Comprendre les origines de la crise ivoirienne, M. Frindéthié (première partie)

crise

Crises et possibilités: la mondialisation à la française

Le général Charles de Gaulle, ce président aimé des Français, figure emblématique de la résistance et de la morale française, a formulé une pensée dont l’hideuse véracité n’a d’égale que l’ardeur avec laquelle la France l’a pratiquée à travers toute son histoire. « La France n’a pas d’ami ; elle n’a que des intérêts ». Cet idéal  gaulliste de désinformation philosophique, d’étranglement économique, de persécution militaire et de déstabilisation politique, qui a immensément enrichi la France au détriment de ses anciennes colonies, est aujourd’hui combattu par certains pays francophones. Il ne serait pas excessif d’affirmer qu’en ce nouveau millénaire, la résistance la plus farouche que connaît l’hégémonie française en Afrique est celle qui a lieu en Côte d’Ivoire depuis 2002, et que le cinéaste ivoirien Sidiki Bakaba a documentée dans son film La victoire aux mains nues. C’est une mobilisation des patriotes ivoiriens contre le néocolonialisme français déguisé sous les accoutrements de la mondialisation. L’objectif de la résistance ivoirienne est d’exposer et de tuer dans l’œuf la politique de génocide économique et politique de la France, qui, par un artifice séditieux perfectionné au cours des ans en Afrique, allume des feux multiples, les active, afin de s’inviter ensuite comme pompier par la manipulation des Nations Unies et des institutions financières internationales.

 La logique de l’intervention française en Afrique

Quel que soit le regard que l’on pose sur les interventions françaises en Afrique, l’on se rend compte que celles-ci n’ont jamais été motivées par un élan philanthropique. Les intrusions françaises en Afrique ont toujours été gouvernées par une logique du gain maximum par l’effort minimum. Historiquement, la France n’a jamais gagné de guerre. En fait la France a même perdu les guerres qu’elle a déclarées avec assurance à ses voisins. Et toutes les fois que la France se faisait humilier, c’était vers l’Afrique et les Caraïbes qu’elle se tournait, armée de projets destructeurs, pour restaurer son orgueil meurtri et renflouer son économie en désarroi. Afin d’appréhender la politique française en Côte d’Ivoire aujourd’hui, il convient de comprendre la politique de mondialisation à la française, cette exception française, qui prescrit la déstabilisation en Afrique comme remède à toute calamité politique et économique en Hexagone.

                En 1871, au soir de la guerre franco-allemande, une guerre que la France, certaine de sa victoire, avait déclarée au royaume de Prusse, la  France n’était plus qu’un pays physiquement diminué, moralement brisé, et financièrement asphyxié. L’alliance allemande avait donné une bonne raclée militaire à la France, lui avait arraché ses territoire d’Alsace et de Lorraine, et lui avait présenté une facture de réparation équivalente à un milliard de dollars de nos jours, que la France était sommée de payer dans un délai de trois mois. En dépit de ses réserves épuisées, la France ne perdit pas de temps pour payer à l’Allemagne cette facture honteuse, passant le plus clair de son temps à ruminer sa défaite et son humiliation. La promptitude avec laquelle la France a payé sa dette à l’Allemagne ne serait qu’une occurrence bien banale si, presque 50 ans auparavant, cette même France n’était allée en guerre contre un pays africain, l’Algérie, qui lui demandait de s’acquitter d’une dette restée trop longtemps due.

                En effet, les conséquences immédiates de la Révolution française de 1789 étaient catastrophiques. Au lendemain de la Révolution, les méthodes agricoles en France étaient demeurées archaïques, et, contrairement aux agriculteurs britanniques, les fermiers français n’arrivaient pas à développer des exploitations adéquates pour approvisionner les marchés locaux. Les prix des produits de première consommation étaient hors de portée pour la majorité des Français. Le pain, la nourriture quintessentielle des Français, se fit rare. La famine s’installa. Pire encore, en Italie et en Espagne, l’armée affamée de Napoléon grognait et menaçait de se révolter. Aussi, la France se tourna-t-elle vers deux maisons commerciales algériennes Bacri et Busnach, afin qu’elles lui prêtent de l’argent et des grains pour pallier sa catastrophe économique et sociale. Cependant, Bacri et Busnach devaient, eux aussi, de l’argent au souverain algérien, le Dey Kodja Hussein, qu’ils espéraient rembourser dès que la France leur aurait payé sa dette. En 1815, à la fin de la guerre perdue de Napoléon, la dette de la France envers l’Algérie s’élevait à 18 millions de francs, que Bacri et Busnach implorèrent le Dey Hussein de les aider à recouvrer. En 1827, au cours d’une conversation qu’il avait à ce propos avec M. Pierre Deval, le consul français en Algérie, le Dey fut excédé par l’insolence de celui-ci à son égard, et le souffla de son chasse-mouche. Le roi Charles X, qui n’était d’ailleurs pas disposé à régler la dette de la France, saisit cette belle occasion pour s’élever contre un geste qu’il interpréta comme un manque de respect à la couronne française. Et, malgré les explications du Dey Hussein, qu’il n’avait fait que répondre à une insolence personnelle faite à lui par M. Deval, 600 navires français débarquèrent 37.000 soldats en Algérie le 14 juin 1830, qui s’adonnèrent à des actes de vandalisme, de viols, de meurtres et d’exécutions sommaires. Le 5 juillet de la même année, le Dey fut destitué. Dès février 1831, l’Algérie devint une colonie française de peuplement. Les autorités françaises y invitèrent donc 4500 colons français à exploiter les terres fertiles des côtes algériennes. Cependant, l’occupation française de l’Algérie ne fut pas sans heurts. L’Algérie opposa à la France une résistance farouche, qui, en 1962, tendit à l’Hexagone l’une de ses défaites les plus humiliantes. L’Allemagne de 1870 n’était pas l’Algérie de 1830. C’est pourquoi la France paya rapidement sa dette à l’Allemagne et passa les années qui suivirent à ruminer sa revanche . . . ailleurs qu’en Europe. De nombreux ingénieurs sociaux en France suggérèrent que la France devrait penser à redorer son blason en se construisant un empire d’outre-mer, qui étendrait sa civilisation, ses idéaux et sa gloire chez les « races inférieures ».

