Grain de sel: si vous souhaitez que Cocody ressemble à Abobo, votez pour Affousiata Bamba … autrement, le choix est clair: c’est Y.O. Le maire RDR Adama Tougara d’Abobo vous présente son lieu de travail

Voici la salle des mariages de la mairie d’Abobo, la mairie du maire « choco » d’Abobo Adama Toungara. C’est ça la vitrine d’Abobo. Imaginez le reste!

AboboSalle de mariage Abobosalle de mariage d'abobo

(Vidéo) Hollande fait sa première Francopholie, M. Frindéthié

Francopholie

Dans vos capitales vos peuples vivotent et se meurent

Et vos enfants en guenilles quémandent le long des trottoirs

Vos ponts et vos routes sont des pièges à hommes

Et vos rivières des réservoirs de contaminations

Vos écoles des usines d’imbécillités et de décadence

Qui avilissent bien plus qu’elles n’élèvent :

Et que faites-vous ?

Vous arrivez plutôt ballonnés comme des baudruches

Fagotés dans vos redingotes noires

Tels des choucas autour de la même mangeoire

Vous attendez transpirant et essoufflés

Sous l’impardonnable canicule et les sempiternelles balayures

Vous bousculant autour de quelque grand blanc

Qui vous juge et vous jauge et vous tapote le crâne

Tel le bon maîmaître et ses dogues obéissants

Il vous jette de petites friandises

Que vous vous fauchez pour saisir au vol

Et pour deux sous et un sourire de lui

Vous monnayeriez même votre génitrice

Il paraît que l’on vous a appris à faire beaucoup de choses

Sous la sempiternelle canicule

A japper à frétiller de la queue et à vous rouler par terre

Après avoir appris à rouler vos r

Et quand arrive le grand blanc dans ses colonies

De chaux blanche vous barbouillez fiévreusement vos cases

Votre peuple affamé vous rassemblez le long des routes

A s’égosiller et à battre des mains

Et vos bongos vous sortez

Pour lui offrir un folklore à sa hauteur

Qu’est donc devenue la dignité africaine ?

Votre cupidité a-t-elle des limites ?

L’on me dit que vous avez même appris à téter du postérieur

Allez chanter la francité

Alors que de frayeur vous frémissez à votre national-ITÉ

Allez chanter la Marseillaise

Quand votre hymne vous la connaissez à peine

Comme j’ai honte pour vous

Honte de votre folie circulaire

Honte de votre génuflexion

L’Afrique mérite beaucoup mieux que des choucas de votre espèce

http://www.youtube.com/watch?v=fGKzUwpytws&feature=player_embedded

Côte d’Ivoire : le gouvernement des salamandres interdit le commerce des produits cosmétiques décapants : Faut-il en rire ou en pleurer ?

Affoussi avant

Affoussi avant

Affoussi après xessal

Affoussi après xessal

 

A

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Ouloto Avant Xessal

Ouloto Avant Xessal

Ouloto après Xessal

Ouloto après Xessal

C’est la salamandre en chef, Affoussi Bamba, notre négresse blanche, qui s’en est fait la porte-parole : la commercialisation des produits décapants sera désormais interdite en Côte d’Ivoire, parce que nuisible à la santé des utilisateurs.

Et je ne sus s’il fallait en rire ou en pleurer, tellement l’annonce était lourde de triste ironie.

Quel est le vrai motif derrière cette interdiction, est-on tenté de se demander, surtout lorsque l’on sait que depuis avril 2011, c’est la foire des rattrapés décapés et la course au « KHESS PETCH »?

Le gouvernement des salamandres est-il vraiment mû par le souci de protéger la population ivoirienne des dangers de ces produits abrasifs ?  Ou bien interdit-il ces produits parce-ce qu’il n’y en a plus assez sur le marché depuis que les rattrapés « ont gagné coupou » et qu’il préfère s’en assurer l’exclusivité?

Raymonde Goudou avant Xessal

Raymonde Goudou avant Xessal

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Ndri Yoman avant

Ndri Yoman avant

Yoman après xessal

Yoman après xessal

La go de Jah Gao pendant xessal

La go de Jah Gao pendant xessal

la go de jah Gao après

la go de jah Gao après

Au vu du mépris que la Dozocratie déploie depuis 2011 pour les populations ivoiriennes qu’elle torture et trucide, il est évident que c’est plutôt la seconde hypothèse qui apparaît logique.

La vérité est que nos négresses blanches, Affoussi Bamba, Kandia Camara, Raymonde Goudou et compagnie ont plutôt à cœur de protéger leur stock de « Xessal » contre la concurrence.

Depuis Avril 2011, ce n’est pas que l’inculture qui est entrée au gouvernement: C’est aussi la vulgarité !.

la 2e go de Jah Gao avant

la 2e go de Jah Gao avant

la 2e go de Jah Gao après xessal.

la 2e go de Jah Gao après xessal.

With puppies, Play-doh and coloring books, safe spaces and therapy sessions turn universities into a joke, Glenn Reynolds

One of the more amusing bits of fallout from last week’s election has been the safe-space response of many colleges and universities to the election of the “wrong” candidate. But on closer examination, this response isn’t really amusing. In fact, it’s downright mean.

Trump’s substantial victory, when most progressives expected a Hillary landslide, came as a shock to many. That shock seems to have been multiplied in academe, where few people seem to know any Trump supporters — or, at least, any Trump supporters who’ll admit to it.

The response to the shock has been to turn campuses into kindergarten. The University of Michigan Law School announced a ”post-election self-care” event with “food and play,” including “coloring sheets, play dough [sic], positive card-making, Legos and bubbles with your fellow law students.” (Embarrassed by the attention, UM Law scrubbed the announcement from its website, perhaps concerned that people would wonder if its graduates would require Legos and bubbles in the event of stressful litigation.)

Stanford emailed its students and faculty that psychological counseling was available for those experiencing “uncertainty, anger, anxiety and/or fear” following the election. So did the University of Michigan’s Flint campus.

Meanwhile, even the Ivy League wasn’t immune, with Penn (Trump’s alma mater) creating a post-election safe space with puppies and coloring books:

Student Daniel Tancredi reported that the people who attended were “fearful” about the results of the election.

“For the most part, students just hung out and ate snacks and made small talk,” Tancredi told The College Fix. “Of course, that was in addition to coloring and playing with the animals.”

At Cornell, meanwhile, students held a « Cry-in. »

As the event took place, students — roughly 20 or so, according to the Sun’s video — wrote their reactions and emotions on poster boards with colored markers, or with chalk on the ground. A chilly day on the Ithaca campus, at one point the demonstrators huddled together as what appeared to be a barista brought them warm drinks. Several adults, most likely professors, stood around the group. The event appeared to take on the atmosphere of a funeral wake.

