Jacqueville, la cité de la honte, M. Frindéthié

jacqueville

Le voyageur qui s’aventure sur le littoral alladian n’ira jamais s’imaginer que c’est de cette région que la Côte d’Ivoire tire ses plus grandes richesses : le gaz naturel et le pétrole. Malgré ses énormes ressources géologiques qui contribuent au développement tant carillonné de la Côte d’Ivoire, le littoral alladian est demeuré un assemblage mélancolique de campements oubliés, une succession de hameaux dépressifs isolés de toute croissance économique et sociale, un patrimoine neurasthénique qui a du mal à amorcer son élan vital. Et pour cause ? Le littoral alladian n’a pas de route.

Jacqueville, le chef-lieu de ces agglomérations primitives est une « cité de la honte ». Ses plages jonchées d’amas de détritus, ses ruelles prises d’assaut par des bœufs, des moutons, des cochons et des chiens errants, des garages anarchiques de plein air, et toute cette belle carte postale emballée dans un épais poudrage de cendre ocre qui colle à tout et pénètre tout, Jacqueville ne rappelle plus la propreté légendaire de l’alladian.

Lorsque l’on a fini les quelques kilomètres de bitume reliant la passerelle jetée par-dessus la lagune ébrié et qui tient lieu de « pont de Jacqueville » et le chaos que l’on nomme abusivement « la gare », en direction de Toukouzou, le voyageur peut faire ses adieux à la dernière balise qui lui rappelait encore la terre des hommes. Car à partir d’ici, ce n’est plus une route qu’il a devant lui. Ici, le voyageur entre en aventure, dans un paysage lunaire : cratère, cratère, cratère, qui vous broie les os et les amortisseurs. Poussière, poussière, poussière, collante et pernicieuse, qui vous rentre partout ; dans les yeux, dans les cheveux, dans la bouche, dans les poumons, dans la culotte ! C’est l’enfer !

Et si ce jour-là est tombée une petite pluie, ce sont des mares aux cochons que le voyageur devra affronter. Ici, l’on ne voyage pas pour le plaisir d’une villégiature. Ici, l’on voyage, parce que l’on en est obligé. Sur ce long cimetière outrageusement nommé « route », mieux vaut ne pas avoir à être médicalement évacué ; mieux vaut ne pas être enceinte. L’on y passerait de vie à trépas.

Et c’est entre les villages de Grand Jack et d’Adjué que le voyageur en a marre de ces excavations marécageuses ; que les amortisseurs ont trop geint ; que la colonne vertébrale à trop subi ; que l’insulte des pancartes plantées en plein milieu des villages, sur les aires de jeux des enfants, avertissant des pipelines de gaz naturel sous haute pression devient insupportable ; que la moquerie des feux follets des plateformes pétrolières au large de l’océan atlantique devient intolérable.

Mais qu’est-ce que le goudron ? Sinon les rejets du pétrole qui coule à flot sur le littoral alladian ? Un gouvernement a-t-il le droit d’être démissionnaire au point de refuser à un peuple même les déchets des richesses qu’il lui a siphonnées ? Les routes du littoral alladian ne méritent-elles pas une petite couche du goudron qui sort du pétrole extrait du terroir alladian ? Qui parle pour l’alladian ? Qui intercède pour l’alladian ? Personne !

Et c’est là que le voyageur alladian, excédé, gare sa mécanique sur le bas-côté de « la route » pour maudire le sort qui l’a si méchamment affublé de « leaders » aussi caducs, aussi égotistes, aussi très peu visionnaires, depuis Philippe Grégoire Yacé jusqu’à Henriette Dagri Diabaté, en passant par Beugré Joachim, l’actuel « maire » de Jacqueville ; des hommes et des femmes démagogues, affairistes, attentistes, nombrilistes, accrocheurs de médailles, spéculateurs en terrains villageois, mais sans vision, sans idées, sans perspectives pour leur région.

Jacqueville, je reviendrai à toi !

Martial Frindéthié

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