Comprendre le supplice du PDCI, M. Frindéthié (publié le 30 avril 2013)

schizoidC’est vers les premiers schizoanalystes que nous dûmes nous tourner, dans notre désir de comprendre le supplice du PDCI, ce grand enfant de soixante ans, qui se fait entuber, se fait violer, se fait  fouetter par ce tout jeune führer du RDR, et qui toujours, tel un mouton de panurge, suit tout bonnement le RDR, et continuera à suivre niaisement jusqu’en 2015. Et ce qu’il nous fut donné de voir, ce fut le programme bien élaboré de l’esclave et de sa dominatrice, lorsqu’immobilisé sur l’autel de son supplice, le PDCI en redemandait encore et encore :

« Maîtresse, 1) tu peux me ligoter sur la table, solidement serré, dix à quinze minutes, le temps de préparer les instruments ;

2) Cent coups de fouet au moins, quelques minutes d’arrêt ;

3) tu commences la couture, tu couds le trou du gland, la peau autour de celui-ci au gland l’empêchant de décalotter, tu couds la bourse des couilles à la peau des cuisses. Tu couds les seins, mais un bouton à quatre trous solidement sur chaque téton. Tu peux les réunir avec un élastique à boutonnière. Tu passes à la deuxième phase :

4) tu as le choix soit de me retourner sur la table, sur le ventre ligoté, mais les jambes réunies, soit de m’attacher au poteau seul, les poignets réunis, les jambes aussi, tout le corps solidement attaché ;

5) tu me fouettes le dos les fesses les cuisses, cent coups de fouets au moins ;

6) tu me couds les fesses ensemble, toute la raie du cul. Solidement avec du fil double en arrêtant chaque point. Si je suis sur la table, tu m’attaches alors au poteau ;

7) tu me cravaches les fesses cinquante coups ;

8) si tu veux corser la torture et exécuter la menace de la dernière fois, tu enfonces dans les fesses les épingles à fond ;

9) tu peux alors m’attacher sur la chaise, tu me cravaches les seins trente coups et tu enfonces les épingles plus petites, si tu veux tu peux les faire rougir au réchaud avant, toutes ou quelques-unes. Le ligotage sur la chaise devrait être solide, et les poignets dans le dos pour faire ressortir la poitrine. Si je n’ai pas parlé des brûlures, c’est que je dois passer d’ici quelque temps une visite et que c’est long à guérir – et 2015 n’est pas bien loin »

Peur, sadisme inversé, ou tout simplement « lo péi avanche » ?

Comprendre les origines de la crise ivoirienne (4e partie), M. Frindéthié

M. Guikahué, Ministre de la santé de Bédié qui fut au centre du scandale financier

Comment justifie-t-on un coup d’état ? En le conduisant au nom de la bonne gouvernance et de la  mondialisation.

En Côte d’Ivoire, le premier coup d’état a commencé avec la diabolisation de Bédié par les amis de Ouattara. Cette diabolisation s’est opérée à deux niveaux. Socialement et politiquement, Bédié fut présenté au monde comme un gouvernant inefficace, incapable d’être l’unificateur qu’était Houphouët. Economiquement, Bédié fut présenté au monde comme un administrateur hasardeux, un détourneur de deniers publics dont la mauvaise conduite était nuisible au peuple de Côte d’Ivoire. La notion d’ivoirité servit à salir Bédié, à l’exhiber comme un diviseur et un xénophobe.

L’Ivoirité, que Bédié définissait comme « la synthèse culturelle entre les ethnies habitant la Côte d’Ivoire … concerne en premier les peuples enracinés en Côte d’Ivoire mais aussi ceux qui y vivent et y travaillent en partageant nos valeurs »,  fut pervertie pour la circonstance. Une vigoureuse campagne médiatique orchestrée par les amis de Ouattara réussit à disséminer l’idée que l’Ivoirité était une recette de rapatriement des populations du Burkina Faso et du Mali. Et les organes de presse français s’évertuèrent à lier la moindre tension entre autochtones et allogènes en Côte d’Ivoire à une prétendue xénophobie initiée par Bédié, exacerbant de ce fait, des conflits mineurs en les politisant. Très bientôt, un pays composé à 27% d’immigrés fut indexé à tort dans la presse française comme étant xénophobe. En fait le but de la presse française était de jeter l’opprobre sur Bédié, afin que Ouattara, son rival, apparaisse comme un messie. L’électorat du Burkina Faso et du Mali sur lequel comptait Ouattara, et que la politique d’identification de Bédié empêchait de voter, était, bien sûr, du nord de la Côte d’Ivoire et en grande partie musulmane. Fidèle à sa politique de victimologie, Ouattara n’hésita pas à amalgamer pour son compte la géographie et la religion, inaugurant sa sinistre phrase «On ne veut pas que je sois président parce que je suis musulman et nordiste », instiguant de ce fait un pandémonium interethnique et interreligieux.

