Méditations

Jardin botanique de pamplemousse, île Maurice

Dr Frindéthié, Jardin botanique de pamplemousse, île Maurice

Méditations

Pour l’abeille qui enfonça son dard et s’en alla périr

Est-ce victoire ou défaite qu’elle alla quérir

Lorsque l’élixir que de sa vie elle défendit

Fut consommé sans que témoignage l’on lui rendit ?

Et le premier héros qui sauva son peuple d’un tyran

Pour l’ensuite placer sous son regard plus méchant

Obtint-il des hommes le respect dû au libérateur d’antan

Ou la soumission au puissant despote de maintenant ?

Ma Ville

Ma ville jadis m’irritaient tes sifflements de train infects à me couper le sommeil

Ma ville naguère me tourmentaient tes émanations piquantes de tchapalo frais

de foufou d’igname et d’agouti faisandé

et tes relents de bandji si accablants dans l’air

ah cet air si douloureux

Ma ville autrefois de la gorge étroite des minarets et des clochers

que n’ai-je dit de ton rosaire irréligieux de Mapouka

et de Zouglou quoique si bien accordé

Ma ville aujourd’hui éreintée ramassée dans l’engeance de l’abaissement

Ma ville tes rondeurs de poudre ocre violées d’échardes métalliques

Ma ville ton ravissement de pomelo précoce transpercé de mille fractions de corrosivité

Ma ville tes sanglots détournés

Ma ville tes nébulosités de frayeur à écouter les ardeurs emportées

qui s’agitent en ton giron

Ma Ville ta gésine interrompue

Ma ville l’engourdissement qui te gagne

ta somnolence que tu exorcises dans les maquis couvre-feu

Ma ville que sont donc devenus C* et  G* et Gigi ma lapine blanche

Ma ville ton envol de tourterelle rompu

Ma ville tes conjurations que nul ne semble percevoir

Ma ville ta délivrance figée

Ma ville comme demain j’aimerais me laisser bercer par tes sifflements de train infects à me couper le sommeil

et me laisser reconquérir par tes fragrances poivrées de tchapalo frais

de foufou d’igname et d’agouti faisandé

et tes parfums de bandji si lénifiants  dans l’air

hum cet air si suave

Ma ville comme j’aimerais retrouver demain ton rire de grande dévergondée

et me trémousser à la cadence débauchée de ton Mapouka

de ton Mapouka le plus serré

Rencontres

 

Tes sources de dunes enivrées fusent sur la sépia tarie de mon cœur

Et bravant les touffeurs  métalliques d’un zénith étranger

Tes prunelles de flammèches et de taillis d’Alger

Me hèlent ce jour à de nouvelles ardeurs

Ton balancier de loutre ardente berce le chenal de mes ferveurs assoupies

Et tes nymphes de rosée sur le typhon d’une île en péril

Fourvoyant mes frayeurs d’une pente juvénile

Me soufflent les lettres d’une ordalie impie

A peine m’ôtes-tu de mes désarrois et m’ouvres ces abords de sapidité

Où le stylet prend vie et t’érige des soupirs d’été

Que te conquièrent des angoisses spectrales

naguère effacées dans les poussières de nuits pâles

Ecoute le discernement de ton cœur

Et laisse–toi porter par les vagues de tes soupirs

La multitude est nombreuse mais l’espace trop refait

Viens aujourd’hui à l’ordalie de nouveaux balbutiements

Je t’ai  entre-vue

Hier encore ou était-ce le jour d’avant je t’ai entre-vue

Et ta beauté s’est infligée à moi

Comme aux premiers instants de nos brusques entrevues

Lorsque loin de t’imaginer mes émois

Tu devisais longuement de propos que je sentais peu

Je t’ai revue en songe hier ou était-ce ce jour

Battant à ta manière la mesure d’un sujet

Tes doigts ensorceleurs décrivant des arabesques d’amour

Que mon cœur épris absorbait médusé

Dans les éclats passionnés de ton regard brun

Si en allant vers la ville des récifs de Ténès

Tu passais près de la cité des Prussiens

Souviens-toi ce n’est qu’un grand cœur en péril

Qu’un soupir de toi ramènera à la vie

Ce mercredi long

Je te sens te balancer le long de ce corridor de verre

Te figer dans un moment de ressouvenir à cet endroit ouvert

Où maintes fois en pensée je t’ai dérobé des baisers d’extase

Quand loin des tourments de ma passion tu tournais dans ta jatte

La paille comme le couteau dans mon cœur

Mais ne faut-il pas pour un cœur qui s’émeut

plus qu’une étreinte ou deux

Pour que se panse la meurtrissure et s’éteigne le feu

Je te vois repartir le long de ce corridor de lumière

Que m’interdit une pléthore d’auxiliaires

Si demain  tu remues la paille dans la jatte

Entends ma prière

Ménage ce cœur en pleurs

Sais-tu

Sais-tu

Exquise dulcinée

Au bourgeon de jasmin

Aux sources  de nectar inépuisables

Aux arrondis de dos d’âne et de frais alezan de Djerba

Aux halètements de larmes et de cascades de délectations

A l’épiderme de frissonnements et de murmures d’automne

Aux vallons aux succulences de raison et de patience mêlées

Sais-tu

Tendre alliée

Aux angles de futaie

Aux seins de versants de minaret

Aux mamelons d’olives sous la flambée méridionale

Au timbre de turbulences dans la gorge des ponts

Aux lèvres d’indécence et d’exhortations au ravissement

Aux fragrances de femme

Sais-tu exquise dulcinée

que le temps

s’en va ?