                La France, il convient de le noter, avait été présente en Afrique depuis 1642 et avait participé au commerce triangulaire qui vendit plus de 28 millions de Noirs aux Amériques entre 1650 et 1800. En ce temps-là, les objectifs de l’Hexagone en Afrique étaient ouvertement pécuniaires, et personne ne parlait d’étendre aux races supposées inférieures la civilisation d’une prétendue race supérieure. Dès années 1804, cependant, un vent abolitionniste, initié par le Danemark, se mit à souffler sur l’Europe et l’Amérique. En 1848, la France abolit aussi la pratique officielle de l’esclavage. Parmi les personnes qui s’étaient opposées à l’esclavage, l’on notait aussi Olaudah Equiano, un ancien esclave, lui-même propriétaire d’esclaves, qui avait compris que la bonne foi seule ne pouvait pas arrêter la pratique de l’esclavage. Il fallait proposer aux esclavagistes une alternative économique. Aussi, Equiano suggéra-t-il aux esclavagistes que la pratique de l’esclavage les avait détournés des vraies richesses de l’Afrique ; qu’il y avait plus à gagner à exploiter les matières premières africaines et à transformer les Africains en civilisés consommateurs de produits manufacturés européens et  américains qu’à les maintenir en esclavage. La paire sémantique était ainsi lancée : commerce et civilisation. Suivant donc les conseils d’Equiano, les pays européens s’engagèrent à mondialiser autrement, se lançant dans une course effrénée vers les matières premières africaines. L’ivoire, l’or, le bois, le café, le cacao, le caoutchouc, l’huile de palme, les noix, les fruits tropicaux, et non plus les esclaves—bien que certains renégats continuèrent le commerce des esclaves 70 ans au-delà de l’abolition officielle de l’esclavage par les Danois en 1792—devinrent les nouvelles marchandises du commerce intercontinental. Vers la fin des années 1800, l’Afrique grouillait tellement de chercheurs de fortune que les conflits entre Européens devinrent monnaie courante. Afin de mieux réguler le commerce africain et d’éviter que n’éclate une guerre intereuropéenne, les puissances européennes tinrent une conférence à Berlin du 15 novembre 1884 au 26 février 1885, sous la présidence du chancelier allemand Otto Von Bismarck. La conférence de Berlin qui fut présentée au monde comme un colloque pour discuter de questions relatives à l’humanité, la paix, la civilisation et le bien-être des populations africaines, était en fait une réunion des grandes puissances occidentales pour se partager l’Afrique. La conférence de Berlin résolut la question des conflits en stipulant que toute nation européenne qui la première préviendrait les autres nations de son occupation d’un territoire africain serait officiellement reconnue comme propriétaire de ce territoire. Ayant donc défini les règles du jeu, les nations européennes se ruèrent sur le gâteau Afrique pour en mordre le plus gros morceau possible.

                Cependant, toujours hantée du spectre de sa défaite cuisante de 1870, la France hésitait à se lancer dans un autre aventure internationale. Par ailleurs, les colonies algériennes n’avaient pas généré les gains escomptés comme l’avaient fait l’Inde pour la Grande Bretagne, et de nombreux politiciens français disaient ouvertement qu’ils préféraient servir à leurs électorats un bon pot au feu plutôt que le pain rassis auquel ils eurent droit pendant le siège allemand de Paris. D’autre part, cependant, les plaies de l’humiliation infligée par les Allemands devaient se cicatriser. Il était nécessaire que la France brillât de nouveau en Europe et sur l’échiquier mondial. Cinq mois après la conférence de Berlin, se tint à l’Assemblée Nationale française un débat entre les opposants et les partisans de l’expansion coloniale. Les deux protagonistes mémorables de ce débat étaient Jules Ferry et Georges Clémenceau. Le 28 juillet 1885, cinq mois après s’être fait destituer de son poste de premier ministre pour avoir lamentablement perdu la guerre sino-française, Jules Ferry prenait la parole à l’Assemblée en faveur du colonialisme.

                Pour Ferry, la France gagnerait à se construire un empire d’outre-mer pour trois raisons principales : économiquement, la France devait se trouver de nouveaux marchés en dehors de l’Europe et des Etats-Unis, précisément à un moment où l’Amérique et l’Allemagne se faisaient de plus en plus protectionnistes en même temps qu’elles inondaient les marchés européens de produits agricoles et industriels bon marché. Dans leur élan d’enthousiasme, des économistes comme Leroy-Beaulieu, estimaient que la France s’enrichirait autant de ses colonies que la Grande Bretagne s’est enrichie des siennes. D’un point de vue humanitaire, arguait Ferry, en tant que membre de la « race supérieure », la France avait le devoir divin de civiliser les « races inférieures », de les parfaire, en leur apportant sa moralité supérieure. Finalement, d’un point de vue politique et patriotique, la France devait s’assurer une place honorable dans le monde en posant des actes de grandeur. A l’instar de toutes les grandes nations, la France devait exporter son drapeau, sa langue, sa civilisation et son génie dans toutes les contrées du monde. Répondant à Ferry, Clemenceau s’insurgea contre la dichotomie race supérieure/race inférieure. Cette distinction avait été aussi faite par les scientifiques allemands lors de la guerre franco-allemande, qui avaient maintenu que les Allemands battraient les Français parce qu’ils leur étaient ontologiquement supérieurs. Pour Clémenceau, il fallait se garder de répéter cet axiome allemand, qui servait de prétexte aux sociétés scientifiquement et militairement avancées pour déguiser la violence sous l’appellation charmante de civilisation. Les excuses de devoir et de droit divins de civiliser n’étaient, selon Clémenceau, rien de plus qu’un droit à la brutalité. Clémenceau conclut que justifier la colonisation par la civilisation revenait à adjoindre l’hypocrisie à la violence. En tout état de cause le début des années 1890 vit se développer des groupes de pressions pour le colonialisme, tels que Comité de l’Afrique française, le Comité de l’Égypte, le Comité de l’Asie française, ou le Comité de Madagascar, tous derrière le parti colonial, et qui revendiquaient que soit redoré le blason de la France dans le monde. Dès 1890, un consensus colonial fut établi en France, qui entendait moins vendre une entreprise africaine à des hommes d’affaires qu’un empire africain à l’Etat, et qui recommandait plus la voie de l’occupation forcée des territoires africains que celle de signature de traités avec les chefs locaux.

                Contre toute appréhension, la mondialisation martiale de l’Afrique subsaharienne par la France s’avéra bien fructueuse. Quand la poussière de la ruée vers l’Afrique se fut enfin tassée, le continent était parcellé en 50 territoires répartis entre les puissances européennes. La France, l’Allemagne, la Grande Bretagne et le Portugal s’offrirent les plus gros morceaux. La France se saisit d’un grand territoire comprenant la Mauritanie, le Sénégal, le Mali, le Burkina Faso, le Benin, la Guinée, la Côte d’Ivoire, le Niger, le Togo, le Gabon, la république démocratique du Congo, la Centrafrique, le Cameroun, l’Algérie, la Tunisie, le Maroc, les iles Maurice, la Réunion, les Seychelles, Madagascar, les Comores, et Mayotte ; des territoires qui n’avaient pas tous le même statut et étaient, selon leur statut, régis par des lois différentes. Les territoires des Caraïbes étaient principalement des colonies d’esclaves. En Afrique subsaharienne, ces territoires constituaient des colonies d’exploitation dont la France tirait le maximum de profit des matières premières générées. La Tunisie était un protectorat avec un souverain local, le Bey ; et l’Algérie était une colonie de peuplement avec un Dey. Quel que soit le statut de ces diverses colonies, leurs populations locales devaient se soumettre à la juridiction d’un consul ou d’un gouverneur nommé par la France. L’injustice française révolta les populations locales qui combattirent l’envahisseur jusqu’à l’obtention de leurs indépendances politique au début des années 1960.