Ouattara n’avait aucune raison de lier sa disqualification – fondée sur sa propension au faux et usage de faux – au sort des 5 millions d’immigrants vivant sur le sol ivoirien. Dans le but de réussir la campagne de dénigrement amorcée contre Bédié, la presse française habituée à s’aligner aveuglément à la politique étrangère de la France, une politique étrangère toujours en quête de valets noirs disposés à aider l’Hexagone à piller l’Afrique, se fit le porte-voix de Ouattara, projetant de lui une image messianique : Dans la presse française, Ouattara condensa du coup tout ce qui était étranger et musulman ; et tout mal qui lui était fait devint automatiquement un mal fait aux étrangers et aux musulmans du monde. Et la sainte presse française ne trouva même pas nécessaire de relever les menteries et les mystifications qui fourmillaient dans le curriculum vitae de Ouattara. Le manque de rigueur journalistique de la presse française allait jusqu’à friser le plaidoyer en faveur de Ouattara. Ansi Vincent Hugueux de L’Express écrivait, sans même relever l’incongruité, « A Paris, dans ce bureau de l’agence immobilière que dirige son épouse française, Alassane Ouattara, qui admet avoir été boursier du gouvernement de Haute Volta et détenteur d’un passeport voltaïque, étale sur une tablette les copies des documents censés confondre ses détracteurs: cartes d’identité parentales, acte de naissance, certificat de nationalité ». L’objectivité était évidement le moindre souci d’une presse française commise au but de la France de mettre Ouattara à la présidence à la place de Bédié. Mais c’était aussi Bédié qui aiderait cette presse-là à le supplicier. 

Bédié n’était, comme tous les politiciens, qu’un être humain, avec ses défauts et ses qualités. Quiconque suit de près la politique africaine observera que les chefs d’état africains sont en grande partie des leaders corrompus encouragés par les pays industrialisés à détourner impunément, en guise de récompense pour des contrats juteux, les fonds de développement, et cela, jusqu’à ce que ces pays-là les trouvent moins coopératifs et pensent à leur trouver des remplaçants plus avenants. Bédié faisait partie de cette équipe-là. Nous nous rappelons encore comment Bokassa a été maintenu au pouvoir par Giscard aussi longtemps que ce dernier recevait sans trop de presse ses cadeaux en diamants, en uranium et en permis de chasse. Nous nous rappelons aussi comment Les chefs d’état français et américains ignorèrent, aussi longtemps que cela leur était convenable, les folies de Bongo, Eyadema, Mobutu, papa et bébé Doc. Les gouvernants de la Côte d’Ivoire, de Houphouët à Bédié, eurent leurs moments de gloire avec l’Hexagone. Vers la fin des années 1990, Bédié n’était plus en odeur de sainteté avec la France. En tant que premier ministre, Ouattara avait démontré à Chirac que la France ne pouvait avoir meilleur ami que lui, qu’en Côte d’Ivoire, tout était à vendre à la France et au business français, que rien n’avait de valeur sentimentale ou stratégique. Pour Paris, il était donc nécessaire que Ouattara, cet ami inconditionnel, revînt aux affaires. Il était donc nécessaire que Bédié fût exposé et qu’il tombât.

En effet, entre 1992 et 1997,  l’Union Européenne avait accordé plusieurs prêts à la Côte d’Ivoire dans le but d’améliorer le système de sante de la Côte d’Ivoire et de supporter le programme de décentralisation du pays. La plus grande partie des fonds alloués à cet effet fut détournée. De 92 à 97, deux gouvernements s’étaient succédés en Côte d’Ivoire : le gouvernement de Ouattara (90-93) – qui pendant la longue maladie de Houphouët vit Ouattara cumuler les postes de premier ministre, ministre des finances et président par intérim, et le gouvernement de Kablan Duncan (93-99), sous la présidence de Bédié. Bien que l’Union Européenne ait reconnu que les détournements des fonds alloués à la Côte d’Ivoire avaient eu lieu sur une période de 5 ans, ce qui incluait au moins une année sous le gouvernement de Ouattara, curieusement, cependant, aucune malversation ne fut imputée à Ouattara. Ouattara avait été un bon « garçon » pour la France, et bien que l’origine de sa fortune colossale accumulée en si peu de temps soit très suspecte, il n’était pas question qu’il fût inquiété. C’était Bédié que l’on voulait voir tomber ; c’était donc vers Bédié qu’il fallait orienter toute enquête. Aussi, à la tête de l’Union Européenne, la France ordonna un audit de la gestion des prêts couvrant la période allant de 1995 à 1997, une période qui ne couvrait que la gestion de Bédié, alors que, comme l’avaient souligné de nombreux observateurs, les malversations remontaient jusqu’à 1992, jusqu’au temps de l’administration Ouattara. D’ailleurs, Jérôme Dupuis, and Jean-Marie Pontaut de L’Express n’écrivaient-ils pas ceci ? «Où ont disparu les 180 millions de francs que l’Union européenne a versés à la Côte d’Ivoire? Cette aide, destinée essentiellement au programme de santé, a été systématiquement détournée entre 1992 et 1997, comme l’attestent plusieurs audits récents de la Commission européenne et un rapport accablant de l’Inspection des finances ivoirienne, dont L’Express a pris connaissance ».

