Lettre ouverte à Monsieur Dramane Ouattara, « Bon Chef de Guerre » en Côte d’Ivoire, M. Frindéthié

hdPermettez, Monsieur Dramane Ouattara, que je vous instruise à deux choses; d’abord aux sens des deux mots chef et hasard, puis ensuite au concept de la démocratie.

En effet, lors de votre toute dernière promenade à Paris,  où, après vous être exhibé tout sourire satisfait à Dakar, aux côtés du Grand Blanc qui vous admonestait sur le caractère sacré des Constitutions, vous fîtes mains et pieds pour être reçu par le président français, afin de prouver aux Ivoiriens que la « leçon de Dakar » s’adressait à tous les autres présidents africains sauf à vous, François Hollande vous qualifiait de « bon chef » ; sobriquet que vous et la horde de griots que vous traînaillez à vos innombrables voyages ne comprîtes guère, tant vous, qui attendiez d’être validé par le Grand Blanc, le relayâtes dans vos journaux de derrière les fagots comme une estimation affirmative.

Et pourtant, un tout petit effort intellectuel aurait permis à vos batteurs de darbouka de comprendre qu’il n’y avait pas de quoi s’enorgueillir. Hollande se moquait de vous, en effet. Hollande vous a traité de « bon chef » tout court, et non pas de « bon chef d’Etat », car il ne semblait pas pouvoir s’amener à qualifier votre gouvernance de bon chef de guerre, de bon chef de clan, de bon chef de gang, à une gouvernance digne d’un chef d’Etat d’une société démocratique.

Et vous, tout bienheureux, n’y avez vu que du feu. Et vos feuilles de chou de titrer : « Hollande dit que Ouattara est un bon chef ». Ô stupidité, quand tu nous tiens ! Hollande se serait-il permis la même légèreté langagière avec, say, Obama ou Merkel ? Aurait-il pu les traiter de « bons chefs » ? Mais devrait-on en vouloir à Hollande lorsque les mots qu’il utilise pour qualifier votre chose-là, ce mardi-gras quotidien que vous définissez pompeusement de démocratie, ne rejoignent, en définitive, que les termes que le Vieux Ménékré utilisait si expertement pour désigner votre administration de « gouvernement de gangsters » ?

Dans votre administration de pirates où le penser a pris le large, où l’indiscipline et la vilénie morale ont pris leurs quartiers, où les loubards et danseurs de Batchingué sont inaugurés « ministres », et où se mélangent aisément les genres, ce ne sont pas seulement les fonds publics qui se confondent aux comptes privés ni la cancraille qui gouverne et humilie les populations. C’est aussi la détermination de la violence qui tue le hasard de la démocratie.

Eh oui, Dramane Ouattara, sachez-le ! Le hasard est à la démocratie ce que la violence est à la dictature. Et ça, vous ne le saviez pas, vous qui, imposé par les armes, osez tancer le Président Gbagbo d’avoir accédé à la magistrature suprême par le hasard. Vous l’auriez su que vous vous seriez tu. Il devient de plus en plus clair, pour de nombreux Ivoiriens, qu’il y a, en effet beaucoup de choses que vous ne saviez pas, que vous n’avez jamais sues, mais dont vous vous êtes vendu expert aux crédules ; comme par exemple, cette expertise en économie, qui au fil du temps se révèle être de la mystification, de la poudre aux yeux.

Hum ! Un ami universitaire, économiste de vocation, reconnu, lui au moins, pour ses publications d’expert enseignées dans les grandes universités du monde, me demandait un jour si ce fameux poste au FMI ne vous avait pas été offert par connivence, pour faire figure de proue ; comme le Roi Léopold II offrait au Bagalas des titres et des armes afin qu’ils lui ramènent les bras tranchés de leurs congénères récalcitrants.  Libre à vous de vendre votre âme. Mais n’insultez pas outre mesure les Ivoiriens, vous qui êtes arrivé au pouvoir dans les fourgons de la France et de l’ONU, de vouloir inculquer à leurs enfants que le lugubre calcul fataliste par lequel vous arrivez à vous targuer du titre de « président de la Côte d’Ivoire » est préférable au jeu hasardeux de la démocratie.

Car savez-vous que contrairement au déterminisme, à l’acceptation facile, au calcul fataliste dont relèvent les systèmes autoritaires et les dictatures, où le plus vil, le plus armé, le plus violent, le plus sauvage, le plus sanguinaire, ou le descendant de tel autocrate impose sa loi, au moins armé, au moins violent et au plus civil, les démocraties, elles, relèvent de l’aboutissement heureux du hasard, par lequel aucun dé n’est pipé d’avance, aucun candidat n’est prédestiné à diriger un pays, aucun programme de gouvernement n’est frappé du sceau d’approbation des dieux avant d’avoir été soumis au peuple et débattu sur la place publique ?Vous ne pouviez pas le savoir, sinon vous ne vous humilieriez pas à vous glorifier si ouvertement de n’être pas arrivé par le jeu du hasard de la démocratie mais plutôt par le fatalisme des armes ; tant il est vrai que depuis votre entrée en politique, la violence a pris le pas sur la civilité ; tant il est vrai que depuis votre entrée en politique, les Ivoiriens, plutôt que d’accourir voter, se précipitent pour sortir de la Côte d’Ivoire à l’approche de toute élection, et que ceux d’entre eux qui sont obligés de rester s’approvisionnent en nourriture, en eau et en bougies en prévision de la saturnalia de vos longs couteaux.

Connaissez-vous un seul pays démocratique qui se dépeuple autant que la Côte d’Ivoire à l’approche des élections ? Connaissez-vous un seul homme politique en Côte d’Ivoire qui ait suscité tant d’angoisse parmi les populations ? Connaissez-vous une époque antérieure à votre arrivée en Côte d’Ivoire où la violence ait autant rimé avec l’alternance politique, où le Nord du pays ait autant rimé avec goulag ? Votre amour pour la violence en politique et votre dédain pour la contradiction vous viennent de ce que vous vous considérez oint, choisi des dieux, consacré et donc absout de toute probabilité, de toute élection libre ; et donc absout du jeu de hasard de la démocratie. Vous avez fait assez de mal ; n’enseignez pas à la jeunesse ivoirienne votre sens déformé de la vie politique.

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