                Cependant, l’impulsion hexagonale pour le gain était si impérative que la France devisa des schémas biaisés de « coopération » pour rester le spéculateur privilégié des nouvelles nations indépendantes de l’Afrique francophone. Dans le système colonial, dans un emportement protectionniste, la France avait décidé d’imposer des tarifs élevés aux produits coloniaux qui entaient en métropole ; une décision qui appauvrissait les colonies tout en enrichissant la France. Cependant, dans les années 1930, la grande récession obligea la France, pour sa survie économique, à transformer les colonies en des marchés de consommation pour la vente de produits manufacturés français. La France relâcha donc un peu son système tarifaire, permettant ainsi aux colonisés de vendre facilement leurs produits sur les marchés français, de gagner de l’argent pour acheter des produits français et pour aussi payer des intérêts sur leurs dettes. Mais en même temps, afin d’éviter la compétition des autres puissances, la France imposa des quotas sur certains produits étrangers entrant en France et dans les colonies françaises. La France interdit aussi à ses colonies d’exporter certains produits chez ses compétiteurs, les forçant ainsi à n’acheter qu’à l’Hexagone des produits qui étaient pourtant disponibles dans les colonies. En plus de ces mesures protectionnistes déjà excessives, la France imposa des taxes sur les produits des colonies non françaises entrant en France. Ces taxes allaient de 11% pour la banane à 110% pour le cacao, en passant par 34% pour l’arachide, les graines de palmier et 91% pour le café. Bien que certains observateurs aient voulu attribuer à ce système économique préférentiel la résistance de l’Afrique francophone à la crise économique des années 1930, et le miracle économique de la Côte d’Ivoire des années 1980, il n’en est rien. En fait, l’économie de marché qu’a générée ce système colonial a pourvu les colonies françaises de capitaux qu’elles ont été obligées de retourner à la France au centuple. En outre, cette économie de marché que la France s’activa à maintenir dans ses anciennes colonies longtemps après leurs indépendances fut la source de nombreux chocs économiques ; elle plaça les pays francophones à la merci des spéculateurs internationaux.

                Le système préférentiel établi unilatéralement par la France, et plus tard avec la collaboration de la Communauté Européenne (qui deviendra plus tard la Communauté économique européenne), entendait en réalité, maximiser les profits de la France en jugulant ses pertes dans les colonies. Déjà en 1959, le système commercial français forçait les colonies africaines de la France à consommer 28,2% des exportations françaises, alors que les exportations de ces colonies vers la France ne constituaient que 20% des produits exportés en France. Ces chiffres sont passés 7,8% contre 5,9%. Les différentes conventions (Lomé, Yaoundé, Lomé 2) renforçant la « coopération » entre la France et ses anciennes colonies, et qui inclurent plus tard les pays anglophones et les pays ACP, ne créèrent pas de vraies conditions de développement dans les pays non européens. En fait, la France manœuvra pour exclure les anciennes colonies asiatiques des ACP, sous prétexte qu’elles pourraient être des concurrentes dangereuses en ce qui concerne un certain nombre de produits, et le petit état de l’île Maurice fut exclu par la France pour être un compétiteur sérieux en produits textiles. Les états de la C.E., et la France particulièrement, ne firent aucun effort pour développer l’activité de production en Afrique. Pour la C.E., l’Afrique devait demeurer éternellement le fournisseur de matières premières de l’Europe. Vers la fin des années 1980, le Consensus de Washington, avec son long menu de dépolitisation unilatérale de l’Etat, hostile à l’investissement de l’Etat dans le secteur social, dans la création de l’emploi, dans la protection de l’environnement, dans l’éducation, dans la santé et dans la réduction de la pauvreté, donna à la France la bénédiction officielle des institutions de Bretton Woods afin qu’elle continue son exploitation de l’Afrique.

                La mondialisation économique, telle que conçue par le Consensus de Washington, présuppose une violence internationale. Elle assume, parfois sur le fondement d’un sixième sens bureaucratique et sur aucune base scientifique, qu’afin d’améliorer le sort de leurs populations, les pays du Tiers Monde doivent adapter leurs économies aux conditions dictées par les multinationales européennes et américaines en libéralisant leurs marchés. Le résultat de cet exercice philosophico-économique est que, comme cela fut le cas pendant la colonisation, les crises économiques sont déplacées des pays du nord vers les pays du sud.

L’insistance de la Banque mondiale et du Fonds que les pays en développement ouvrent leurs économies aux investissements directs étrangers a favorisé la recolonisation des pays qui cinquante ans plus tôt avaient lutté pour leurs indépendances. Dans la plupart des cas, la mondialisation a réussi à installer l’impérialisme euro-américain en permettant aux capitalistes des pays industrialisés de devenir les nouveaux propriétaires de compagnies d’Etat (eau, électricité, communication) des pays en développement. Ce plan fonctionne parfaitement lorsque l’état impérial ‘achète’ les banques et les spéculateurs et exerce des pressions sur les états pour  ouvrir les marchés, et envoie des expéditions mercenaires et militaires pour réprimer toute résistance.

Dans ce grand design de recolonisation déguisée en mondialisation, toute opposition est impitoyablement réprimée par une variété de méthodes coercitives : Pour les pays en développement dont les gouvernants, s’opposant à l’exploitation occidentale, mènent une politique populiste et préconisent le contrôle des ressources nationales et qui, attentifs aux besoins de leurs peuples, refusent la corruption et le style de vie promis par les pays industrialisés, les tireurs à gage économiques possèdent tout un menu de dissuasion : la subversion du processus politique, le corruption des administrateurs, des officiers de l’armée, des médias, des syndicats, des universitaires, l’incitation à la guerre ethnique et religieuse ; un menu tiré tout droit du guide de la colonisation, et qu’illustrent les cas du Congo, d’Haïti et de la Côte d’Ivoire, ces pays qui ont osé s’opposer à la coalition tripartite des pays du nord, des Nations Unies et des institutions financières internationales.

                En Côte d’Ivoire, cette conspiration tripartite fonctionne grâce à un ancien fonctionnaire du Fonds, Alassane Dramane Ouattara, dans ses oripeaux de collaborateur, et à ses associations avec le gouvernement français et les multinationales françaises, qui mettront en place une nouvelle marque de mondialisation que nous baptiserons ici la mondialisation à la française.

La Côte d’Ivoire : de la prospérité économique à l’austérité

                Les années 1970 étaient une période de prospérité pour la Côte d’Ivoire. La hausse des prix du café et du cacao sur le marché mondial avait positionné la Côte d’Ivoire comme la première puissance économique de l’Afrique de l’ouest dont les signes de croissance étaient visibles dans tous les secteurs. Les observateurs n’hésitaient pas à comparer le miracle ivoirien au miracle japonais –nous nous souvenons encore que notre sujet de géographie au baccalauréat était ainsi libellé : « comparez le miracle ivoirien au miracle japonais ». Cette comparaison n’était nullement pas exagérée. Le taux de croissance ivoirien était le deuxième du monde après celui du Japon. Cependant le boom économique ivoirien dépendait énormément de capitaux étrangers, étant donné qu’il était amarré aux caprices des spéculateurs internationaux qui décidaient du prix des matières premières. Dans sa volonté de diversifier l’économie et de lancer des programmes de développement, la Côte d’Ivoire emprunta de l’extérieur des capitaux qu’elle manqua souvent de gérer avec sagesse. En outre, la chute des prix du café et du cacao du début des années 80 amplifia la dette extérieure du pays ; ce qui emmena le président Houphouët à se tourner vers la Banque mondiale et le Fonds monétaire pour des prêts de stabilisation de l’économie de son pays.

                La période s’étendant des années 80 aux années 90 fut un temps économiquement mouvementé. L’exploitation de nouveaux gisements de pétrole offshore aida le pays à parer à certaines difficultés économiques. Cependant, l’incertitude économique persistait toujours et des rumeurs de compression des fonctionnaires mirent des manifestants dans la rue pour protester contre le contrôle absolu du pouvoir par le parti unique (le PDCI-RDA). Afin de sauver son pouvoir, Houphouët se plia aux exigences de ses créanciers (principalement la Banque et le Fonds) et nomma un économiste du FMI, Alassane Ouattara, en avril 1990 comme président du Comité Interministériel de Coordination du Programme de Stabilisation et de Relance Economique, un comité chargé de trouver des solution à la crise économique—mais entendez plutôt un comité chargé de trouver des moyens des rembourser à la Banque et au FMI ce que lui devait la Côte d’Ivoire, en dépit de la crise. 5 mois plus tard, un président Houphouët agonisant nommait Alassane Dramane Ouattara premier ministre de Côte d’Ivoire. Ce qui se passa à partir d’avril 1990 est une série d’événements dignes d’un roman.