Le temps s’en va

Le temps s’en va inexorable

Il mène sa course imperturbable

Et toi qui as connu de belles années

Toi qui as aimé tant de mijaurées

Tu es plein de souvenirs

Tu es relique pour l’avenir

Comme ces fleurs qu’on a aimées

Qui un jour se sont fanées

De même ces arbres qui ont fleuri

Et le lendemain ne nous ont plus souri

Un jour tu seras parti

Et rien ne dira que tu étais ici

Les seuls vestiges de ton passage

Seront ceux à qui tu as ouvert les pages

Ceux qui ont été tes compagnons

Eux aussi un jour se souviendront

Avec un peu de nostalgie

Au cours d’une soirée d’amis

ils diront ah celui-là

C’est vrai il avait vécu là

En ta mémoire les verres se lèveront

Pour toi diront-ils ils boiront

Et puis un air langoureux

Leur enlèvera tout ce faux sérieux

Et très vite tu seras oublié

Comme toi-même tu avais oublié

I am powerful

I am powerful in the nation of men.
If you give me a gun,
though I have the swamp above my waist,
I’ll go further in the wood, deep in the forest,
crushing the bugs against my shoulders,
sweaty and feverish in the hot jungle.
I will kill a man, make a widow, and raise an orphan.
I am powerful in the nation of men.
If you give me your reason,
by sundown, I’ll quiet down the birds forever,
and feed the carrion, and sell your opinions,
and kill those who have not.
I will aim at these eyes and pull the trigger
and look for their blood and make sure it’s green,
as you told me.
And I won’t give a damn if their blood is red, like mine,
’cause they’ll be dead, ’cause their blood can’t be red, like mine.
I am powerful in the nation of men.
Just give me a gun; you’ll own me.
I’ll preach your hatred; I’ll bring you your heads,
’cause I don’t give a damn.

 

Vois-tu

Vois-tu là-bas au bas du morne

Cette case qu’aucun agrément n’orne

Vois-tu cet endroit si sombre

Où tout ne forme qu’une seule ombre

Vois-tu cette case sans teinte

Où la cheminée reste à jamais éteinte

Cette prison dans les orties

Et qui semble sans sortie

A midi lorsque le soleil sera bien haut

Que partout sauf la tout sera beau

Le mystère de cette case là-bas

Se verra un peu mettre à bas

Alors tu verras assise sur le seuil

Une fillette qui n’aura connu que l’amertume du deuil

C’est l’orpheline de tes frères

Ceux qui sont tombés à la guerre

C’est l’abandonnée de ta convoitise

Et de ta passion que très peu attise

Puisque de pleurs est faite sa vie

Vois-tu nul ne l’envie

 

Souffles

Je ne fais que chanter l’amour

Dans le halo des grands tambours

Je ne fais que chanter la joie

Dans un monde qui cherche sa voie

Et ce n’est plus ce tambour ancestral

Noir comme un sage minéral

Ce n’est plus celui qui aux festivités appelle

Seulement celui qui avec nostalgie les rappelle

Celui qui tonnant de sa furieuse haine

Ne met dans nos cœurs que tristesse et peine

Et je ne fais que dire la gloire

D’une lointaine époque qui n’est plus qu’histoire

Mon chant de lamentations

Dans ce champ de déflagrations

C’est l’air de peuples qui s’aiment

Mais hélas ne sont plus eux-mêmes

Qui voudraient décider de leurs destinées

Mais n’ont plus ce droit inné

Que le créateur souverain

Voulut bien mettre entre leurs mains

Et qui tels des épaves emportées par les flots

Au rivage ne reviendront pas de sitôt

Arrêtez donc votre courroux!

Leurs vies ne sont pas à vous!

Mais arrêtez donc ces machines maudites

Si c’est pour notre salut comme vous dites

Faites donc cesser ce bruit infernal

Afin que le bonheur soit matinal

Allons, Franchissons donc cette haie

Donnez-nous des frères!

Donnez-nous la paix!