              Bien que louable, l’audit de l’Union Européenne, conduit de novembre à décembre 1998 par la firme 2AC, était extrêmement réduit et biaisé contre Bédié. L’audit révéla ceci : plus de 30 millions des 88 millions de dollars alloués à la Côte d’Ivoire avaient mystérieusement disparus. Bédié, sa famille, et ses proches, et plus précisément le ministre de la santé de Bédié, Maurice Guikahué, furent indexés comme des criminels économiques. Cette révélation coïncida avec la révélation à Cologne (Allemagne) de la réduction de la dette des PPTE et l’annonce que l’Union Européenne gelait son aide budgétaire à la Côte d’Ivoire. L’histoire des détournements fit beaucoup de bruit. La presse française s’en fit le relais. Ouattara s’en frotta les mains. Cependant, certains politiciens français en gardèrent la tête froide, qui à l’instar du parlementaire Thierry Jean-Pierre en émirent des doutes quant au moment et à la période de l’audit : « Il est scandaleux que les députés européens n’aient pas été informés de ces détournements, qui concernent des secteurs aussi sensibles que la santé. Je ne comprends pas que la délégation sur place et les quatre experts du Fonds européen de développement détachés auprès de l’administration ivoirienne n’aient rien vu. Cela pose un problème de compétence. A moins qu’il n’y ait d’autres explications ».

La révélation de ce scandale financier vint au moment où la question de la nationalité douteuse de Ouattara devint pressante et où Ouattara s’exila en France. Ce qui fit que Bédié devait désormais gérer les manifestations pro-Ouattara en Côte d’Ivoire ainsi que les intimidations de la banque mondiale, du FMI et de l’Union Européenne qui menaçaient intempestivement, tout cela en prologue à un coup d’état. Quelques semaines après l’exile volontaire de Ouattara en France, le 24 décembre 1999, Bédié fut déposé par l’ex-chef d’état major de Ouattara, le général Robert Gueï. Bédié partit en exile en France via Lomé, et Ouattara retourna en Côte d’Ivoire, persuadé que le général Gueï lui réchaufferait le fauteuil présidentiel jusqu’à son inauguration officielle comme président de la République de Côte d’Ivoire. « Erreur de Gawa », comme le diraient les Ivoiriens. En d’autres termes, Ouattara s’était fourré le doigt dans l’œil.

Ivoiriens, voici la pitrerie qui fait office de ministre de l’intérieur depuis l’Occupation

Comprendre la crise ivoirienne (2e partie), M. Frindéthié

Henri Konan Bédié : pas exactement l’homme dont avait rêvé Paris

Le 7 décembre 1993 le président Houphouët, qui avait été tenu loin de la politique par sa longue maladie, mourut dans son village natal de Yamoussoukro. La constitution ivoirienne prévoyait un tel cas de vacance du pouvoir. L’article 11 de la constitution ivoirienne stipulait que le président de l’Assemblée nationale assumerait les fonctions de chef d’état jusqu’à l’organisation de nouvelles élections Bédié était donc l’héritier constitutionnel d’Houphouët. Cependant, contournant tout processus légal, Ouattara s’autoproclama Président de la République de Côte d’Ivoire. Ce holdup constitutionnel ne dura que quelques heures, le temps pour Bédié d’apparaître à la télévision pour revendiquer son droit et annoncer son intention de finir le mandat du président Houphouët dans le strict respect de la constitution.

            Dans le passé, en tant que président de l’Assemblée Nationale, Bédié s’était élevé contre le libéralisme béat de Ouattara, qui ouvrait grandement les portes aux multinationales étrangères désireuses de s’accaparer les sociétés d’état ivoiriennes. Pendant que les politiciens français avec à leur tête le ministre des finances d’alors, Nicolas Sarkozy, martelaient que jamais l’EDF (Energie de France) ou le GDF (gaz de France) ne seraient privatisés, car trop stratégiques pour la souveraineté de la France, Ouattara, le premier ministre ivoirien, privatisait et vendait aux amis de son épouse les sociétés d’état ivoiriennes d’eau et d’électricité. Pourquoi la position de Sarkozy était-elle tenable en France et récusable en Côte d’Ivoire ? Etait-ce parce que d’un côté l’on se trouvait en Europe et de l’autre en Afrique ? C’est ce manque de réciprocité morale que le mouvement patriotique de Côte d’Ivoire était décidé à combattre. De cette perspective, le combat des patriotes revenait aussi à dénoncer les collaborateurs locaux qui, succombant à la promesse de la lactification économique, avaient trahi leurs peuples. Car les vagues successives de coups d’état et d’instabilités politiques qui depuis 1999 endeuillent la Côte d’Ivoire sont aussi chargées de fortes odeurs de déloyautés organiques. Chaque fois que la Côte d’Ivoire était secouée par des coups militaires, Ouattara était l’insider   qui, pour se rapprocher d’un monde blanc qui l’a toujours fasciné, trahissait le pays qu’il prétendait aimer. Les antécédents à cette propension à l’autodestruction donnent des frissons. Rappelons-nous que dans le système du Congo léopoldien, les auxiliaires africains du roi belge avaient pour récompense de faire la razzia sur des villages, d’en violer les femmes, d’en piller les maisons, quand ils assuraient au roi une bonne récolte de caoutchouc. Là bas, dans le Congo léopoldien aussi, comme cela fut le cas pendant l’administration de Ouattara, les conséquences de cette déliquescence morale se révélaient désastreuses pour les femmes et les enfants.