Dominique Nouvian Folleroux : femme fatale

                Le fait d’être proche du président Houphouët permit aussi à Ouattara d’être très proche de Mlle Nouvian Folleroux, la femme qui devint plus tard son épouse et son associée la plus écoutée dans l’intrigue rocambolesque qui se tissa au détriment du peuple ivoirien. Les circonstances dans lesquelles Dominique fut introduite à l’épicentre du pouvoir ivoirien demeurent encore floues. Ce qui est clair, cependant, c’est qu’elle devint la maîtresse officielle du président Houphouët et la gestionnaire exclusive de son immense domaine personnel et d’une grande partie du patrimoine ivoirien. Son nouveau titre donna à Mlle. Folleroux d’immenses pouvoirs financiers, alors même que déclinaient la sante et la popularité du président Houphouët en Côte d’Ivoire. En effet, au début des années 1990, le président Houphouët fut confronté à une opposition politique farouche, qui l’obligea, pour la première fois, à desserrer son contrôle du pouvoir. Sous la pression des institutions de Bretton Woods, le président Houphouët nomma Ouattara premier ministre, légalisa les partis d’opposition et promis des élections législatives ouvertes à toutes les tendances. Les élections présidentielles d’Octobre confirmèrent la force des partis d’opposition, et principalement l’influence du parti du plus grand opposant d’Houphouët, le Front Populaire Ivoirien de Laurent Gbagbo. Les observateurs internationaux estimèrent à 30% les votes pour Gbagbo (seulement 18,3% contre 81% pour Houphouët selon les chiffres officiels). Le 26 novembre 1990, 18 partis d’opposition se présentèrent aux législatives contre le PDCI d’Houphouët. Le parti d’Houphouët retint 163 des 175 sièges parlementaires. Une histoire s’écrivait : le pouvoir du PDCI n’était plus absolu. Houphouët, le Vieux comme l’on l’appelait affectueusement, était désormais un homme physiquement et politiquement diminué.

                Qu’à cela ne tienne, les affaires de Mlle. Nouvian Folleroux, quant à elles, marchaient à merveille : Elle sépara le président Houphouët de quelques uns de ses domaines français pour un montant de 19 millions d’euros, une transaction qui, bien que trouble, lui ouvrit les portes du business international. Elle acquit les salons Desanges aux Etats-Unis. L’Agence Internationale de la Commercialisation Immobilière qu’elle s’offrit grâce à sa nouvelle fortune lui attirait de gros clients dont Martin Bouygues, roi du béton français, Vincent Bolloré (partenaire de Bouygues) et roi des médias français et du papier d’emballage de tabac—c’était bien Bolloré qui avait payé des vacances de félicitations à Sarkozy à l’Ile de Malte sur son luxueux yacht après les présidentielles françaises de 2006 ; c’était encore lui qui avait prêté son avion privé à M. Sarkozy pour qu’il impressionne sa nouvelle girlfriend d’alors, Carla Bruni, pour leurs vacances de décembre 2007 en Egypte—et Dominique Strauss-Khan, ex-ministre des finances de Mitterrand et président du Fonds monétaire international depuis 2007, le président Bongo du Gabon, qui lui aussi confia la gestion d’une partie de son patrimoine à la branche gabonaise d’AICI, dirigée par le frère Philippe Nouvian, le président Blaise Compaoré du Burkina Faso, et le président Kadhafi de la Lybie. Tel est le réseau que Mlle. Folleroux se tissa depuis le jour où elle atterrit dans la chambre du président Houphouët. Et cette femme-là, Dominique Nouvian Folleroux, est la femme dont Alassane Ouattara, le premier ministre d’Houphouët, s’enticha.

« Ouattara ! Ouattara! C’est notre homme! S’il ne peut le faire, alors nul autre ne peut le faire! »

                Tel semblait être le chant des institutions de Bretton Woods, créancières de la Côte d’Ivoire depuis la mort du président Houphouët en décembre 1993. Excellent élève du FMI où il travailla de 1968 à 1973 avant d’occuper divers postes à la BCEAO, Ouattara était très attentif à la politique d’ajustement structurel prônée par le FMI en Afrique, bien que cette politique ait des conséquences catastrophiques pour l’Afrique. En tant que premier ministre de Côte d’Ivoire, ses solutions pour le redressement de l’économie firent plus de mal que de bien. Comme le lui avait recommandé l’O.M.C., M. Ouattara élimina les subsides aux planteurs ivoiriens, alors que l’Amérique et l’Union Européenne subventionnaient généreusement leurs agriculteurs. Il mit à la retraite anticipée plus de 10.000 fonctionnaires ; ceux qui avaient encore la chance de conserver leur emploi virent leur salaire chuter de 40% ; M. Ouattara réduisit l’accès à l’éducation en réduisant de moitié le salaire des enseignants ; il élimina la subvention aux restaurants universitaires, le transport des bus universitaires, la couverture médicale universitaire, et il imposa aux populations des frais d’accès aux premiers soins ; il initia la dévaluation du CFA et institua la carte de résidence très controversée qui fut à la base du harcèlement des étrangers. Ces échecs, comme il fallait s’y attendre, frustrèrent les populations, qui manifestèrent leur mécontentement par des marches de protestation. M. Ouattara réprima ces marches dans le sang, la torture et la mort ; et malgré les appels répétés pour une enquête indépendante, M. Ouattara demeura inflexible. Ouattara était un bon ami des institutions financières internationales et des multinationales. Etait-il aussi un ami de la Côte d’Ivoire ? Pour la Banque mondiale et le Fonds Monétaire international, cette question-là importait peu.

                Aussi, les institutions financières insistèrent-elles davantage pour que le premier ministre eût plus d’autorité. M. Ouattara cumula donc les postes de premier ministre, ministre des finances et président par intérim pendant la longue hospitalisation du président Houphouët en Europe en 1993. Il ordonna que toutes les recettes publiques lui soient versées directement à la primature dans un compte spécial, plutôt qu’au trésor, comme cela était de coutume. Ce style de gestion atypique mélangea très vite les comptes personnels du premier ministre aux comptes de l’Etat, et des millions de dollars disparurent des caisses de l’Etat, alors que M. Ouattara, en raison de deux vols internationaux par semaine, mettaient des fortunes à l’abri dans des comptes étrangers, intégrant prématurément le club des hommes les plus riches du monde. La fortune subite de Ouattara n’émut aucun des moralisateurs de la Banque mondiale et du Fonds si prompts pourtant à sermonner les dirigeants africains sur la sainteté et la « bonne gouvernance ». Pourquoi devraient-ils s’émouvoir que Ouattara fût l’un des plus grands acteurs de la fuite des capitaux ? N’était-il pas seulement juste qu’il fût récompensé, ce bon agent du Fonds ?

                Et pourtant la fuite des capitaux dont Ouattara était l’un des principaux acteurs constituait l’une des plus grosses sources d’appauvrissement de l’Afrique. En effet, les capitaux africains maintenus légalement ou illégalement dans les banques en dehors de l’Afrique s’élèvent à 22 milliards de dollars américains. Cette somme à elle seule constitue plus de la moitié de la somme dont l’Afrique a besoin pour ses programmes de développement. Si cet argent était investi en Afrique, il constituerait 64% du stock de capitaux privés de l’Afrique. Il n’y a pas de doute que de par sa participation à la fuite de capitaux, et proportionnellement au peu de temps qu’il a passé au pouvoir (3 ans et 1 mois), Alassane Dramane Ouattara fut l’un des dirigeants qui ont le plus siphonné les richesses du continent africain.