Yale had a ”group scream.”

At Tufts, the university offered arts and crafts, while the University of Kansas reminded students that there were plenty of “therapy dogs” available.  At other schools, exams were cancelled and professors expressed their sympathy to traumatized students.

It’s easy to mock this as juvenile silliness — because, well, it is juvenile silliness of the sort documented in Frank Furedi’s What Happened To The University? But that’s not all it is. It’s also exactly what these schools purport to abhor:  An effort to marginalize and silence part of the university community.

In an email to students, the University of Michigan’s President, Mark Schlissel, wrote: “Our responsibility is to remain committed to education, discovery and intellectual honesty — and to diversity, equity and inclusion. We are at our best when we come together to engage respectfully across our ideological differences; to support ALL who feel marginalized, threatened or unwelcome; and to pursue knowledge and understanding.”

But when you treat an election in which the “wrong” candidate wins as a traumatic event on a par with the 9/11 attacks, calling for counseling and safe spaces, you’re implicitly saying that everyone who supported that “wrong” candidate is, well, unsafe. Despite the talk about diversity and inclusion, this is really sending the signal that people who supported Trump — and Trump carried the state of Michigan, so there are probably quite a few on campus — aren’t really included in acceptable campus culture. It’s not promoting diversity, it’s enforcing uniformity. It’s not promoting inclusion, it’s practicing exclusion.  And, though it pretends to be about nurturing, it’s actually about being mean to those who don’t fall in the nurtured class. Schlissel says he wants the University of Michigan to be “a welcoming place for all members of society,” but how welcome can students who backed Trump feel in the wake of this performance?

A viral (and profane) YouTube rant by Jonathan Pie points out that this sort of fear and “othering” of political opponents is why Trump won, and why Democrats were shocked by his victory.  Pie’s right to tell people that they should engage in discussion rather than dismissal of people they disagree with, and colleges and universities should listen to him.

If, that is, it’s not too triggering.

Glenn Harlan Reynolds, a University of Tennessee law professor and the author of The New School: How the Information Age Will Save American Education from Itself, is a member of USA TODAY’s Board of Contributors.

L’Avenir hitlérien de wattra : ou pourquoi nous n’avons pas peur de nous targuer de notre intelligence

wattra

Si un jour nous racontions wattra à nos petits-enfants, nous leur dirions ceci, qui est la réalité de tous ceux qui ont décrié la descente aux enfers de la Côte d’Ivoire :

Qu’un pays aux immenses potentialités était sur la voie de son développement matériel, social et humain, lorsqu’y apparut sous les oripeaux d’un agneau un homme aux impulsions hitlériennes. Dès le premier jour de sa prise de pouvoir, wattra découvrit ses desseins de führer, et le ton d’agneau victime qui lui valut la compassion des militants à la recherche de « causes justes » se transforma rapidement en une verve haineuse et baveuse. La doctrine de watra se résuma en ces mots du secrétaire général du RDR : « Tous ceux qui s’opposent à wattra se retrouvent au cimetière », pour dire qu’aucune opposition, d’où qu’elle vînt et de  quelle sorte qu’elle fût ne serait tolérée. Et les cachots s’emplirent de corps tuméfiés ; et les puits se remplirent d’anatomies putréfiées, et les rivières charrièrent des chairs démembrées ; et dans les rues s’empilèrent d’enfants décapités, sans qu’il ne fût permis de les pleurer.

De mains de maître, l’Himmler personnel de wattra au « ministère de l’intérieur » menait la politique d’épuration ethnique et religieuse. Ceux qui supportaient wattra par conviction se virent obligés de le supporter par peur. Les rattrapés s’habituèrent à applaudir même lorsqu’il n’y avait aucune raison d’applaudir. Et, comme les habitants aux abords des camps de de concentration de Dachau et d’Auschwitz, qui prétendaient ne voir ni la fumée des crématoires ni n’entendre les cris des suppliciés, ni ne sentir les effluves de mort, les rattrapés prétendirent ne rien voir ni ne rien entendre des cris et des pleurs qui émanaient des donjons de tortures de wattra à Abidjan, à Korhogo,  à Séguéla, à Man, à Bouaké, à Bouna. Et les yeux et les oreilles des rattrapés se fermèrent aux atrocités de Dramane menées contre des Ivoiriens avec qui hier seulement ils riaient et partageaient le pain.

Pour certains Ivoiriens, la survie demanda que l’on s’alignât, que l’on passât pour un rattrapé. La peur prit le dessus. Aucune lettre, aucun coup de fil, aucune conversation, aucun rassemblement n’était innocent. Tout était épié. Et il fallut que l’on passât pour autre chose, afin de ne pas passer de vie à trépas : Un boubou bien repassé, un coran sous le bras—il y en avait à foison qui se distribuait plus que le pain–l’on était sûr de vivre un autre jour. Pour sa renaissance ethno-religieuse, wattra éleva une jeunesse commise à sa cause dirigée par des hommes rompus à la haine ethnique et religieuse mais incultes de penser, et qui organisaient à coups de milliards de francs des « assises » qui en fait endoctrinaient et abrutissaient plus qu’elles n’offraient de perspectives d’avenir.

Or, si ce qui diffère l’homme de l’animal c’est d’avoir une mémoire, ce qui diffère l’idiot des autres hommes, c’est que l’idiot a une mémoire historique lilliputienne. Arriva donc le jour, où, comme Hitler, wattra ne fut plus. Et dans la débandade, les malles se rouvrir afin que tout au fond se dissimulassent les vestiges de son passage et de son idolâtrie.

Quand la poussière se sera tassée, nous autres, qui n’avons pas honte d’être intelligents, saurons dire à nos petits-enfants, que lorsque c’était la mode de détourner le regard aux atrocités hitlériennes de wattra pour mieux manger, nous eûmes l’intelligence de les dénoncer et de les combattre ; car un jour, il fera jour !

Africa Got Played by Obama, and Africans Are Eager to Turn the Obama Page, M. Frindéthié

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Obama shaking hands with Ivorian dictator Ouattara

Obama’s politics—though criticized by neocons as being far below the standards of the West’s general politics and as disappointing as it can be to the most bellicose wing of the confrontational society that the West is—actually falls within the West’s politics of domination by all means, even leads the West’s politics of hegemony, which is itself supported by the belief that the West incarnates truth itself. Under Obama’s bellicose politics and drone mania, the Euro-American world has outclassed any other society known to man in its taste for iron and blood. Here, the West’s inhumanity is performed at an industrial level. America’s warmongers should not worry about Obama failing them, for he is really and truly a son of America, chosen by America to carry on America’s tradition of hubris and condescension. And Obama applies himself very well to his task. America should not be afraid of Obama’s skin complexion. His mind and his soul are entirely devoted to implementing the most violent brand of Americanism. To borrow these words from Civil Rights icon Harry Belafonte, “[Obama] has only listened to the voices that shout loudest, and it’s all those reckless rightwing forces. It’s almost criminal.”

