du ministre qui lui cachent toute la vérité. L’antenne est-elle capable de couvrir toute sa zone de compétence ?

En réalité les chefs d’antenne sont devenus des hommes d’affaires qui ont tronqué leurs habits de contrôleur pour ceux de collaborateurs des usagers capables de leur verser des pots-de-vin … pour leur fermer les yeux. Ils se transforment en vendeurs de terrains, en démarcheurs. Ils se transforment en entrepreneurs eux-mêmes et en coursiers chargés de faire établir les permis de certains usagers « capables ». Le comble généralement, c’est que ces permis de construire viennent après que ces constructions sont déjà achevées.

Ils sont aussi victimes des coups de fil intempestifs ou des remontrances provenant du cabinet ou autres directeurs et surtout du chef de la brigade de contrôle et des investigations du ministère leur enjoignant de laisser construire tel ou tel protégé, de ne plus aller dans les zones industrielles …

quand on sait qu’il est impossible de vivre à Abidjan avec un salaire de 120 000 frs à plus forte raison de gérer une telle structure dont le ministère s’est pratiquement désengagé, on comprend le comportement de ces agents , comportement préjudiciable et très dangereux pour la vie des ivoiriens.

Aujourd’hui, tous ces immeubles qui poussent comme des champignons à Abidjan sont susceptibles de tomber un jour ou l’autre parce que rien ne prouve que ces constructions sont faites dans les normes (au vu de ce que nous venons de dire plus haut). Vu la fréquence de ces catastrophes, la sonnette d’alarme doit être plus que tirée et l’Etat qui semble dormir sur ses lauriers doit se réveiller s’il estime qu’il travaille pour les ivoiriens.

La situation de pourriture est très avancée et des mesures idoines doivent être prises. Il ne sert à rien de procéder aux chasses aux sorcières : remplacer par exemple des chefs d’antenne n’est pas la solution. Tant que les mêmes conditions de travail, entretenues de façon hypocrites par certains responsables, ne changeront pas, le nouveau qui viendra fera les mêmes choses que son prédécesseur.

La balle est dans le camp du ministre. Il faut qu’il revoie le fonctionnement des antennes et des structures de la chaine de délivrance du permis de construire s’il ne veut pas qu’Abidjan soit remplie de châteaux de cartes .
Il faut arrêter immédiatement toutes les constructions qui se font sans permis de construire.

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