                Pendant qu’Alassane Dramane Ouattara passait de ses fonctions de premier ministre à celles de businessman et vice versa, mélangeant ainsi ses comptes personnels à ceux de l’Etat de Côte d’Ivoire, Madame Dominique Folleroux—que M. Ouattara avait alors épousée au cours d’une cérémonie officiée par le maire de Neuilly d’alors, M. Nicholas Sarkozy—sans aucune décence éthique, faisait du lobbying afin qu’il soit vendu à Bouygues et Bolloré les compagnies d’état que son cher époux privatisait (EECI, SODECI, etc.). Ce qui fut fait. Ces compagnies d’état, stratégiques pour l’indépendance de tout pays, furent cédées parfois même au coût d’1 franc symbolique. En ce temps-là, même des leaders du parti de Ouattara (le PDCI) avait crié au scandale sans rien pouvoir faire. Henri Konan Bédié qui était président de l’Assemblée Nationale s’était farouchement opposé à la libéralisation sauvage et choquante de Ouattara. La libéralisation de Ouattara fit de la Côte d’Ivoire un pays économiquement assiégé par la France : 27% des actifs des entreprises ivoiriennes appartenaient à des français. 240 filiales et plus de 600 compagnies en Côte d’Ivoire étaient détenues par des Français. Les investissements louches que permirent monsieur et madame Ouattara firent couler beaucoup d’encre et de salive (à suivre)                                         

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From Bangui (Central African Republic) to Tripoli (Libya); what is Sarkozy’s military strike covering up? M. Frindéthié (first published on 3/11/2011)

Military interventions do have the tendency to expunge embarrassing evidences. Kofi Annan certainly knew it, as the former UN Secretary General took advantage of the American military strike on Bagdad to erase evidence of the $36-million-hole that he, his son Kojo, his friend Leo Mugabe (Robert Mugabe’s nephew) and his UN Dream Team dug in the $86 million oil-for-food fund at his disposal. Lately, Sarkozy’s agitations have gotten the “best” of him as Gaddafi Jr. threatened to reveal secrets that would knock him off the stool from which, augmented by a few extra inches, he has been taunting the world. Sarkozy’s agitations turned epileptic when Gaddafi’s son disclosed that his father had financed Sarkozy’s political campaign in a quid pro quo arrangement of which he detained written documentation. Upon the Libyan heir’s threat to release the evidence, the French president wasted no time to lobby his peers’ support at the UN in favor of an airstrike against Gaddafi. So, hardly has UN Resolution 1973 been voted than the French air force was out pounding Gaddafi’s positions, apparently to prevent the Libyan leader from massacring his own people. Since we know that France has really never given a hoot about Africans’ lives (is it not France that orchestrated the Rwandan genocide? Is it not France that orchestrated the Congolese and the Cameroonian massacres? Is it not the French army that shot 64 unarmed Ivorian youths in 2004?), since we know that France has always abided by de Gaulle’s dearest maxim that “France has no friends but only interests,” Sarkozy’s alacrity to “save African lives” by attacking Gaddafi under whose feet, jus a few months ago he unfurled the red carpet, rings suspect. Is it not the truth that through his precipitous airstrike, Sarkozy is actually trying to cover up some embarrassing evidence?  Just as has his predecessor Valerie Giscard d’Estaing in Central Africa?

Indeed, when Bokassa, the former Central African emperor, was still an angel and not yet a baby killer, a civilized man and not yet a beast or an anthropophagus in France’s eyes, when he was still a source of wealth for France and French politicians and not yet an embarrassing burden, Giscard signed the Bokassas’ golden guest book.  When on December 4, 1977, Bokassa decided to inaugurate himself emperor of Central Africa, Giscard went to great lengths to lend a hand and make the coronation of Bokassa I a success. The French navy marching band was flown to Bangui to play at the inauguration. The French defense office flew a battalion of French soldiers to ensure the protection of Bokassa, and the French government put 17 charter planes at the disposal of Bokassa’s guests. In gratitude for Giscard’s consideration, Bokassa offered Giscard numerous precious stones and granted the French president a private hunting ground in Central Africa, where the latter would go twice a year to shoot elephants and have their tails and ivory delivered to him on cargo planes. Giscard’s elephant tusks and tails were transformed into luxury items and sold for his profit in sumptuous European boutiques. Bokassa’s private villa in his village was Giscard’s frequent hideout, where he would show up often in the company of young women for drug revelry and sexual orgies. At one time, Giscard offered Bokassa that their relationship be more like a family bond. Giscard offered to be Bokassa’s “brother” instead of his mere “friend.” Here, one could easily imagine the black ego titillated to the core and stupidly nodding with enjoyment. At one time, said Bokassa, Giscard, who had his eyes on the empress of Central Africa, proposed to the emperor that they swap wives. Mrs. Giscard would spend some time in Bangui in the company of Bokassa, while the empress would stay in Paris with the French president. This exchange, Giscard explained, would signal to the French and Central Africans that the bilateral relations between Paris and Bangui were excellent. Bokassa foolishly accepted. Though Bokassa remained evasive as to whether he had any sexual relationship with Mrs. Giscard, he revealed during a filmed interview, on the other hand, that his wife became Giscard’s mistress, was even impregnated by the French president and underwent at least one abortion to get rid of a compromising child by Giscard. Bokassa was Giscard’s “brother” until the he became unpopular and Giscard saw the need to not only get rid of him, but also, get rid of the evidence of the numerous gifts he received from him.

So, in an extraordinarily precipitous move that is reminiscent of Sarkozy’s offensive onto Gaddafi today, Giscard’s 30,000-troop-strong Operation Barracuda occupied all the neuralgic sites of Central Africa, from the capital Bangui to the most remote rural areas while Bokassa was in Libya seeking financial help from Gaddafi. On his way back to Central Africa, Bokassa’s French pilots redirected his plane to France, at the military base of Evreux. Bokassa’s following was taken into custody and the emperor was ordered to remain on his plane. Under heavy guard, the Central African sovereign was stripped naked and searched down to his most intimate orifice. He was then ordered to put on his clothes, and he was kept on his private plane for four days and four nights, while negotiations were being conducted regarding a final landing place for him. Finally, on September 24, 1979, at 10 A.M., Bokassa was transferred from his private plane to a military DC-8 and flown to Houphouët in Abidjan, Cote d’Ivoire. In the meantime, the French army was ordered by President Giscard to strip Bokassa’s palaces of all their contents and store them in a military consignment in Orléans. Furthermore, every available document in the archives of the empire was removed and disposed of at an undisclosed location in France, as Giscard was bracing for a defense of denial and half-truths against Bokassa’s accusations that the French president received from him some quid pro quo gifts. Despite Giscard’s careful cover up, on October 10, 1979, the satirical French paper Le Canard Enchaîné published a signed correspondence by Bokassa, written on imperial letterhead, enjoining the Comptoir national du diamant to prepare a 30-carat diamond for Giscard. Days later, Le Monde gave weight to Le Canard Enchaîné’s scoop by dedicating a column to it. From then on, Giscard had no other choice but to mount a full, albeit failed, defense against Bokassa. The “diamond affair” was used by Giscard’s political opponents. The scandal contributed to Giscard’s defeat by François Mitterrand in 1982. France is obviously indefensible in its plunder of Africa. However, the greatest responsibility for Africa’s continuous poverty is ascribable to the black ego’s inferiority complex and his quest for assurance of white love. While Bokassa was dancing the waltz of love with Giscard, giving away millions of dollars in gifts to foreign officials, and indulging in excesses abroad and at home, the Central African people were living in utmost poverty, lacking even the basic necessities. What was Gaddafi really thinking when he was showering Sarkozy with Libyan money? Certainly, like Bokassa, he was thinking that the French president was his “brother”.