“Almost criminal” is an understatement. We might even argue that, anxious to comfort America, keen on easing America’s fear that he might be a wrench in the works, Obama has gone far and beyond the call for proving himself, exhibiting toward African leaders the same contempt and patronizing attitude that he is shown at home by white racists. It is not America, even less the West, that Obama has disappointed. It is Africa that Obama has disillusioned. And, on June 28, 2013, as Nelson Mandela was taking his last breaths of air in a Pretoria hospital where Obama was scheduled to call on him, about 200 South African union workers and students wanted to drive home their dissatisfaction with a man upon whom Africa had placed so much unmet expectation. As deplored Khomotso Makola, a 19-year-old law student, “We had expectations of America’s first black president. Knowing Africa’s history, we expected more. He has come as a disappointment, I think Mandela too would be disappointed and feel let down.”

Rudy Giuliani laments,

I do not believe … that [Obama] loves America … He doesn’t love you, and he doesn’t love me. He wasn’t brought up the way you were brought up, through love of this country … This is an American President I’ve never seen before … I do not detect in this man the same rhetoric, the same language, the same love of America that I detect in other American Presidents, including democrats… . I have doubts about his emotion, his feelings, his attitude, and the way in which he developed.

And we are tempted to ask: in whose name do you really think Obama goes around destroying the world? In whose name has Obama condoned the destruction of Egypt, Libya, and the Côte d’Ivoire if not in the name of American exceptionalism? Have no fear, Rudy! Disown him not, for, as said David Axelrod, “Barack Obama knows who he is.” He is a proud son of America. Obama is a proud product of American exceptionalism. Obama does love America. It is rather Africa that Obama does not love. However, is one to love exclusively one part of oneself and disdain the other? Can one who is both African and American love America if, and only if, one is able to disdain Africa? As for us, we have always been wary of the Obama fever that had seized the world in 2008.

From the very first, many intellectuals of African descent had assumed that Obama would be good for Africa because of his ancestry. We had refrained from falling prey to this politics of color, though we had hoped, just for the sake of Africa, that the Obamanians would be right. Without being anti–

Obamanian, we found the circumstances of Obama’s rise to power to be too cosmetic and his campaign speeches to be too dramatically crafted to have any bearing on the real. So, we remained pessimistic. And when President Clinton remarked that “the whole thing looked like a fairy tale,” we tended to agree with him while still wishing to be proven wrong. Nevertheless, as time passed, we started wondering, among other things, whether President Obama had a perceptible African policy. We desperately looked for something concrete to point to, beyond Obama’s speeches or the exegetical exercises of Obamanians that would give us the full measure of the American President’s genuine interest in the development of the African continent. And many of the Africans who prayed for his election, who cried tears of joy at his inauguration, are also waiting to see genuine gestures of encouragement. But time is passing, Obama is now a few months to the end of his second term, and nothing positive is happening for Africa.

Of course, President Obama had given a memorable speech in Accra in July 2009, had hosted a lunch for two dozen African leaders and greeted young African “leaders” in Washington. Of course, he had honored a Zimbabwean women’s group with the Robert H. Kennedy Prize for Political Courage. Of course, as U.S. Ambassador to the United Nations, Susan Rice had trotted around Africa and, as Secretary of State, Hillary Clinton had almost toured the continent. But do these routines amount to a clear African policy? In fact, when submitted to scrutiny, Obama’s actions run counter to Obama’s declared policy for Africa, and they counter his faith in diplomacy such as that rehearsed by Secretary of State Clinton in front of the Senate ForeignRelations Committee on January 13, 2009:

The president- elect has made it clear that in the Obama administration there will be no doubt about the leading role of diplomacy. One need only look to North Korea, Iran, the Middle East and the Balkans to appreciate the absolute necessity of tough- minded, intelligent diplomacy—and the failures that result when that kind of diplomatic effort is absent …President- elect Obama has emphasized that the

State Department must be fully empowered and funded to confront multidimensional challenges—from working with allies to thwart terrorism to spreading health and prosperity in places of human suffering … We will lead with diplomacy because it’s the smart approach. But we also know that military force will sometimes be necessary, and we will rely on it to protect our people and our interests when and where needed, as a last resort.

Yet, war, which Obama has favored in several African countries as solution, is the antithesis of diplomacy. War does not spread health and prosperity in places of human suffering. And in Africa, Obama has not led by diplomacy. In Africa, Obama has been a warlike president whose bellicose politics has spread misery and suffering to the most vulnerable. It would be gravely dishonest to pretend that after the passage of Obama’s war machines in Libya, Egypt, and Côte d’Ivoire, these countries are better off than they used to be. No honest mind can say that Obama has brought democracy to Libya, Egypt, and Côte d’Ivoire or that the daily violence and human rights abuses in these countries since Obama’s intervention indicate democracy. That is why Africans cannot wait to turn the Obama page.

La libération nationale est toujours un phénomène violent, Fanon

Les damnés de la terre: De la violence

Plus qu’un écrivain, Franz Fanon (20 juillet 1925- 6 décembre 1961) est le maître à penser incontestable du courant tiers-mondiste dont il est l’un des fondateurs. Son livre Les Damnés de la Terre est un manifeste pour la lutte anticoloniale et l’émancipation du tiers-monde. Le texte qui suit est la première partie du chapitre I de ce livre, intitulé De la violence. L’auteur y montre que le processus de décolonisation ne peut aboutir s’il ne substitue pas le colonisé au colon. La violence qui préside à cette substitution est inéluctable.

Libération nationale, renaissance nationale, restitution de la nation au peuple, Commonwealth, quelles que soient les rubriques utilisées ou les formules nouvelles introduites, la décolonisation est toujours un phénomène violent. A quel­que niveau qu’on l’étudie : rencontres interindividuelles, appellations nouvelles des clubs sportifs, composition hu­maine des cocktails parties, de la police, de conseils d’admi­nistration des banques nationales ou privées, la décoloni­sation est très simplement le remplacement d’une « espèce » d’hommes par une autre « espèce » d’hommes. Sans tran­sition, il y a substitution totale, complète, absolue. Certes, on pourrait également montrer le surgissement d’une nou­velle nation, l’installation d’un État nouveau, ses relations diplomatiques, son orientation politique, économique. Mais nous avons précisément choisi de parler de cette sorte de table rase qui définit au départ toute décolonisation. Son importance inhabituelle est qu’elle constitue, dès le premier jour, la revendication minimum du colonisé. A vrai dire, la preuve du succès réside dans un panorama social changé de fond en comble. L’importance extraordinaire de ce chan­gement est qu’il est voulu, réclamé, exigé. La nécessité de ce changement existe à l’état brut, impétueux et contrai­gnant, dans la conscience et dans la vie des hommes et des femmes colonisés. Mais l’éventualité de ce changement est également vécue sous la forme d’un avenir terrifiant dans la conscience d’une autre « espèce » d’hommes et de fem­mes : les colons.

