Concertation sur le parti unifié : A Quel jeu de dames Ouattara a-t-il invité Bédié ? M. Frindéthié

Le damier

Le cinéaste congolais Balufu Bakupa Kanyinda a produit un film très réaliste, Le damier: Papa National oye, dans lequel Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu Waza Banga est représenté comme un despote qui aime à inviter ses critiques à un jeu de dames dont le résultat est connu d’avance : la victoire de Mobutu ou la potence. A la vue de Ouattara et Bédié attablés devant des « dossiers », engagés dans ce que l’on voudrait faire passer pour d’âpres et civiles discussions sur le processus du parti unifié, je ne pus m’empêcher un petit sourire et une évocation des bouffonneries de l’ex-dictateur de Kinshasa.

A quel jeu de dames Ouattara a-t-il invité Bédié ? Surtout lorsqu’à la révélation du communiqué final de cette « récréation » privée, qui se veut nécessairement publique, Ouattara et Bédié ne se sont « convaincus » que d’une tautologie : s’accorder en principe sur un accord de principe précédemment affirmé ?

Pour l’observateur lucide de la politique ivoirienne, Il y a quelque chose de fondamentalement dérangeant, d’absolument licencieux, de vraiment mobutuesque dans les rapports qu’entretient Ouattara avec son « aîné » Bédié, lorsqu’à la moindre incartade du PDCI ou au moindre écart d’une voix dissidente au PDCI, Bédié est sommé par Ouattara à une « partie de dames » au palais, et en revient tout discipliné, tout dompté, tout calme, comme sous l’effet de forte sédation. Quel est donc ce jeu de dames qu’impose Ouattara à Bédié, et dont le résultat est toujours déjà connu, et pour lequel Bédié ignore les stratégies et les recommandations que lui prodiguent ses jeunes conseillers au PDCI, pour lequel Bédié ignore tout, jusqu’à la survie du PDCI, acceptant de fondre ce vieux parti dans une structure, dans un surnom, le RHDP, qui pour les Ivoiriens, dans leur majorité, dénote désormais de l’autocratie, du clanisme, de l’injustice, de l’incompétence, de la corruption, de la mort ?

Assurément, le « damier » de Ouattara, comme celui de Mobutu, est régi par la violence. Le jeu de dame de Ouattara est dictatorial, codifié sur des règles rigides et imposées par Ouattara à Bédié, des règles censées contrôler toute idiosyncrasie qui viendrait à contredire le discours autocratique de Ouattara. Malheureusement pour Ouattara, un jeu de dames est une émulation d’invectives entre les joueurs, de railleries, de vérités dites sous le couvert de la distraction. Ouattara a beau museler Bédié dans son jeu imposé avec ses règles unilatérales, malheureusement pour lui, aucune volonté autocratique de contrôler le flux du discours ou de restreindre le mouvement des citoyens ne peut résister à la variabilité de directions dans le jeu de dames.

D’ailleurs, dans le film de Kanyinda, un acteur, un poète, un champion du peuple osa battre Mobutu à son propre jeu de dames, avec tout ce que suppose cette partie de railleries, d’invectives, de dévoilement des excès du dictateur. Et pendant que le trainaient les gardes de Mobutu vers la potence, il fit cette révélation prophétique : « Tu ne perds rien pour attendre ! Le changement viendra ! Tu ne perds rien pour attendre ! Le changement viendra coûte que coûte ! » Question : Mobutu fait-il toujours la pluie et le beau temps au Congo ?

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