De Bangui (Centrafrique) à Tripoli (Libye): une intervention militaire pour effacer des traces? M.Frindéthié (publié le 20 mars 2011)

Les interventions militaires effacent très souvent des traces compromettantes, font disparaître des dossiers gênants. Kofi Annan le savait, qui a profité de la frappe américaine contre Saddam pour faire disparaître la grosse fosse de 36 milliards de dollars que son fils Kojo, son ami Leo Mugabe (le neveu de Robert Mugabe) et lui avaient creusée dans la gestion des 86 milliards de dollars du fonds pour « pétrole contre nourriture ». Ces derniers jours, l’on a vu Sarkozy s’agiter exceptionnellement au fur et à mesure que le leader libyen et son fils menaçaient de révéler au monde des secrets qui le feraient dégringoler de l’escabeau du haut duquel, augmenté de quelques centimètres, il aime à narguer le monde. L’agitation de Sarkozy a pris une apparence épileptique lorsque Kadhafi junior a révélé que son père avait financé la campagne de Sarkozy dans un contrat quid pro quo dont il détenait des attestations. Le président français est monté immédiatement au créneau dans l’espoir de convaincre ses pairs occidentaux pour une frappe militaire contre Kadhafi. A peine la résolution 1973 interdisant tout vol dans l’espace aérien libyen fut-elle adoptée par le Conseil de Sécurité que l’aviation française entra en action, visant et détruisant des cibles libyennes, apparemment pour sauver des vies humaines en Libye. Puisque nous savons tous que la France ne s’est vraiment jamais préoccupé du sort des Africains, puisque que la France a maintes fois prouvé que, fidèle à la maxime si chère à son général de Gaulle, elle n’a pas d’amis, mais seulement des intérêts,  la précipitation extraordinaire de Sarkozy paraît suspecte. Cette alacrité à attaquer Kadhafi à qui Sarkozy déroulait le tapis rouge il y a seulement quelques mois cacherait-elle un autre dessein inavoué ? Sarkozy essaierait-il de faire disparaître quelques dossiers compromettants . . . comme le fit son prédécesseur Valérie Giscard d’Estaing avant que n’éclate « l’affaire des diamants ».

En effet, quand Bokassa était encore un ange et non pas encore un tueur d’enfants, ni une bête ou un anthropophage aux yeux de la France, quand Bokassa était encore une source de revenus pour la France et pour les politiciens français et pas encore un fardeau embarrassant, Giscard avait signé le livre d’or des Bokassa. Et lorsque le 4 décembre 1977 Bokassa décida de se faire empereur, le ministère français de la défense convoya la fanfare de la marine française à Bangui ; Giscard affréta 17 avions pour le transport des invités de Bokassa ; et Giscard suggéra à Bokassa que leurs relations fussent plus familiales. Giscard voulait que Bokassa fût son frère et non pas seulement son ami. Et là, l’on pouvait entrevoir  l’orgueil titillé de Bokassa danser la soukous. « Je suis le frère du grand blanc », a-t-il dû s’écrier. Et Giscard, qui avait les yeux sur l’Impératrice Catherine, proposa même à Bokassa qu’ils échangeassent de femmes : l’Impératrice viendrait passer quelques semaines en France, et lui enverrait Madame Giscard à Bangui passer quelques semaines près de Bokassa ; histoire de prouver aux peuples français et centrafricain que le pont entre Paris et Bangui était en parfait état. Ô que ne fut titillé l’orgueil de notre empereur ! Giscard assouvit son fétichisme de la beauté noire : l’impératrice tomba enceinte de Giscard, sans que cela ne fasse tilt dans la tête de notre empereur noir. Au contraire, Bokassa continua d’offrir des diamants et des permis de chasse à Giscard … jusqu’à ce que l’impopularité de Bokassa en Centrafrique ne dicte à Giscard de se séparer de lui. Et lorsque Bokassa se sentit lâché par Giscard, il décida lui aussi de lâcher les preuves sur l’affaire les diamants centrafricains qui avaient enrichi les Giscard.

A ce moment-là, dans une précipitation rappelant celle de Sarkozy aujourd’hui, l’Opération Barracuda parachuta 30.000 soldats en Centrafrique, qui occupèrent le pays jusque dans ses contrées les plus reculées. Bokassa, qui retournait de Libye où il était allé demander une aide financière à Kadhafi, vit son avion détourné par ses pilotes français vers la base militaire d’Evreux. Là, il fut mis aux arrêts, complètement déshabillé, fouillé jusque dans ses parties les plus intimes, rhabillé, maintenu dans son avion pendant 4 jours et 4 nuits, avant qu’il ne lui soit trouvé une destination ivoirienne. Entretemps, Giscard ordonna à l’armée française de dépouiller le palais de Bokassa de tout son contenu et de l’entreposer en cachette à Orléans. C’est par un hasard des plus imprévus que, malgré les précautions prises par Giscard pour effacer toutes les traces de ses transactions illégales avec Bokassa,  Le Canard Enchaîné découvrit puis publia une ordonnance de Bokassa écrite sur une page avec signature impériale intimant au Comptoir National du Diamant  de la Centrafrique de préparer pour Giscard un diamant de 30 carats. De tous les scandales de Giscard, ce fut « l’affaire des diamants » qui eut raison de sa carrière politique. La France est indéfendable pour sa propension au mensonge et au pillage de l’Afrique. Mais les chefs d’état africains sont encore plus indéfendables pour leur imbécilité légendaire. Que croyait vraiment Kadhafi lorsqu’il douchait Sarkozy de l’argent du peuple libyen ?

Nicolas Sarkozy redevenu justiciable devrait aussi répondre de ses crimes en Côte d’Ivoire (publié le 17 juin 2012)

AFFAIRES – S’il n’a pas encore repris son métier d’avocat, Nicolas Sarkozy n’en a pas pour autant fini avec la justice. Un mois jour pour jour après son départ de l’Elysée et la passation de pouvoir avec son successeur, Nicolas Sarkozy redevient ce vendredi 15 juin un justiciable comme les autres avec la fin de son immunité présidentielle.

Cette immunité, définie par l’article 67 de la Constitution et que François Hollande s’est engagé à modifier, prévoit que le président de la République en exercice ne peut « être requis de témoigner » ni « faire l’objet d’une action, d’un acte d’information, d’instruction ou de poursuite ». La jurisprudence a étendu cette protection aux affaires antérieures à l’élection du chef de l’Etat, ce qui n’a pas manqué de semer la zizanie sous les mandats de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy.

Cette interdiction est levée un mois après la cessation de ses fonctions, autorisant désormais les magistrats à interroger, voire poursuivre l’ancien président de 57 ans, comme n’importe quel autre Français.

La justice a d’ailleurs fait la preuve de sa capacité à sanctionner les délits des hommes politiques, même si elle y a mis le temps. Jacques Chirac avait été le premier chef d’Etat français rattrapé par ses démêlés judiciaires après la fin de sa présidence. Cité dans plusieurs affaires, il avait été entendu comme témoin dans quelques unes, la première fois deux mois après son départ de l’Elysée, le 19 juillet 2007. Mais c’est dans l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris qu’il avait été condamné à deux ans de prison avec sursis, le 15 décembre 2011. Une première.