La décolonisation qui se propose de changer l’ordre du monde, est, on le voit, un programme de désordre absolu. Mais elle ne peut être le résultat dune opération magique, d’une secousse naturelle ou d’une entente à l’amiable. La décolonisation, on le sait, est un processus historique : c’est-à-dire qu’elle ne peut être comprise, qu’elle ne trouve son intelligibilité, ne devient translucide à elle-même que dans l’exacte mesure où l’on discerne le mouvement histori­cisant qui lui donne forme et contenu. La décolonisation est la rencontre de deux forces congénitalement antagonistes qui tirent précisément leur originalité de cette sorte de substantialisation que secrète et qu’alimente la situation coloniale. Leur première confrontation s’est déroulée sous le signe de la violence et leur cohabitation – plus précisément l’exploi­tation du colonisé par le colon- s’est poursuivie à grand renfort de baïonnettes et de canons. Le colon et le colonisé sont de vieilles connaissances. Et, de fait, le colon a raison quand il dit : «les » connaître. C’est le colon qui a fait et qui continue à faire le colonisé. Le colon tire sa vérité, c’est-à­-dire ses biens, du système colonial.

La décolonisation ne passe jamais inaperçue car elle porte sur l’être, elle modifie fondamentalement l’être, elle trans­forme des spectateurs écrasés d’inessentialité en acteurs privilégiés, saisis de façon quasi grandiose par le faisceau de l’histoire. Elle introduit dans l’être un rythme propre, ap­porté par les nouveaux hommes, un nouveau langage, une nouvelle humanité. La décolonisation est véritablement création d’hommes nouveaux. Mais cette création ne reçoit sa légitimité d’aucune puissance surnaturelle: la « chose » colonisée devient homme dans le processus même par lequel elle se libère.

Dans décolonisation, il y a donc exigence d’une remise en question intégrale de la situation coloniale. Sa définition peut, si on veut la décrire avec précision, tenir dans la phrase bien connue: « Les derniers seront les premiers. » La décolonisation est la vérification de cette phrase. C’est pourquoi sur le plan de la description, toute décolonisation est une réussite

Présentée dans sa nudité, la décolonisation laisse deviner à travers tous ses pores, des boulets rouges, des couteaux sanglants. Car si les derniers doivent être les premiers, ce ne peut être qu’à la suite d’un affrontement décisif et meurtrier des deux protagonistes. Cette volonté affirmée de faire re­monter les derniers en tête de file, de les faire grimper à une cadence (trop rapide, disent certains) les fameux échelons qui définissent une société organisée, ne peut triompher que si on jette dans la balance tous les moyens, y compris, bien sûr, la violence.

On ne désorganise pas une société aussi primitive soit-­elle, avec un tel programme si l’on n’est pas décidé dès le début, c’est-à-dire dès la formulation même de ce pro­gramme, à briser tous les obstacles qu’on rencontrera sur sa route. Le colonisé qui décide de réaliser ce programme, de s’en faire le moteur, est préparé de tout temps à la vio­lence. Dès sa naissance il est clair pour lui que ce monde rétréci, semé d’interdictions, ne peut être remis en question que par la violence absolue.

Le monde colonial est un monde compartimenté. Sans doute est-il superflu, sur le plan de la description, de rap­peler l’existence de villes indigènes et de villes européennes, d’écoles pour indigènes et d’écoles pour Européens, comme il est superflu de rappeler l’apartheid en Afrique du Sud. Pourtant, si nous pénétrons dans l’intimité de cette compar­timentation, nous aurons au moins le bénéfice de mettre en évidence quelques-unes des lignes de force qu’elle comporte. Cette approche du monde colonial, de son arrangement, de sa disposition géographique va nous permettre de délimiter les arêtes à partir desquelles se réorganisera la société déco­lonisée.

Le monde colonisé est un monde coupé en deux. La ligne de partage, la frontière en est indiquée par les casernes et les postes de police. Aux colonies, l’interlocuteur valable et institutionnel du colonisé, le porte-parole du colon et du ré­gime d’oppression est le gendarme ou le soldat. Dans les so­ciétés de type capitaliste, l’enseignement religieux ou laïque, la formation de réflexes moraux transmissibles de père en fils, l’honnêteté exemplaire d’ouvriers décorés après cin­quante années de bons et loyaux services, l’amour encou­ragé de l’harmonie et de la sagesse, ces formes esthétiques du respect de l’ordre établi, créent autour de l’exploité une atmosphère de soumission et d’inhibition qui allège considé­rablement la tâche des forces de l’ordre. Dans les pays capitalistes, entre l’exploité et le pouvoir s’interposent une multitude de professeurs de morale, de conseillers, de «déso­rientateurs». Dans les régions coloniales, par contre, le gendarme et le soldat, par leur présence immédiate, leurs interventions directes et fréquentes, maintiennent le contact avec le colonisé et lui conseillent, à coups de crosse ou de napalm, de ne pas bouger. On le voit, l’intermédiaire du pouvoir utilise un langage de pure violence. L’intermédiaire n’allège pas l’oppression, ne voile pas la domination. Il les expose, les manifeste avec la bonne conscience des forces de l’ordre. L’intermédiaire porte la violence dans les mai­sons et dans les cerveaux du colonisé.

La zone habitée par les colonisés n’est pas complémentaire de la zone habitée par les colons. Ces deux zones s’opposent, mais non au service d’une unité supérieure. Régies par une logique purement aristotélicienne, elles obéis­sent au principe d’exclusion réciproque : il n’y a pas de conciliation possible, l’un des termes est de trop. La ville du colon est une ville en dur, toute de pierre et de fer. C’est une ville illuminée, asphaltée, où les poubelles regorgent toujours de restes inconnus, jamais vus, même pas rêvés. Les pieds du colon ne sont jamais aperçus, sauf peut-être dans la mer, mais on n’est jamais assez proche d’eux. Des pieds protégés par des chaussures solides alors que les rues de leur ville sont nettes, lisses, sans trous, sans cailloux. La ville du colon est une ville repue, paresseuse; son ventre est plein de bonnes choses à l’état permanent. La ville du colon est une ville de Blancs, d’étrangers.