            Tout comme Ouattara, Bédié croyait au libéralisme économique. Cependant, le libéralisme de Bédié accordait une certaine importance à la souveraineté nationale. C’était un libéralisme qui n’entendait pas brader les richesses nationales aux multinationales étrangères ; pour ce faire, Bédié entreprit un certain nombre de réformes dont les plus importantes étaient l’identification de la population ivoirienne par un programme de recensement systématique et la régulation de l’exploitation et de l’appropriation anarchiques des terres ivoiriennes. En effet, au milieu des années 1990, la Côte d’Ivoire était la seconde destination d’immigrants d’Afrique subsaharienne après l’Afrique du Sud, avec un taux d’immigration tournant autour de 27% pour 13 millions d’Ivoiriens. Les plus grandes communautés étrangères venaient du Mali (2 millions), du Burkina Faso (2 millions), du Ghana (1,5 millions), du Nigéria (500.000), et en plus petits nombres du Bénin et du Togo. Bien qu’un accord entre les pays de la CEDEAO permette la libre circulation de personnes de biens de tout état membre dans leurs zones, la migration vers la Côte d’Ivoire était presqu’unidirectionnelle. La grande population d’immigrants venant du Mali et du Burkina voisins pour l’exploitation des terres fertiles ivoiriennes et la fabrication et l’exportation vers les pays sahéliens de charbon de bois s’est plusieurs fois accrochée aux populations autochtones qui l’accusaient d’appropriation illicite de terres, de déforestation sauvage d’espaces classés, et d’incendie de forêts. En 1999, une telle dispute opposant des immigrants du Burkina Faso et des autochtones de la région de Tabou (sud-est de la Côte d’Ivoire) causa le départ d’au moins 12.000 Burkinabés de leurs champs. Cet événement, qui intervint un an après que la réforme foncière de Bédié interdisant la vente de terre aux étrangers fut adoptée par l’Assemblée nationale ivoirienne, dirigea des critiques plus acerbes à l’encontre de Bédié. La réforme foncière de Bédié seyait mal aux présidents malien et burkinabé dont les budgets de fonctionnement dépendaient énormément des immenses revenus que leurs émigrés en Côte d’Ivoire leur faisaient parvenir chaque année. Ces présidents virent la réforme de Bédié comme un prétexte pour déposséder leurs compatriotes de terres qu’ils exploitaient depuis de longues années, et donc une façon déguisée de démunir leurs pays de recettes nécessaires à leur développement. Dans leurs griefs contre Bédié, les Maliens et les Burkinabés reçurent le soutien de puissants alliés en la France dont certains citoyens propriétaires de terres illégalement acquises risquaient de se faire déposséder.

            Par ailleurs, les opérateurs économiques français avaient vu leurs dividendes baisser sous Bédié. Avec Ouattara, le premier ministre d’Houphouët, les opérateurs économiques français avaient vu le rôle de l’état passer de celui d’une institution gouvernementale à celui d’une institution non gouvernementale. Ouattara lui-même avait troqué ses habites de gouvernant contre ceux de businessman, faisant personnellement affaires avec les opérateurs économiques, leur proposant des bénéfices faramineux. L’administration de Bédié était tout autre. Pour le Burkina, le Mali, et surtout la France, il était impératif que l’état ivoirien retournât à son rôle d’ONG. Il était impératif que Ouattara retournât aux affaires. Tel était le challenge auquel Bédié était confronté au milieu des années 1990. L’on comprendra aisément, à la lumière de ce contexte sociologique, que la chute de Bédié ne vint pas d’une mauvaise de gestion de la Côte d’Ivoire ou même d’une certaine hostilité envers les investissements directs étrangers. Bédié était aussi libéral que Ouattara. Il était aussi ouvert que Ouattara aux investissements étrangers. Cela, même les détracteurs de Bédié le reconnaissent. Entre 1995 et 1999, la Côte ‘Ivoire a connu une belle croissance économique et une croissance du bien-être individuel des populations. D’ailleurs, la politique économique de la Côte d’Ivoire a été célébrée les 4 et 5 juillet dans un rapport de l’Organisation Mondiale du Commerce, qui félicitait l’administration de Bédié et projetait un avenir radieux pour la Côte d’Ivoire. La chute de Bédié vint de ce que son support timide du business français n’arrangeait pas vraiment Paris, qui lui préférait l’administration irresponsable de Ouattara. Bédié voulait mettre la France en compétition avec des pays comme la Chine, le Canada, le Japon, les Etats-Unis, et l’Afrique du Sud, pour ne citer que ceux-là. La France n’avait pas l’habitude de la compétition en Côte d’Ivoire. Dans la compétition, le business français s’enliserait. Pour les intérêts économiques de la France, il était impératif que Bedié fût déposé. Mais pour cela, il était nécessaire que l’on lui découvrît des péchés.