Cité dans quatre affaires distinctes, Nicolas Sarkozy connaîtra-t-il le même destin?

 

L’AFFAIRE WOERTH-BETTENCOURT
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CE DONT IL S’AGIT: A l’évidence, le dossier le plus chaud reste celui de l’affaire Woerth-Bettencourt, une tragédie familiale impliquant la première fortune de France aux multiples ramifications sur fond de financement illégal de la campagne présidentielle de 2007. Les premiers à vouloir entendre Nicolas Sarkozy pourraient donc être les juges bordelais en charge de l’affaire.

L’instruction a connu une brutale accélération ces derniers mois, qu’il s’agisse du volet familial, tranché en faveur de l’héritière de Liliane Bettencourt par la juge des tutelles, ou des soupçons de trafic d’influence, qui ont abouti à la mise en examen et l’incarcération le 23 mars dernier, de Patrice de Maistre, l’ex-conseiller financier de Liliane Bettencourt.

Reste le volet présidentiel de l’affaire, dans lequel Eric Woerth, alors trésorier du candidat Sarkozy, et le président lui-même ont été accusés d’avoir touché des enveloppes d’argent liquide pour financer la campagne de 2007. Ces enveloppes ont-elles réellement existé? Nicolas Sarkozy a-t-il réellement perçu de l’argent en liquide des mains du clan Bettencourt? Et si non, était-il au courant des activités présumées de son trésorier?

CE QU’IL EN DIT: L’intéressé a toujours tout démenti en bloc. « Sur les ragots, sur la médisance, sur la méchanceté, sur la volonté de détruire et de démolir, permettez-moi de vous opposer le mépris le plus cinglant », avait-il répondu à Eva Joly par médias interposés pendant la campagne présidentielle. Sur le fond de l’affaire, Nicolas Sarkozy a rappelé pendant la campagne de 2012 que ses comptes de 2007 ont été validés au lendemain de la présidentielle.

CE QU’IL RISQUE: Le code électoral prévoit une peine d’un an de prison et/ou une amende de 2 250 à 3 550 euros pour tout don (reçu ou donné) supérieur au 4 600 euros en période de campagne (et 7500€ hors campagne). Les dons en liquide ne peuvent excéder 150 euros.

Le délai de prescription pour financement illégal de campagne n’est que de 3 ans. Mais l’article 67 de la Constitution rappelle que l’immunité présidentielle, qui repousse toute procédure judiciaire visant le chef de l’Etat, prévoit également que « tout délai de prescription ou de forclusion est suspendu » le temps du mandat.

L’AFFAIRE KADHAFI
kadhafi

CE DONT IL S’AGIT: L’affaire Kadhafi, portant sur des soupçons de financement illégal de la campagne de 2007 par la Libye, n’en est pas une en tant que telle, aucune enquête officielle n’étant actuellement en cours. Nicolas Sarkozy a donc peu de chance d’être entendu, du moins à brève échéance, sur les documents révélés par le site d’investigation Mediapart faisant état d’un « accord de principe » conclu en 2006 avec Tripoli pour apporter à la campagne du candidat Sarkozy 50 millions d’euros.

Des accusations du même acabit, mais sans grande précision, avaient été proférées par le clan Kadhafi lui-même, en pleine guerre contre la Libye, ce qui ne joue pas en faveur de la crédibilité de l’accusation.

CE QU’IL EN DIT: Nicolas Sarkozy a porté plainte pour « faux » et « publication de fausses nouvelles » contre Mediapart. Lequel a riposté en déposant une plainte en dénonciation calomnieuse contre le président sortant. « infamie ».

CE QU’IL RISQUE: Difficile d’évaluer les éventuelles charges qui pourraient peser sur le chef de l’Etat, dont la responsabilité devra être démontrée à plusieurs niveaux. Une chose est sûre, le versement de commissions était à l’époque légal. De là à démontrer l’implication de Nicolas Sarkozy dans l’organisation du versement des rétrocommissions…

L’AFFAIRE DES SONDAGES DE L’ELYSÉE
giacometti buisson

CE DONT IL S’AGIT: L’affaire dite des sondages de l’Elysée, visant une convention signée entre l’Elysée et le cabinet d’études Publifact, dirigé par Patrick Buisson, un proche de Nicolas Sarkozy, conseiller très spécial durant ses deux campagnes présidentielles, devrait rebondir après la levée de l’immunité présidentielle qui, en novembre 2011, avait fait barrage à l’enquête.

L’Elysée est soupçonné d’avoir commandé un pléthore d’études d’opinion à des sociétés dont les dirigeants sont des proches du chef de l’Etat sans être passé par un appel d’offre public. Après la publication d’un rapport de la Cour des comptes épinglant des cas de surfacturation, la cour d’appel de Paris s’était opposée, en novembre 2011, à ce qu’un juge d’instruction enquête sur le contrat, sans mise en concurrence, conclu en 2007 entre l’Elysée et Publifact pour la réalisation de sondages.

L’affaire a pris une nouvelle tournure en avril 2012 après les révélations du militant écologiste Raymond Avrillier, qui a obtenu du tribunal administratif copie d’une partie des très nombreux sondages commandés par l’Elysée. Or, « 264 sondages pour un montant de 6,35 millions d’euros ont été commandés par la présidence de la République entre juin 2007 et juillet 2009 dont certains ont été clairement utilisés par l’UMP notamment en vue de l’élection présidentielle de 2012 », a-t-il annoncé.

François Hollande a pour sa part annoncé que l’Elysée ne commanderait plus de sondages et s’appuierait sur ceux publiés dans la presse.

CE QU’IL EN DIT: Nicolas Sarkozy ne s’est jamais exprimé directement sur la question.

CE QU’IL RISQUE: Le délit de favoritisme est puni de deux ans d’emprisonnement et de 30.000 euros d’amende par l’article 432-14 du code pénal, rappelle l’association Anticor, qui a porté plainte. Mais si certains bons de commande pouvaient venir à manquer, Encore faut-il prouver la responsabilité du président dans l’affaire.

LE CAS DE L’APPARTEMENT DE L’ÎLE DE LA JATTE

Loin des soupçons de financement illégal, l’affaire dite de l’Île de la Jatte est un dossier purement privé. Fin mars 2012, le site d’investigation Mediapart a mis en doute la légalité de l’achat par Nicolas Sarkozy en 1996 d’un appartement de 216 m² en duplex sur l’île de la Jatte, quartier cossu de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine).
Pour acquérir cet appartement, l’ex-maire de Neuilly affirme avoir contracté plusieurs emprunts, dont un de 3 millions de francs auprès de l’Assemblée nationale qui proposait alors des taux très avantageux (2% pendant cinq ans, puis 0%). Problème: Mediapart avait obtenu confirmation auprès de l’Assemblée nationale qu’un député ne pouvait emprunter plus de 196.000 euros (soit 1,183 million de francs). Où l’ancien président a-t-il trouvé les 2 millions de francs manquants? Interrogé pendant sa campagne de 2012, Nicolas Sarkozy avait botté en touche. Pour rappel, en 2007, une enquête préliminaire avait été ouverte à propos de l’appartement de Nicolas Sarkozy par le nouveau procureur des Hauts-de-Seine, Philippe Courroye, un proche du chef de l’Etat. Elle avait été classée sans suite.