La vile du colonisé, ou du moins la ville indigène, le vil­lage nègre, la médina, la réserve est un lieu malfamé, peu­ple d’hommes malfamés. On y naît n’importe où, n’importe comment. On y meurt n’importe où, de n’importe quoi. C’est un monde sans intervalles, les hommes y sont les uns sur les autres, les cases les unes sur les autres. La ville du colonisé est une ville affamée, affamée de pain, de viande, de chaussures, de charbon, de lumière. La ville du colonisé est une ville accroupie, une vile à genoux, une ville vau­trée. C’est une vile de nègres, une ville de bicots. Le regard que le colonisé jette sur la ville du colon est un regard de luxure, un regard d’envie. Rêves de possessions. Tous les modes de possession : s’asseoir à la table du colon, coucher dans le lit du colon, avec sa femme si possible. Le colonisé est un envieux. Le colon ne l’ignore pas qui, surprenant son regard à la dérive, constate amèrement mais toujours sur le qui-vive : « Ils veulent prendre notre place. » C’est vrai, il n’y a pas un colonisé qui ne rêve au moins une fois par jour de s’installer à la place du colon.

Ce monde compartimenté, ce monde coupé en deux est habité par des espèces différentes. L’originalité du contexte colonial c’est que les réalités économiques, les inégalités, l’énorme différence des modes de vie, ne parviennent jamais a masquer les réalités humaines. Quand on aperçoit dans son immédiateté le contexte colonial, il est patent que ce qui morcelle le monde c’est d’abord le fait d’appartenir ou non à telle espèce, à telle race. Aux colonies, l’infrastructure économique est également une superstructure. La cause est conséquence : on est riche parce que blanc, on est blanc parce que riche. C’est pourquoi les analyses marxistes doivent être toujours légèrement distendues chaque fois qu’on aborde le problème colonial. Il n’y a pas jusqu’au concept de société pré-capitaliste, bien étudié par Marx, qui ne demanderait ici a être repensé. Le serf est d’une essence autre que le chevalier, mais une référence au droit divin est nécessaire pour légitimer cette différence statutaire. Aux colonies, l’étranger venu d’ailleurs s’est imposé à l’aide de ses canons et de ses machines. En dépit de la domestication réussie, malgré l’appropriation, le colon reste toujours un étranger. Ce ne sont ni les usines, ni les propriétés, ni le compte en banque qui caractérisent d’abord « la classe dirigeante ». L’espèce dirigeante est d’abord celle qui vient d’ailleurs, celle qui ne ressemble pas aux autochtones, « les autres ».

La violence qui a présidé à l’arrangement du monde colo­nial, qui a rythmé inlassablement la destruction des for­mes sociales indigènes, démoli sans restrictions les systèmes de références de l’économie, les modes d’apparence, d’habillement, sera revendiquée et assumée par le colonisé au moment où, décidant d’être l’histoire en actes, la masse colonisée s’engouffrera dans les villes interdites. Faire sauter le monde colonial est désormais une image d’action très claire, très compréhensible et pouvant être reprise par cha­cun des individus constituant le peuple colonisé. Disloquer le monde colonial ne signifie pas qu’après l’abolition des frontières on aménagera des voies de passage entre les deux zones. Détruire le monde colonial c’est ni plus ni moins abolir une zone, l’enfouir au plus profond du sol ou l’expulser du territoire.

La mise en question du monde colonial par le colonisé n’est pas une confrontation rationnelle des points de vue. Elle n’est pas un discours sur l’universel, mais l’affirmation échevelée d’une originalité posée comme absolue. Le monde colonial est un monde manichéiste. Il ne suffit pas au colon de limiter physiquement, c’est-à-dire à l’aide de sa police et de sa gendarmerie, l’espace du colonisé. Comme pour illustrer le caractère totalitaire de l’exploitation coloniale, le colon fait du colonisé une sorte de quintessence du mal (1). La société colonisée n’est pas seulement décrite comme une société sans valeurs. II ne suffit pas au colon d’affirmer que les valeurs ont déserté, ou mieux n’ont jamais habité, le monde colonisé. L’indigène est déclaré imperméable à l’éthique, absence de valeurs, mais aussi négation des valeurs. Il est, osons l’avouer, l’ennemi des valeurs. En ce sens, il est le mal absolu. Élément corrosif, détruisant tout ce qui l’approche, élément déformant, défigurant tout ce qui a trait à l’esthétique ou à la morale, dépositaire de forces maléfiques, instrument inconscient et irrécupérable de forces aveugles. Et M. Meyer pouvait dire sérieusement à l’Assemblée nationale française qu’il ne fallait pas prostituer la République en y faisant pénétrer le peuple algérien. Les valeurs, en effet, sont irréversiblement empoisonnées et infectées dès lors qu’on les met en contact avec le peuple colonisé. Les coutumes du colonisé, ses traditions, ses mythes, surtout ses mythes, sont la marque même de cette indigence, de cette dépravation constitutionnelle. C’est pourquoi il faut mettre sur le même plan le D. D. T. qui détruit les parasites, vecteurs de maladie, et la religion chrétienne qui combat dans l’œuf les hérésies, les instincts, le mal. Le recul de la fièvre jaune et les progrès de l’évangélisation font partie du même bilan. Mais les communiqués triomphants des missions renseignent en réalité sur l’importance des ferments d’aliénation introduits au sein du peuple colonisé. Je parle de la religion chrétienne, et personne n’a le droit de s’en étonner. L’Église aux colonies est une Église de Blancs, une Église d’étrangers. Elle n’appelle pas l’homme colonisé dans la voie de Dieu mais bien dans la voie du Blanc, dans la voie du maître, dans la voie de l’oppresseur. Et comme on le sait, dans cette histoire il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus. Parfois ce manichéisme va jusqu’au bout de sa logique et déshumanise le colonisé. A proprement parler, il l’animalise. Et, de fait, le langage du colon, quand il parle du colonisé, est un langage zoologique. On fait allusion aux mouvements de reptation du Jaune, aux émanations de la vile indigène, aux hordes, à la puanteur, au pullulement, au grouillement, aux gesticulations. Le colon, quand il veut bien écrire et trouver le mot juste, se réfère constamment au bestiaire. L’Européen bute rarement sur les termes « images». Mais le colonisé, qui saisit le projet du colon, le procès précis qu’on lui intente, sait immédiatement à quoi l’on pense. Cette démographie galopante, ces masses hystériques, ces visages d’où toute humanité a fui, ces corps obèses qui ne ressemblent plus à rien, cette cohorte sans tête ni queue, ces enfants qui ont l’air de n’appartenir à personne, cette paresse étalée sous le soleil, ce rythme végétal, tout cela fait partie du vocabulaire colonial. Le général de Gaulle parle des « multitudes jaunes » et M. Mauriac des masses noires, brunes et jaunes qui bientôt vont déferler. Le colonisé sait tout cela et rit un bon coup chaque fois qu’il se découvre animal dans les paroles de l’autre. Car il sait qu’il n’est pas un animal. Et précisément, dans le même temps qu’il découvre son humanité, il commence à fourbir ses armes pour la faire triompher.