            En attendant, Ouattara, qui après son coup d’état constitutionnel manqué de 1993 s’en était retourné au FMI servir sous Michel Camdessus, préparait son retour à la politique ivoirienne. Il n’attendrait pas d’y revenir par les voies institutionnelles. Il comptait en grande partie sur l’électorat étranger massif (du Burkina et du Mali) qui, muni de cartes d’électeurs fournies par Houphouët, avait plusieurs fois réélu « le Vieux » dans la comédie électorale qu’organisait le parti unique. Or, voilà que le programme d’identification de Bédié, qui bien que permettant aux étrangers de voter au cours des législatives, leur enlevait le droit de vote aux présidentielles, menaçait aussi cette perspective. La réforme foncière et le programme d’identification de Bédié faisaient partie d’une vision d’ensemble que Bédié avait nommée l’ivoirité. Cette notion dont l’on attribuait trompeusement la paternité à Bédié avait déjà été utilisée par des étudiants en 1945 à Dakar au cours d’une conférence. Plus tard, des intellectuels ivoiriens tels le poète Niangoran Porquet (1974) et l’universitaire Kanvaly Fadiga (1997) l’avaient aussi utilisée pour signifier la conscience nationale et la volonté fraternelle des peuples de tous les horizons qui avaient choisi de vivre sur le sol ivoirien, partageant les mêmes joies et les mêmes espoirs. L’ivoirité fut le péché que l’on trouva à Bédié. (à suivre)

Comprendre la crise ivoirienne (3e partie), M. Frindéthié

flagPourquoi la Francité et pas l’Ivoirité?

L’ivoirité pour Bédié était une colle sociale pour les 60 communautés ethniques vivant en Côte d’Ivoire, un signifiant d’identification censé les unir en leur instillant une fibre patriotique, et par conséquent un attachement plus prononcé à l’Etat et à ses institutions comme incarnant la somme totale de toutes les expressions nationales individuelles. C’était un projet sociétal essentiel étant donné le manque d’enthousiasme que les Ivoiriens avaient naguère exprimé à l’endroit de l’Etat et des institutions étatiques. Pour la plupart des étrangers vivant en Côte d’Ivoire, le pays était un Etat-CEDEAO, une sorte d’eldorado où l’on venait chercher fortune par tous les moyens, sans attachement sincère à la terre. Le peuple de Côte d’Ivoire avait perdu foi en ses gouvernements successifs, qui semblaient se préoccuper plus du bien-être des étrangers que des Ivoiriens eux-mêmes. La situation était exacerbée par l’attitude du président Houphouët, qui n’hésitait pas à inclure dans ses gouvernements des ministres de nationalités étrangères. Par exemple, Raphaël Saller (un Français) avait été ministre des finances et du développement ; Mohamed Diawara (un Malien) avait été ministre du développement ; Abdoulaye Sawadogo (un Voltaïque) avait été ministre de l’agriculture ; Hamadou Thiam (un Sénégalais) avait été ministre de la communication. Dans les années 1980, une expression qui illustrait ce malaise ivoirien envers l’Etat était la fameuse phrase « on s’en fout ; ça appartient à l’Etat », qui accompagnait tout acte de vandalisme et de spoliation de la chose publique.

            L’ivoirité de Bédié entendait corriger ce cynisme ivoirien. Elle entendait réformer cet état d’esprit, en créant les conditions d’une allégeance, non plus fondée sur la base ethnique, comme cela était le cas dans la situation de l’Etat impersonnel et détaché du peuple, mais plutôt une allégeance fondée sur une identification à l’Etat-nation créé le 7 août 1960. Dans la sphère des contestations culturelles, les néologismes en -ité et –itude suggérant une allégeance à l’origine nationale, géographique, linguistique ou raciale étaient bien courants. Senghor, le premier Noir consacré dans l’élitiste Académie française disait lui-même, dans son discours du 11 décembre 1974 à la Sorbonne, qu’il était important de lutter, de souffrir et de mourir « plus volontiers pour une –ité ou une –itude que pour un –isme ». Curieusement, cependant, il semble que les chefs d’états africains sont plus prompts à lutter, à souffrir et à mourir pour la spécificité de la France que pour la leur. Un bel exemple de cet état d’esprit est l’assemblée annuelle humiliante qu’ils organisent autour de la notion de la francophonie, qui comme nous dit encore Senghor dans sa conférence de mai 1968 à l’Université de Beyrouth, n’est qu’un synonyme de la francité. Et ce même Senghor de nous dire, la main sur le cœur, que la francité ou la francophonie n’est pas une machine de guerre ni d’oppression construite par l’impérialisme français, mais plutôt un mode de penser, une façon particulière d’appréhender les problèmes et de leur trouver des solutions, un esprit de la civilisation française. Si la francophonie ou la francité n’est pas un instrument d’oppression, pourquoi voudrait-on donc que l’ivoirité en soit un ? Si les chefs d’état africains acceptent et célèbrent chaque année la francité, pourquoi ont-ils mis Bédié au pilori pour sa célébration de l’ivoirité ? Pourquoi les chefs d’état africains se font-ils les griots de la francité plutôt que ceux de leurs propres –ités ?

