Lettre ouverte au lieutenant-colonel Isaac Zida

zidaAujourd’hui, de nombreuses populations africaines respirent beaucoup mieux que par le passé et osent espérer qu’une nouvelle ère moins encrassée des actions nuisibles et dilatoires de Blaise Compaoré s’ouvre. Après maintes tentatives réprimées dans le sang et les os brisés par un régime brutal que vous avez servi fidèlement pendant de longues années et qui vous a gratifié de vos galons, le peuple burkinabè a réussi à jeter son bourreau à la rue.

Et vous, fidèle parmi les plus fidèles d’un despote vomi, vous retrouvez, par ce mystère qui fait qu’en Afrique le monde marche souvent sur la tête, propulsé à la tête de l’état pour une « période transitoire » que vous voudriez aussi interminable que possible, à conduire la destinée d’un peuple dont, quelques semaines auparavant, vous brisiez les os et écrasiez la chair. Il revient au peuple burkinabè, qui a déjà prouvé sa maturité, de décider s’il est de son désir de couper totalement avec le passé en se donnant des leaders aux mains moins éclaboussées par les frasques meurtrières de Compaoré—car sait-on jamais, et d’autres avant vous l’ont fait, vous pourriez être inspiré à tronquer votre treillis pour un trois-pièces et vous inaugurer « candidat du peuple » à la fin de la « période de transition »—ou s’il est de son désir de renouer avec la tradition compaoréenne de déstabilisation de la sous-région, de trafics d’armes, de traites de diamant, d’or et de stupéfiants et de commerce illicite de café et de cacao.

Compaoré était persuadé que les dieux du monde–et les Burkinabé en premier—le vénéraient. Du haut de sa folie circulaire, grisé par les panégyriques que lui envoyaient quotidiennement les griots, les encenseurs et les bonimenteurs qui émargeaient à son palais, il n’avait qu’une perspective déformée de la réalité. Vous qui, aux heures cruciales de la recherche d’un point de chute à votre ancien patron, étiez dans le secret des dieux, n’êtes pas sans savoir que Blaise Compaoré n’était ni aimé des maîtres blancs dont il a passé des années à ajuster la cravate, ni chéri des Burkinabé qu’il a asservis pendant trois décennies, ni apprécié de ses pairs africains qui, avec lui comme voisin, ne dormaient que d’un sommeil très vaporeux. Vous le savez bien, ce sont le Togo, le Bénin, le Ghana, la Guinée, le Mali, et le Sénégal qui ont refusé l’asile à votre ancien maitre, avant qu’un Dramane Ouattara chagriné mais obligé ne l’accueille à Yamoussoukro. Blaise Compaoré n’est pas aimé des Africains, parce qu’il a fait trop de mal à l’Afrique. De la Sierra Léone à la Côte d’Ivoire, en passant par l’Angola, le Libéria, la Guinée, et le Mali, la main déstabilisatrice de Compaoré a hypothéqué des dizaines de millions de vies et assuré la place de l’Afrique à la traine du développement global.

Certes, le dictateur que vous avez fidèlement servi et de qui vous avez reçu votre promotion, anxieux de la précarité géologique et agricole du Burkina Faso, s’était mis en tête que la seule issue pour son peuple était de se placer en posture d’illégalité, de se faire le pourvoyeur d’armes et de coups d’Etat dans la sous-région. Mais vous n’êtes pas obligé d’épouser cette logique informe qui a trop longtemps balafré l’Afrique, alors qu’ailleurs se consolident les systèmes d’intégration. Vous n’êtes pas obligé de croire, comme votre patron d’hier, que le Burkina Faso est un pays exécré des dieux, qui ne se développera qu’en détruisant ses voisins. Le petit pays de l’île Maurice, qui fait la fierté de l’Afrique en se positionnant chaque année au top des pays les plus développés du continent, n’a ni pétrole, ni or, ni diamant, ni café, ni cacao, ni coton. Et pourtant …

Comme Maurice, le Burkina regorge d’intelligences organiques qu’il vous revient de savoir mettre à la place qu’il faut.

Le Burkina Faso doit se dévêtir du cloaque nihiliste, qu’avec l’aide de vos armées, lui a fait porter Compaoré depuis près de trois décennies. Le Burkina gagnerait à écrire avec ses voisins un pacte nouveau, un traité de développement mutuel fondé sur un rapprochement sincère et dénué de toute duplicité compaoréenne.