Dès que le colonisé commence à peser sur ses amarres, à inquiéter le colon, on lui délègue de bonnes âmes qui, dans les « Congrès de culture », lui exposent la spécificité, les richesses des valeurs occidentales. Mais chaque fois qu’il est question de valeurs occidentales il se produit, chez le colonisé, une sorte de raidissement, de tétanie musculaire. Dans la période de décolonisation, il est fait appel à la raison des colonisés. On leur propose des valeurs sûres, on leur explique abondamment que la décolonisation ne doit pas signifier régression, qu’il faut s’appuyer sur des valeurs expérimentées, solides, cotées. Or il se trouve que lorsqu’un colonisé entend un discours sur la culture occidentale, il sort sa machette ou du moins s’assure qu’elle est à portée de sa main. La violence avec laquelle s’est affirmée la suprématie des valeurs blanches, l’agressivité qui a imprégné la confrontation victorieuse de ces valeurs avec les modes de vie ou de pensée des colonisés font que, par un juste retour des choses, le colonisé ricane quand on évoque devant lui ces valeurs. Dans le contexte colonial, le colon ne s’arrête dans son travail d’éreintement du colonisé que lorsque ce dernier a reconnu à haute et intelligible voix la suprématie des valeurs blanches. Dans la période de décolonisation, la masse colonisée se moque de ces mêmes valeurs, les insulte, les vomit à pleine gorge.

Ce phénomène est d’ordinaire masqué parce que, pendant la période de décolonisation, certains intellectuels colonisés ont établi un dialogue avec la bourgeoisie du pays colonialiste. Pendant cette période, la population autochtone est perçue comme masse indistincte. Les quelques individualités indigènes que les bourgeois colonialistes ont eu l’occasion de connaître ça et là ne pèsent pas suffisamment sur cette perception immédiate pour donner naissance à des nuances. Par contre, pendant la période de libération, la bourgeoisie colonialiste cherche avec fièvre des contacts avec les « élites ». C’est avec ces élites qu’est entrepris le fameux dialogue sur les valeurs. La bourgeoisie colonialiste, quand elle enregistre l’impossibilité pour elle de maintenir sa domination sur les pays coloniaux, décide de mener un combat d’arrière-garde sur le terrain de la culture, des valeurs, des techniques, etc. Or, ce qu’il ne faut jamais perdre de vue c’est que l’immense majorité des peuples colonisés est imperméable à ces problèmes. Pour le peuple colonisé la valeur la plus essentielle, parce que la plus concrète, c’est d’abord la terre : la terre qui doit assurer le pain et, bien sûr, la dignité. Mais cette dignité n’a rien à voir avec la dignité de la « personne humaine ». Cette personne humaine idéale, il n’en a jamais entendu. Ce que le colonisé a vu sur son sol, c’est qu’on pouvait impunément l’arrêter, le frapper, l’affamer ; et aucun professeur de morale jamais, aucun curé jamais, n’est venu recevoir les coups à sa place ni partager son pain avec lui. Pour le colonisé, être moraliste c’est, très concrètement, faire taire la morgue du colon, briser sa violence étalée, en un mot l’expulser carrément du panorama. Le fameux principe qui veut que tous les hommes soient égaux trouvera son illustration aux colonies dès lors que le colonisé posera qu’il est l’égal du colon. Un pas de plus, il voudra se battre pour être plus que le colon. En fait, il a déjà décidé de remplacer le colon, de prendre sa place. Comme on le voit, c’est tout un univers matériel et moral qui s’écroule. L’intellectuel qui a, pour sa part, suivi le colonialiste sur le plan de l’universel abstrait va se battre pour que colon et colonisé puissent vivre en paix dans un monde nouveau. Mais ce qu’il ne voit pas, parce que précisément le colonialisme s’est infiltré en lui avec tous ses modes de pensée, c’est que le colon, dès lors que le contexte colonial disparaît, n’a plus d’intérêt à rester, à coexister. Ce n’est pas un hasard si, avant même toute négociation entre le gouvernement algérien et le gouvernement français, la minorité européenne dite «libérale » a déjà fait connaître sa position : elle réclame, ni plus ni moins, la double citoyenneté. C’est qu’en se cantonnant sur le plan abstrait on veut condamner le colon à effectuer un saut très concret dans l’inconnu. Disons-le, le colon sait parfaitement qu’aucune phraséologie ne se substitue au réel.

Le colonisé, donc, découvre que sa vie, sa respiration, les battements de son cœur sont les mêmes que ceux du colon. II découvre qu’une peau de colon ne vaut pas plus qu’une peau d’indigène. C’est dire que cette découverte introduit une secousse essentielle dans le monde. Toute l’assurance nouvelle et révolutionnaire du colonisé en découle. Si, en effet, ma vie a le même poids que celle du colon, son regard ne me foudroie plus, ne m’immobilise plus, sa voix ne me pétrifie plus. Je ne me trouble plus en sa présence. Pratiquement, je l’emmerde. Non seulement sa présence ne me gêne plus, mais déjà je suis en train de lui préparer de telles embuscades qu’il n’aura bientôt d’autre issue que la fuite.

Le contexte colonial, avons-nous dit, se caractérise par la dichotomie qu’il inflige au monde. La décolonisation unifie ce monde en lui enlevant par une décision radicale son hétérogénéité, en l’unifiant sur la base de la nation, quelquefois de la race. On connaît ce mot féroce des patriotes sénégalais évoquant les manœuvres de leur président Senghor : « Nous avons demandé l’africanisation des cadres, et voici que Senghor africanise les Européens.» Ce qui veut dire que le colonisé a la possibilité de percevoir dans une immédiateté absolue si la décolonisation a lieu ou non : le minimum exigé étant que les derniers deviennent les premiers.