            Aujourd’hui, comme en 1968, le défenseur le plus passionné de la francité est un ex-chef d’état sénégalais, Abdou Diouf. Il est le démarcheur mondial du fromage, de la baguette, et de la civilisation française. Et partout où il va vendre sa francité, il est accompagné d’une pléthore de chefs d’état africains, qui se bousculent pour avoir une place d’honneur au premier rang. Cependant, le 13 mai 2006, Diouf, ce nouveau prosélyte de la Francité se fit dire à l’aéroport de Toronto, où il était en transit pour une conférence à Winnipeg, que Nègre il était, Nègre et inférieur il resterait. Diouf subit une fouille au corps, tel un vulgaire suspect. Mais qu’avait-il donc cru ? Qu’en chantant à longueur de journée la beauté de la France, ses zébrures noires se perdraient dans une rosée de lait ? L’humiliation de Diouf à l’Aéroport de Toronto était symptomatique de la duplicité dans les rapports Nord/Sud, une duplicité à laquelle les Africains n’ont jamais su répondre de manière coordonnée à cause de la politique réussie du  diviser pour régner, mais plus précisément à cause de leur complexe d’infériorité légendaire. Pendant que les Sénégalais, les plus fervents croyants de la francité, protestaient l’humiliation faite à leur ancien chef d’état, les Ivoiriens riaient sous cape, estimant qu’ils l’avaient bien mérité, à trop vouloir lécher du cul blanc. Car le Sénégal, avec le Mali et le Burkina Faso, fit partie de ceux qui le plus s’en prirent à Bédié pour sa politique d’ivoirité. L’événement de Toronto confirmait une chose. La francité n’était pas innocente. Elle avait une dimension idéologique, politique et impérialiste. L’on comprenait aisément pourquoi, à la suite de la France, les Africains s’attelaient à démanteler l’ivoirité.

L’ivoirité, comme la francité, avait une portée politique, que Bédié, en bon politicien, activa le 23 novembre 1994 par la modification du Code Electoral, lorsqu’il se rendit compte de l’amour un peu trop inhabituel que la France exhibait pour Ouattara juste avant les élections de 1995. Désormais, ne seraient candidats que les Ivoiriens de père et de mère ivoiriens.

Bédié connaissait bien Ouattara. Economiste lui-même, il avait suivi le parcours de Ouattara. Tous les deux avaient servi dans les mêmes institutions internationales ; et ils savaient tous les deux dans quelles circonstances s’étaient faites leurs ascensions. Bédié connaissait Ouattara autant que Ouattara le connaissait. Bédié savait—et cela, Ouattara lui-même l’avait admis dans une déclaration signée à la Cour Suprême de Côte d’Ivoire—qu’après ses études au Lycée de Bobo Dioulasso (Burkina Faso) et de Ouagadougou (Burkina Faso), Ouattara avait bénéficié d’une bourse américaine réservée aux étudiants voltaïques, en tant qu’étudiant voltaïque. Bédié savait qu’après ses études aux Etats-Unis, Ouattara était rentré au FMI en 1968 en tant que représentant de la Haute Volta, grâce au quota réservé à la Haute Volta. Bédié savait que Ouattara avait obtenu son premier poste à la BECEAO en tant que représentant de la Haute Volta, et que plus tard, entre 1982 et 1984, Ouattara avait servi à la même institution comme vice-gouverneur au titre de fonctionnaire de la Haute Volta. Apparemment, Bédié n’était pas le seul dans le secret, car le 8 août 1984, à la page 21 d’un article titré « Monsieur FMI », Béchir Ben Yamhed, l’éditorialiste de Jeune Afrique, rapportait que le département Afrique du FMI avait un nouveau directeur, le Burkinabé Ouattara, qui venait en remplacement du Zambien Justin B. Zulu. L’article de Jeune Afrique était même plus précis, qui spécifiait que Ouattara était né en Côte d’Ivoire, de parents immigrants de la Haute Volta. La nationalité voltaïque de Ouattara était un secret de polichinelle. Il la brandissait toutes les fois que cela l’arrangeait, mais s’empressait de la renier quand cela ne l’arrangeait pas. Bédié le savait. Il savait que Ouattara était un Voltaïque, qui avait étudié aux Etats-Unis grâce à une bourse réservée aux étudiants voltaïques, qui avait servi dans plusieurs institutions financières en tant que fonctionnaire voltaïques muni d’un passeport diplomatique voltaïque.

En 1985, après son coup d’état militaire, Thomas Sankara, le nouvel homme fort du Burkina Faso demanda à Ouattara d’être son tout nouveau ministre de l’économie et des finances. Ouattara refusa la proposition de son compatriote, préférant son poste plus stable et plus juteux de la BCEAO. Sankara exigea alors que Ouattara démissionne du poste qu’il occupait au nom du Burkina Faso. C’est alors que Houphouët, dédaigneux du gouvernement militaire de Sankara, offrit à Ouattara un passeport diplomatique ivoirien et, pour narguer Sankara, joua de son autorité pour que Ouattara conserve son poste. Bédié en parle dans Les chemins de ma vie, qui écrit : «Le président Houphouët lui avait accordé un passeport diplomatique quand il avait des difficultés avec les autorités du Burkina Faso. Il servait alors à la Banque centrale, commune aux sept États d’Afrique de l’Ouest. Un passeport diplomatique, vous savez, n’est pas une pièce d’état civil ». En 1988, lorsque Abdoulaye Fadiga, le patron de Ouattara à la BCEAO mourut, Houphouët tordit encore le bras aux autres chefs d’état pour que Ouattara le remplaçât comme le nouveau gouverneur de l’institution. Bédié savait, comme l’avait d’ailleurs rapporté un autre journaliste de Jeune Afrique, que Ouattara avait occupé plusieurs postes, à plusieurs endroits (Paris, Washington, Dakar), dans plusieurs institutions en tant que voltaïque. Bédié savait que Ouattara était voltaïque : «[Alassane Dramane Ouattara] était burkinabé par son père et il possédait toujours la nationalité du Burkina Faso, il n’avait donc pas à se mêler de nos affaires de succession ». Bédié savait qu’en réformant le Code électoral pour exiger que tout candidat aux présidentielles soit ivoirien de père et de mère ivoiriens, il éliminait la candidature de Ouattara, celui par qui la France entendait l’écarter. C’est ce qu’il fit.