Le Burkina Faso peut commencer ce processus de transmutation et d’amélioration de ses rapports avec le reste de l’Afrique en rappelant ses milliers de soldats prêtés à Dramane Ouattara, et qui en Côte d’Ivoire sèment chaque jour deuil et désolation parmi les populations ivoiriennes. Le Burkina Faso peut commencer sa reconversion en rappelant à l’ordre et au bercail les milliers de Burkinabé qui, profitant de l’instabilité supportée par Compaoré, se sont déversés illégalement dans les forêts classées de l’Ouest de la Côte d’Ivoire, et qui pillent indûment les ressources du pays. Le Burkina Faso peut commencer sa réinsertion dans le concert des nations intègres en arrêtant sa coopération avec les chefs rebelles ivoiriens et la saignée vers le Burkina Faso des ressources agricoles et géologiques ivoiriennes. Le Burkina Faso peut commencer sa mutation heureuse en demandant à ses ressortissants de libérer les domiciles et commerces d’Ivoiriens occupés illicitement dans la logique que Dramane Ouattara est éternel. Tout comme Compaoré, Ouattara n’est pas indéboulonnable, et le Burkina Faso gagnerait à demander à ses ressortissants en Côte d’Ivoire de faire attention à ne pas trop froisser leurs hôtes. Le Burkina Faso peut commencer le recouvrement de sa sincérité perdue sous Compaoré en dénonçant les blanchiments dans les réalisations immobilières de Ouaga 2000 des butins volés dans les banques ivoiriennes par Guillaume Soro et sa clique de scélérats.

Compaoré n’a jamais vu venir sa chute. Et pourtant, il est tombé du piédestal de squelettes qu’il s’est construit et le peuple burkinabè a applaudi sa dégringolade. Compaoré rendra compte un jour devant la justice internationale de tous ses crimes. Voyez-vous, nul n’est indéboulonnable. Aujourd’hui, vous êtes dans le fauteuil de votre ancien maître, même si, comme vous le dites, pour une période qui n’est que passagère.

Monsieur Zida n’ayez pas la cécité intellectuelle de votre patron d’hier. J’ose espérer que vous saurez vous défaire du décompositionnisme de Blaise Compaoré pour commencer à donner au Burkina la vraie appellation de « nation des hommes intègres ». J’ose espérer que sous votre « transition » le Burkina Faso amorcera auprès des peuples africains grugés par la politique de décomposition de Compaoré un processus de repentir et de fraternisation ; car, en vérité, aucune nation ne peut durablement se développer dans la spécialisation occupationnelle du délit et de la fragilisation de ses voisins.

Bonne chance et bonne transition,

Martial Frindéthié

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4 Responses to Lettre ouverte au lieutenant-colonel Isaac Zida

  1. Anonyme says:

    De grâce, votre haine et votre xénophobie ne doivent pas arriver sur le sol burkinabè. Nous, nous avons la retenue et nous ne sommes pas fort dans le bavardage comme vous, nous sommes forts dans le travail. Houphouet et la coalition internationale ont aidé Blaise à tuer Sankara. Après ce forfait, Charles Taylor, sous la protection de votre nana houphouet a endeuillé son pays avec l’aide de Blaise. Ce Blaise que nous burkinabè n’avons jamais aimé ne peut salir l’image de tous les burkinabè. Je n’ai jamais apprécié le rôle ignole joué par Houphouet en Afrique (Biafra, Libéria, opposition à l’unité africaine, participation au renversement de khruma, tentatives quotidiennes de renversement de Sekou Touré…la liste est longue) et POURTANT, je ne vais pas blâmer les ivoiriens pour ça. Notre assemblée nationale n’a jamais donné une autorisation à Blaise de se mêler des affaires des autres pays, c’est lui seul qui faisait ses deals avec ses amis rebelles. De grâce, ne polluer pas l’air chez nous. L’histoire de l’Afrique est trop récente pour qu’on puisse s’accommoder de vos propos.

  2. Daniel says:

    SVP je ne connais rien en politique je m’engarde de vous contredire. Mais seulement je vous en prie de ne pas mêler les innocents citoyens burkinabé résidant en RCI depuis la nuit des temps et qui n’en savent rien de tout ce que vous avancez Blaise.

  3. Eva says:

    aaah vous les boukinabe voila votre mauvaise foi la. vous n’aimez pas entendre la verite. Des qu’on vous dit la verite, ca devient de la zenofobie. Bon attendez seulement . Ne reglez pas le probleme du mont peko. attendez que dramane soit jete a la rue comme blaise et nous allons le regler ce probleme.

  4. serge says:

    Eva, ce n’est pas une question de mauvaise foi. Si des burkinabè délinquants de Blaise occupent votre mont peko, il revient à vos autorités de régler ce problème. Si vous trouvez que vos autorités piétinent à le faire, il faut les traduire en justice pour complicité avec les occupants illégaux. Si vous trouvez que votre justice n’est pas crédible pour vous donner raison contre vos autorités, organisez-vous pour aller déloger ces burkinabè en garçon comme nous l’avons fait le 31 octobre contre Blaise. Voyez-vous, il ne revient pas aux burkinabè du Burkina de traquer ses fils indélicats dans le monde entier. De grâce, la politique criminelle de Blaise ne nous regarde pas. Nous avons souffert de la politique de votre nanan houphouet, mais on n’a jamais demander de l’aide aux ivoiriens pour déloger Blaise son fils spirituel. Donc, si Blaise vous pose des soucis, faites preuve de courage et de dignité pour vous assumer. Aucun militaire du Burkina ne peut venir occuper votre mont, ne confondez pas mercenaires et militaires de l’armée républicaine. J’ai pleine conscience que je perds mon temps à parler à certains ivoiriens, car je connais votre style et votre manque de retenue, mais je ferai ce dernier commentaire et m’en irai cultiver mon champ. Soyez des hommes, au delà du coupé décalé et des réflexions à deux balles.

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