Mais l’intellectuel colonisé apporte des variantes à cette pétition et, de fait, les motivations ne semblent pas lui manquer : cadres administratifs, cadres techniques, spécialistes. Or le colonisé interprète ces passe-droits comme autant de manœuvres de sabotage et il n’est pas rare d’entendre, ça et la, un colonisé déclarer : « Ce n’était pas la peine, alors, d’être indépendants… »

Dans les régions colonisées ou une véritable lutte de libération a été menée, où le sang du peuple a coulé et la durée de la phase armée a favorisé le reflux des intellectuels sur des bases populaires, on assiste a une véritable éradication de la superstructure puisée par ces intellectuels dans les milieux bourgeois colonialistes. Dans son monologue narcissiste, la bourgeoisie colonialiste, par l’intermédiaire de ses universitaires, avait profondément ancré en effet dans l’esprit du colonisé que les essences demeurent éternelles en dépit de toutes les erreurs imputables aux hommes. Les essences occidentales, s’entend. Le colonisé acceptait le bien-fondé de ces idées et l’on pouvait découvrir, dans un repli de son cerveau, une sentinelle vigilante chargée de défendre le socle gréco-latin. Or, il se trouve que, pendant la lutte de libération, au moment où le colonisé reprend contact avec son peuple, cette sentinelle factice est pulvérisée. Toutes les valeurs méditerranéennes, triomphe de la personne humaine, de la clarté et du Beau, deviennent des bibelots sans vie et sans couleur. Tous ces discours apparaissent comme des assemblages de mots morts. Ces valeurs qui semblaient ennoblir l’âme se révèlent inutilisables parce qu’elles ne concernent pas le combat concret dans lequel le peuple s’est engagé.

Et d’abord l’individualisme. L’intellectuel colonisé avait appris de ses maîtres que l’individu doit s’affirmer. La bourgeoisie colonialiste avait enfoncé à coups de pilon dans l’esprit du colonisé l’idée d’une société d’individus où chacun s’enferme dans sa subjectivité, où la richesse est celle de la pensée. Or, le colonisé qui aura la chance de s’enfouir dans le peuple pendant la lutte de libération va découvrir la fausseté de cette théorie. Les formes d’organisation de la lutte vont déjà lui proposer un vocabulaire inhabituel. Le frère, la sœur, le camarade sont des mots proscrits par la bourgeoisie colonialiste parce que pour elle mon frère c’est mon portefeuille, mon camarade c’est ma combine. L’intellectuel colonisé assiste, dans une sorte d’autodafé, à la destruction de toutes ses idoles l’égoïsme, la récrimination orgueilleuse, l’imbécillité infantile de celui qui veut toujours avoir le dernier mot. Cet intellectuel colonisé, atomisé par la culture colonialiste, découvrira également la consistance des assemblées de villages, la densité des commissions du peuple, l’extraordinaire fécondité des réunions de quartier et de cellule. L’affaire de chacun ne cesse plus désormais d’être l’affaire de tous parce que, concrètement, on sera tous découverts par les légionnaires, donc massacrés, ou on sera tous sauvés. Le « démerdage », cette forme athée du salut, est, dans ce contexte, prohibée.

On parle beaucoup, depuis quelque temps, de l’autocritique : mais sait-on que c’est d’abord une institution africaine ? Que ce soit dans les djemââs d’Afrique du Nord ou dans les réunions d’Afrique-Occidentale, la tradition veut que les conflits qui éclatent dans un village soient débattus en public. Autocritique en commun bien sûr, avec cependant une note d’humour parce que tout le monde est détendu, parce que nous voulons tous en dernier ressort les mêmes choses. Le calcul, les silences insolites, les arrière-pensées, l’esprit souterrain, le secret, tout cela l’intellectuel l’abandonne au fur et a mesure de sa plongée dans le peuple. Et il est vrai qu’on peut dire alors que la communauté triomphe déjà à ce niveau, qu’elle secrète sa propre lumière, sa propre raison.

(Vidéo) – Côte d’Ivoire: Silence, on démocratise à coups de matraque!

The International Criminal Court is a Plantation Court (first published in November 2011), Martial Frindéthié

President Laurent Gbagbo

Today, a great Pan-Africanist, fighter for the freedom of Africa from the shackles of neocolonialism, former Ivorian President Laurent Gbagbo, has been transferred to the International Criminal Court in The Hague after an eight-month detention in a concentration camp in northern Cote d’Ivoire. No one, not even President Gbagbo’s white captors, are really convinced of the crimes they accused him of. The truth is that President Gbagbo is being punished for daring to look the white imperialist in the eyes and tell him that the white program of rape and plundering of the African continent will only take place over his dead body. So, the “superior” men came with their “superior” morals and, with the help of those African collaborators who cannot forgive God for having made them in the color of the devil, who cannot wait to have the gates of white bliss opened to them, shackled President Gbagbo and took him to this 21st-century Plantation Court they call International Criminal Court. For indeed, apart from victimizing the victims and rewarding the victimizers, what justice has this Plantation Court allegedly created to prosecute individuals for genocide and other crimes against humanity ever really rendered to Africans? Whatever happened to President Mitterrand of France, who organized, trained, armed, and transported the perpetrators of the Rwandan genocide? Whatever happened to president Chirac of France, who orchestrated and supported the killing of tens of thousands of Lissouba’s supporters in Congo? Whatever will ever happen to presidents Chirac and then Sarkozy of France, whose military forces killed thousands of Ivorian civilians in 2004 and in 2011? I surmise that no Western leader, no matter the scale and violence of his crimes on Africans, will ever be tried in this Plantation Court system they call the International Criminal Court. President Gbagbo’s arrest, the most theatrical capture of an African freedom fighter since the capture and elimination of Patrice Lumumba, is meant to quash any African outrage about the plunder of the continent by the unscrupulous West, to serve as an example of white justice to any African nationalist opposed to the West’s predatory projects in Africa. If the so-called International Criminal Court is really looking for criminals and human rights abusers in Cote d’Ivoire, it is Alassane Dramane Ouattara, this puppet in office, whose protracted rebellion has killed more than 100,000 civilians in Cote d’Ivoire since 2002, that ought to be interpellated. For this Plantation Court called the International Criminal Court to deserve some semblance of credibility, it is Ouattara’s special police, with its daily lot of documented kidnappings, rapes, killings, and extra-judiciary assassinations, which ought to be brought to justice. This, however, will never happen, as long as Ouattara continues to enable the transfer of the Ivorian geological and agricultural resources to France. The illegal capture and incarceration of President Gbagbo in a white jail has historical precedence. Toussaint Louverture of Haiti died in a white jail. Samory Toure of West Africa died in a white jail. King Behanzin of Dahomey died in a white jail. Their crimes? They opposed the rape of Africa by the ravenous Occident. Their captures were also facilitated and applauded by some Africans. Each time an African freedom fighter is arrested by the white world and Africans applaud, each time the African continent is plundered of its natural and human resources and Africans applaud, Africans, indeed, give a standing ovation to the Gobineauian and Levy-Brhulian Aryanist theses of Black inferiority and cerebral ugliness.