            Bédié venait de changer les règles du jeu électoral en plein milieu du jeu. Ouattara avait raison de s’en plaindre. Mais il aurait été plus honorable que Ouattara challengeât Bédié en dénonçant en justice ses pratiques peu orthodoxes ou bien en produisant les preuves de sa nationalité ivoirienne sur le droit de sol. Au lieu de cela, Ouattara dit deux mensonges monumentaux qui ne faisaient pas honneur au fauteuil présidentiel qu’il voulait tant occuper : d’abord, Ouattara nia avoir jamais profité de la nationalité voltaïque ; ensuite il renia ses parents en leur niant la nationalité voltaïque, alors que son père était bien un chef de village bien connu en Haute Volta. Et lorsque les avocats de Bédié commencèrent à produire des preuves du parjure de Ouattara, il courut se réfugier à Paris. Bédié lança alors contre Ouattara un mandat d’arrêt international pour faux et usage de faux. C’est à ce moment que s’intensifia la campagne médiatique française anti Bédié. Dans le but de légitimer un coup d’état contre Bédié, les amis français de Ouattara ressuscitèrent les péchés de Bédié ou lui inventèrent simplement de nouveaux péchés. (à suivre)

C’est la foire à la cancraille

le burkinabeLa nuit où 60 Ivoiriens allés voir les feux d’artifice de notre Négresse blanche mouraient écrasés dans une bousculade au Plateau, Ahmed Bakayoko faisait la fête chez lui en compagnie de Chris  Brown, ce rappeur américain pour qui le contribuable ivoirien avait déboursé 500 millions de francs CFA.  Lorsque des heures plus tard, notre danseur de Batchingué arriva sur les lieux du drame, c’est encore enveloppé des effluves infects de sa cuite qu’il vint brailler aux pompiers des ordres contradictoires et stupides.

Le jour où, pour un téléphone portable, la jeune Larissa Abogny fut brutalement assassinée par les enfants-soldats de dramane wattra convertis en « microbes », Ahmed Bakayoko se trouvait à jouer les pitres dans un amusoire parisien, à plus de 7.000 km de ses responsabilités après avoir dansé le zouglou la veille à Yopougon en compagnie d’Asalfo, « l’artiste » officiel de la République Bananière de la Rattrapocratie ; et Anne Oulotto, la pileuse de foutou de dame dramane, accompagnait sa patronne dans ses courses hexagonales. En fait, la plupart des ministres de la Rattrapocratie étaient absents du territoire ivoirien.

Là où les ministres français en vacances sont sommés par Hollande de ne pas être à plus de deux (2) heures de vol de leurs bureaux, nos rattrapés jouisseurs, partisans du moindre effort, loubards incompétents hissés au summum du pouvoir grâce à une politique d’épuration des cerveaux du pays qui a fait place à une cancraille exaltée, sont à l’étranger à courir les boîtes de nuits et les boutiques de luxe.

Depuis le 11 avril 2011, il n’y a pas de gouvernement en Côte d’Ivoire. C’est la foire aux rattrapés, qui se prélassent imbécilement dans l’oisiveté pendant que leurs lieutenants—microbes et coupeurs de route–leur rapportent le butin des églises dévalisées, des maisons cambriolées, et des citoyens braqués.

Tout ce cauchemar ivoirien découle d’une logique ; celle de dramane wattra, l’apatride-en-chef, qui a décidé de faire payer aux Ivoiriens l’outrecuidance de lui avoir retracé sa provenance voltaïque … alors que tout en lui se réclame de cette origine.

νοσταλγία « Le temps qui était le temps n’est plus le temps qui est le temps », le vieux Ménékré

Côte d’Ivoire. Quand représailles et répression s’exercent sous prétexte de maintien de la sécurité, Amnesty International

Le camp de Nahibly après le passage de la meute de Ouattara

Le camp de Nahibly après le passage de la meute de Ouattara

Les violations généralisées des droits humains perpétrées par les forces armées à l’encontre de partisans de l’ancien président Laurent Gbagbo compromettent encore davantage la réconciliation en Côte d’Ivoire, écrit Amnesty International dans un rapport rendu public mardi 26 février 2013.

L’armée nationale, créée par le président Alassane Ouattara afin d’intégrer les forces loyales à l’ancien président au lendemain des violences postélectorales de 2010 qui avaient fait près de 3 000 morts, était censée assurer « la sécurité des personnes et des biens sans distinction » et « être un puissant instrument de cohésion nationale ».

Or, malgré les apparences, cette nouvelle armée nationale, accompagnée d’une milice armée composée de chasseurs traditionnels – les Dozos – se rend coupable d’exécutions extrajudiciaires, d’homicides délibérés et arbitraires, d’arrestations motivées par des considérations politiques et d’actes de torture. Elles jouissent en outre d’une impunité quasi-totale sous le prétexte qu’elles assurent la sécurité et luttent contre les auteurs d’agressions armées. 