Franche Duplicité

Curieuse est l’estime

Que nous exhibe l’Hexagone

Qui de son embrassade éprise

Nous asphyxie et nous garrotte

étrange ce sentiment gaulois

qui prétend venir en ami

Pourtant nos enfants aux mains nues massacre

Et de leur sang  assouvit son ressentiment

Petites têtes blondes si hardies d’apprendre

Qui vous pâmez  sous le portrait de Napoléon

Vos maîtres vous ont-ils vraiment tout dit

Savez-vous qu’hier la France a immolé du Nègre

Afin qu’aujourd’hui vous parliez français

Et qu’aujourd’hui encore la France massacre de petits Nègres

Afin que votre chocolat vous soit servi bien chaud

France, écoute-moi, France

Mérite enfin ton nom

Laisse ta langue dire

Des mots de franchise

 

Ce Fier Soldat

Elle est demeurée sur le seuil

C’est déjà pour elle un grand deuil

Nul ne sait comment ce fier

Est arrivé au monde hier

Sa mère souffrit sous la canicule

Car il ne vint pas au crépuscule

Nul ne sait combien de fois

Elle fut anxieuse des mois

Combien de fois elle étouffa des cris

Pour qu’enfin ce fier soldat éclose de ses plis

Il s’en va fier de sa baïonnette

La laissant seule dans cette maisonnette

Il s’en va défendre vos honneurs

Pendant que la mère perd son bonheur

Il l’abandonne à ses lamentations

Pour répondre à l’appel enivrant de vos déflagrations

Vous êtes vainqueurs peut-être  mais hélas sans lui

Et pour sa mère rien qu’une médaille qui luit

Vous faites si bien la guerre

Mais pas encore l’homme et la terre

Vous perdez si bien des enfants

Pas de médailles rendez son fils à Maman

Aucune de vos décorations si nombreuses

Ne peut rendre sa mère heureuse

Voyez la mère qui de peine se trémousse

Et toute cette détermination que la guerre émousse

Voyez tout ce labeur qui s’effondre

Et même vos médailles qui semblent fondre

Oh vous en ferez d’autres c’est sûr

Mais comme il est affligeant et dur

De voir que pour vos propres frères

Il n’y a personne pour dire qu’il espère

Ni vos sciences ni vos expertes mains

Ne sont à même de faire des humains

Ni vos ambitions ni votre orgueil

Ne peuvent créer le plus petit œil

Qui luise de sensibilité et repère

Un frère qui se noie mais espère

Assoupissez à présent vos mesquines appétences

Et laissez épanouir ces jeunes compétences

Leurs vies ne sont pas à vous

Arrêtez donc votre courroux

Faites cesser ce bruit infernal

Afin que le bonheur soit matinal

Allons pour eux franchissons donc cette haie

Donnons-leur des sœurs donnons-leur la paix 

Across the sea

Before blows the corrosive breeze of the sly rumors
And explode the eyes at the sight of horrors,
Before is shed the blood of those who have no more
And rises from the ruins, like acid mist, the wicked, victorious clamor,

Find across the sea a hand to hold.

Before becomes a fist the waving hand
and dies the smile and the mouth praises the gang,
Before kills the air that is meant to heal
And empty is the heart and hatred begins to fill,

find across the street someone to love.

 The Colors of My World

The white and threatening stretch of sand
That rocks the dreams of the nomad’s land,
When by the fire he got his pipe lit,
we could hear him secretly whisper his love for it.

The black veil that falls at night,
Stage of ghosts with the decline of the light,
How many times in its shelters
grew the intimate embrace of two lovers?

My voice is hoarse, yet I feel no shame.
I will raise my voice in a song for the flame
Red and yellow that gathers the tribe
these nights when the drummers take pride.

There’s a smile here that I’ve seen there.
There are eyes there that I’ve seen here.
My song is black and red yellow and blond.
Ain’t they the colors of my world?

Qu’as-tu fait ?

Dans ces grandes rumeurs

Dans ces cris et ses pleurs

Dans ces sinistres traits

Dans ce sang tout frais

Dis-moi qu’as-tu fait ?

Pour tes frères qui se noient

Et qui sous la misère ploient

Pour ceux qui n’ont plus de toit

Et que tu vois toi

Dis-moi qu’as-tu fait ?

Nostalgies

Es-tu passée ce soir douce dulcinée

Par nos bois discrets et ses mousses embrasées

Sa ménagerie de chevreuils et de ratons laveurs

Effarouchés à l’apparition de nos faisceaux crépusculaires

 

L’aube si sereine reste paisible

sous le manteau arrosé de l’embrun

Et dans ma main ta main lisse mais ferme

Guide en silence l’excitant qui tranche le voile vespéral 

As-tu revu tendre amie le joyeux logis opalin

Candidement endormi sur son banc de tiges et de crin

Son sobre luminaire défendant le porche

que ne franchit nulle intention séditieuse

 

A peine cille l’étincelle du canal

Que s’empresse-t-elle de te retenir

Ici j’aime à t’entendre sortir de ton assoupissement

Pour protester cette gaucherie machinale

 

Dis-moi bien-aimée

Quels persiflages crépitent à cet instant

Les végétaux portent-ils toujours leurs capes de flammèche

Ou se sont-ils disciplinés à la brusque arrivée de l’hivernage

 

Ici, la lame de l’équinoxe longtemps déjà s’est soumise

Au ressentiment de la canicule méridionale

Quand loin là-bas descend à peine

l’édredon glacial de la somme hibernale

 

Quand tu lèves ton col contre les vents du Nord

Et t’emmitoufles en prévision des nuits glaciales

Songes-tu des fois ma chère

A l’étendue lointaine qui nous rapproche chaque instant

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