Côte d’Ivoire (Ivory Coast): There is no Democracy Going on There

mkyop

The repressive regime of Côte d’Ivoire has proved yet again that for Alassane Dramane Ouattara, democracy is the least of all concerns and that power consolidation by all means necessary is what matters most.

On October 20, 2016, the social media and international TV networks relayed scenes of how, by means of tear gas, clubs, and arbitrary detentions, Ouattara’s police crushed a peaceful march organized by major opposition leaders against the autocrat’s abusive power grab. The sight of Aboudramane Sangaré (FPI), Danielle Boni Claverie (URD), Mamadou Koulibaly (Lider), Ettien Amoikon, Gnangbo Kacou, and other opposition figures being brutalized and unceremoniously tossed in the back of a police truck for opposing Ouattara’s desire to hurriedly rewrite the Ivorian constitution suggests that Côte d’Ivoire is anything but a democracy. Yet, it was in the hope of making Côte d’Ivoire a model state that in 2005 Presidents Thabo Mbeki of South Africa and Gbagbo Laurent of Cote d’Ivoire took an exceptional measure that made Ouattara a candidate to the Ivorian presidency, despite a constitution that barred him from eligibility.

Indeed, in 2002, President Laurent Gbagbo had been democratically elected for nearly two years when Côte d’Ivoire was cut in two by a rebellion led on behalf of Ouattara, who, in order to circumvent Article 35[1] of the Ivorian Constitution that made him ineligible to run for president, resorted to a coup of force. The coup failed, but the rebellion besieged the Northern half of the country, consolidated its military, economic and political control over the region, and started the business of pillaging the country’s resources with the complicity of some international speculators and politicians, especially with the support of the Chirac government in France. The major demand of the rebellion was that Ouattara’s candidacy to the presidency be allowed despite the constitutional hurdle of Article 35.

As a staunch supporter of the Ivorian Constitution, President Gbagbo refused to give in to this anti-constitutional request. In order to give the rebels’ position a boost, President Chirac of France pretexted that President Gbagbo had ordered a raid on a French military camp in Bouake, in Central Côte d’Ivoire, and consequently, Chirac ordered the total destruction of the Ivorian military air fleets. President Thabo Mbeki, who at the time of France’s aggression against Côte d’Ivoire, was in the country in his capacity as mediator in the Ivorian crisis mandated by the African Union, understood the full inference of Chirac’s involvement: France had openly taken sides with Ouattara and would stop at nothing to make him a candidate. In fact, Chirac made it even clearer when on the night of November 6-7, and on November 9, 2004, respectively from the air, on the Houphouët-Boigny and de Gaulle bridges, and on the ground of the Hotel Ivoire, the French army deliberately shot and killed scores of unarmed Ivorian youths who were peacefully protesting against the presence of French tanks in the neighborhood of the residence of the Ivorian President, Mr. Laurent Gbagbo.

So, fearing the imminent annihilation of Côte d’Ivoire by France unless Ouattara could run for election, President Mbeki urged his Ivorian counterpart to avail himself of Article 48 of the Ivorian constitution to exceptionally, and only for the upcoming elections, allow Ouattara to be a candidate. In effect, Article 48 allows the President of the Republic to take exceptional measures when the circumstances require it, that is to say, when the institutions of the republic, the independence of the nation, the integrity of its territory or the fulfillment of its international commitments are under a serious and immediate threat, and the regular functioning of the constitutional public authorities is interrupted. To take these exceptional measures required by the circumstances, the Ivorian President must inform the people after having consulted with the President of the National Assembly and the Constitutional Council. So, with Gbagbo’s authorization through Article 48 of the constitution, Ouattara was able to run an open campaign in 2010 on the entire Ivorian territory, without restriction, while in the Northern part of the country occupied by his rebellion, Gbagbo’s representatives were not allowed to promote their candidate, and on election day, reported intimidation, fraud, and ballot stuffing on behalf of Ouattara were the order of the day.

These irregularities did not get Ouattara the expected results. When on December 3, 2010, the Constitutional Council of Côte d’Ivoire proclaimed Gbagbo the winner of the elections, Nicolas Sarkozy, who by May 2007 had replaced Chirac at the Elysée, but who had vowed to carry on his predecessor’s scheme in Côte d’Ivoire, maneuvered to create a tripartite front with the United States and the United Nations against the elected Ivorian President (through Resolution 1975 of March 30, 2011) and to use then UN Ambassador Susan Rice’s words in order to have “the proper leader … put in place” at all costs, even at the cost of war. And to war the tripartite front went in Côte d’Ivoire. On April 4, France and the UN dropped their first official bombs on the Presidential Palace in Abidjan where President Gbagbo and some of his collaborators were staying. On April 11, 2011, French ground operations broke into the Palace through a tunnel linking it to the French Embassy, captured President Gbagbo and delivered him to Ouattara’s rebel forces, who later deported him to the International Criminal Court in the Hague, the Netherlands, so that Ouattara could rule uninterrupted.

Having arrived in power by way of despoliation of the Ivorian Constitution and war on the Ivorian people, having ruled in the last five years by silencing political dissent through arrests and incarceration of opposition leaders and intimidation and expropriation of the masses, Ouattara is convinced that he has license for implementing the most implausible. So, he cannot conceive that many people in Côte d’Ivoire still dare to oppose his off-the-cuff decisions and dictatorial governing methods. Ouattara cannot comprehend that the Ivorian people, who have struggled for decades to make democratic gains, refuse that he spoil those gains. He cannot fathom that democratic leaders, who were in the trenches battling for democracy in Côte d’Ivoire long before he had discovered Côte d’Ivoire only in the 1990s, refuse that he substitute a constitution that 86.53% of the electorate approved in 2000 with a constitution of his own making, tailored to keep him and his clansmen in power ad infinitum.

Ouattara, who actually knows very little about Côte d’Ivoire and the Ivorian people, does not understand how profound their determination for democracy is; he does not understand that not even severe repression can quell the Ivorian people’s resolve for freedom and democracy. Hours after they were released from Ouattara’s jail, the leaders that were arrested on Thursday, October 20, 2016, renewed their call for continued protests until Ouattara’s dictatorship is crippled. Ouattara, with all his power will not be able to prevail over the Ivorians’will.

[1] “The candidate for the presidency must…. be of Ivorian origin, born of father and mother who are also of Ivorian origin. He must never have renounced his Ivorian nationality, nor have ever claimed he was of another nationality.”

On behalf of the Ivorians of the Diaspora

Martial Frindéthié,

Professor of Francophone studies

Appalachian State University in Boone

North Carolina, USA