« La Côte d’Ivoire doit briser le cycle des abus et de l’impunité. Pas un seul membre de l’armée nationale ni autre partisan du président Alassane Ouattara n’a pour l’instant été amené à rendre des comptes pour ses agissements, ce qui constitue un échec total sur le plan de l’établissement de l’état de droit et affaiblit gravement le processus de réconciliation entamé en juillet 2011 », a déploré Gaëtan Mootoo, chercheur d’Amnesty International sur l’Afrique de l’Ouest.

En septembre et octobre 2012, une délégation d’Amnesty International s’est rendue dans plusieurs lieux de détention, dont deux non officiels. Les délégués ont recueilli des témoignages de première main sur la manière dont les détenus, en grande partie incarcérés en raison de leurs affiliations politiques ou de leur appartenance ethnique, sont privés de liberté pendant des mois, sans pouvoir s’entretenir avec leur famille, ni consulter des avocats et des médecins.

Certaines familles n’ont appris où se trouvait un proche incarcéré qu’après en avoir été informées par la délégation d’Amnesty International.

Des détenus et d’anciens détenus ont décrit comment on les avait torturés à l’électricité ou avec du plastique fondu afin de leur arracher des « aveux » sur leur participation présumée à des attaques armées. Deux personnes, au moins, sont mortes des suites d’actes de torture.

La délégation d’Amnesty International a été en mesure de rencontrer tous les proches et collaborateurs de Laurent Gbagbo incarcérés dans cinq centres de détention du centre et du nord du pays. Certains d’entre eux ont été soumis à des traitements inhumains et dégradants.

Un homme a raconté à Amnesty International qu’il avait été détenu pendant 49 jours avec 27 autres personnes dans une cellule de 4 mètres carrés dépourvue de sanitaires.

« Nous devions faire nos besoins dans des sacs. On ne nous donnait qu’un repas par jour, vers 14 ou 15 heures. Et nous n’avions droit qu’à un litre d’eau pour 48 heures. »

Amnesty International a relevé de graves irrégularités dans les enquêtes ouvertes sur ces cas ; les autorités n’ont quasiment pris aucune mesure pour garantir des audiences équitables et ont gravement porté atteinte aux droits de la défense.

Le rapport revient par ailleurs sur l’attaque et la destruction, en juillet 2012, d’un camp de personnes déplacées à l’intérieur du pays, principalement issues de l’ethnie guérée, qui est généralement considérée comme partisane de Laurent Gbagbo. Au moins 14 personnes ont trouvé la mort, bien que de nombreux autres corps aient, semble-t-il, été jetés dans des puits.

Cette attaque a eu lieu à Nahibly (près de la ville de Duékoué) dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, région ayant été le théâtre de certaines des violations des droits humains les plus graves qu’ait connues le pays. Elle a été menée par des Dozos – qui sont particulièrement actifs dans l’ouest – accompagnés de membres armés de la population locale et de militaires.

« Certaines des pires atteintes aux droits humains perpétrées dans le cadre du conflit de 2011 ont eu lieu à Duékoué, et il est consternant de voir les mêmes acteurs commettre les mêmes violations et abus contre les mêmes populations, deux ans plus tard, a poursuivi Gaëtan Mootoo. Où est la justice dans tout cela ? »

Face aux manquements généralisés des autorités à leur devoir consistant à garantir justice et réparations, Amnesty International demande la création d’une commission internationale d’enquête sur cette attaque.

L’organisation exhorte par ailleurs les autorités ivoiriennes à mettre fin aux violations des droits humains et autres abus que des représentants de l’État ou des milices soutenues par celui-ci continuent à commettre en toute impunité.

« Cela fait déjà trop longtemps que les Ivoiriens attendent que justice soit faite, a ajouté Gaëtan Mootoo. Si des mesures ne sont pas immédiatement adoptées afin de contrôler les forces de sécurité, la Côte d’Ivoire risque de connaître des crises politiques à répétition, et la réconciliation nationale ne sera plus qu’un lointain espoir déçu. »

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νοσταλγία « Le temps qui était le temps n’est plus le temps qui est le temps », le vieux Ménékré

Très bientôt dans vos librairies: From Lumumba to Gbagbo: Africa in the Eddy of the Euro-American Quest for Exceptionalism

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About the Book
In recent years, the Euro-American powers have made multiple armed incursions into Africa. The election of President Obama, greeted by most Africans as providential for their centuries-old troubled relations with the West, instead, inaugurated a destructive coalition against Africa. In places like Côte d’Ivoire, Egypt and Libya, the United Nations, the International Criminal Court, the World Bank and the International Monetary Fund have supported military intrusions, arbitrary imprisonments, deportations and political assassinations under the guise of bringing freedom and democracy to benighted Africa.

The destabilization of Africa, the dividing of the continent into lawless zones controlled by thuggish warlords, the displacement of millions of refugees and the systematic sacking of Africa’s resources are telling: In Africa, the West was not on a goodwill mission. This book examines the West’s policy of aggression in Africa over the last 50 years as a legacy of colonialism, with human and economic costs that are radicalizing African nationalists.

About the Author(s)
K. Martial Frindethie is a professor of Francophone studies at Appalachian State University in Boone, North Carolina. An award winning author, his research interests include literature and film and the intersection of literature and political-ideological imagination.

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