Le titre est de nous

Source: http://quebec.huffingtonpost.ca/2012/06/14/nicolas-sarkozy-redevient-justiciable_n_1598140.html

L’AFFAIRE IVOIRIENNE

La nuit du 11 avril 2011, pour installer son ami personnel, Dramane Ouattara, à la présidence de la République de Côte d’Ivoire, Nicolas Sarkozy ordonna aux troupes françaises de la Force Licorne de bombarder le palais de la présidence ivoirienne et de massacrer des milliers de civils qui y campaient en soutien au président Laurent Gbagbo. Pour Sarkozy, ces ivoiriens aux mains nues, hommes, femmes, et enfants, constituaient un accessoire dont il fallait se débarrasser pour une cause plus noble : celle de placer son ami Dramane Ouattara  à la tête de la Côte d’Ivoire.

These are the Ivorian Victims of Sarkozy’s Bombardment of Abidjan on April 11, 2011. These are the crimes that Ocampo and his Plantation Court would rather sweep under the rug, M. Frindéthié

On April 11, 2011, Sarkozy ordered French military helicopters to massacre protesters in Abidjan, Cote d’Ivoire

On the night of April 11, 2011, hundreds of Ivorian youths camped in front of the presidential palace in Abidjan to prevent France’s arrest of President Gbagbo. Sarkozy ordered the helicopters of the French army to shoot down at these unarmed civilians. Sarkozy’s massacre of hundreds of Ivorian youths did not cause the slightest shudder in the world of those who like to think of themselves as « the chosen people of God. » These massacred civilians were just collateral victims of Sarkozy’s quest for the Ivorian geological and agricultural resources (Cote d’Ivoire is the world’s major cocoa producer, the world’s 3rd coffee producer, a major producer of tropical timber, fruit cotton. the country is  rich with oil, natural gas, gold, diamond, manganese, bauxite, and many other resources). Two days after this slaughter, while the victims’ families were still mourning, French soldiers were busy loading French ships with Ivorian cocoa and coffee at the port of Abidjan. A few weeks later, Sarkozy’s puppet president, Alassane Dramane Ouattara, was being sworn in office in a display of insolent pageantry. Sarkozy’s carnage in Abidjan is just an epiphenomenon upon which the Plantation Court pompously named International Criminal Court can shed no tears. Sarkozy will never appear at any court for his crimes. He is a member of the « chosen people of God. »

Qu’est-ce que le franc CFA ? (publié sur ce site le 26 novembre 2011)

22 novembre 2011

 Gary K. Busch, traduction de Martial Frindéthié

 

 Qu’est-ce que le franc CFA ?

Il y a en réalité deux sortes de franc CFA en circulation. Le premier CFA est celui de l’Union économique et monétaire ouest africaine, l’UEMOA, qui regroupe 8 pays d’Afrique de l’ouest (le Bénin, le Burkina Faso, la Guinée Bissau, la Côte d’Ivoire, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo). Le deuxième CFA est celui de la Communauté économique et monétaire des états d’Afrique centrale, le CEMAC, qui regroupe le Cameroun, le Centrafrique, le Tchad, le Congo-Brazza, la Guinée équatoriale, et le Gabon). Cette division correspond à la division coloniale de l’Afrique francophone en une AOF (Afrique occidentale française) et une  AEF (Afrique occidentale française), à l’exception de la Guinée-Bissau initialement portugaise, et de la Guinée équatoriale espagnole.

 Chacun de ces deux groupes émet son propre franc CFA. Le Franc de l’UEMOA est issu de la  BCEAO (Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest) et celui de la CEMAC CFA est émis par la BEAC (Banque des Etats de l’Afrique Centrale). Ces monnaies étaient cotées à 100 francs CFA pour 1 franc français; et lorsque la France adopta l’euro au taux fixe de 6,65957, le CFA fut arrimé à l’euro à raison de 665,957 francs CFA pour 1 euro, afin de garder le taux de 100 pour 1. Le projet en cours est de coter le CFA à l’euro au taux de change de 1000 francs CFA pour 1 euro ; ce qui revient à une réduction d’environ 50% de la valeur du franc CFA.

Qui est responsable du CFA ?

La politique monétaire qui gouverne cette diversité de pays n’est en fait pas très compliquée, car elle est formulée par le Trésor français, sans l’avis des autorités des banques centrales de l’UEMOA et de la CEMAC. Selon les clauses de l’accord qui a établi ces banques et le CFA, la banque centrale de chaque pays membre  a obligation de déposer au moins 65% de sa réserve de change dans un « compte d’opérations » logé au Trésor français, plus 20%  pour couvrir d’éventuels passifs.

 Les banques centrales de la zone CFA imposent aussi à chaque pays membre un plafond sur le crédit, l’équivalent de 20% des recettes de l’Etat de l’année précédente. Bien que la BEAC et la BCEAO aient des découverts au Trésor français, tout retrait sur ces fonds doit être obligatoirement approuvé par le Trésor français. La décision finale revient au Trésor français, qui investit ces réserves à la Bourse de Paris à son propre compte.

 En un mot, plus de 85%  des réserves de change de ces pays africains sont déposés dans des « comptes d’opérations » contrôlés par le Trésor français. Les deux banques de la zone CFA ne sont africaines qu’en théorie. Elles ne formulent aucune politique monétaire. Les pays de la zone CFA ne savent ni ne sont informés du montant de ces réserves déposées au Trésor français qui leur appartient collectivement ou individuellement. Les bénéfices rapportés par l’investissement des réserves africaines devraient en principe être reversés dans ces réserves en tant que propriétés des pays de la zone franc. Ce n’est pas le cas. Aucun rapport comptable n’est fourni ni aux banques centrales ni aux pays membres de la zone CFA sur les investissements de leurs réserves. Le club restreint de hauts fonctionnaires du Trésor français qui connaissent le montant des réserves et savent ce qu’elles rapportent en investissements est tenu au strict secret professionnel. Ces fonctionnaires ne peuvent en parler ni aux autorités des banques centrales ni à celles des pays membres de la zone CFA.

 De ce fait, les pays africains membres de la zone CFA ne peuvent pas formuler leurs propres politiques monétaires. Ce qui fait que les pays les plus inefficients et gaspilleurs peuvent utiliser à loisir les réserves de change des pays les plus efficients et fiscalement prudents sans que ces derniers ne puissent intervenir de façon significative. La convertibilité du franc CFA en franc français se fait par des agents intermédiaires certifiés rémunérés par les découverts des banques centrales.

 Généralement, trois artifices principaux on été utilisés par les deux banques centrales opérant sur instruction du Trésor français pour contrôler la croissance monétaire dans la zone CFA :

1)      Les banques centrales font payer des intérêts sur les opérations de découverts bancaires aussi bien que sur les avoirs en compte.

2)      Lorsque le solde des comptes d’opération d’une banque centrale tombe en deçà d’un seuil donné, la banque doit réduire l’expansion du crédit en augmentant généralement le coût de réactualisation ou d’émission de billets de trésorerie ou en limitant l’accès des pays membres aux services de réactualisation.

3)      Les crédits accordés au secteur public de chaque Etat membre ne peuvent excéder 20%  de ses recettes fiscales de l’année précédente.         

         Cependant, ce contrôle strict opéré par le Trésor français sur les liquidités et les réserves des états d’Afrique francophone n’est qu’un aspect du problème. La création et le maintien de la domination française sur les économies des états francophones d’Afrique est le produit de la longue colonisation française et l’apprentissage de la dépendance des états francophones africains.

 Les banques centrales des pays d’Afrique francophone ont un pouvoir très limité. Ce sont des économies vulnérables aux caprices du marché  mondial. Il ne peut y avoir de commerce sans monnaie ; il ne peut y avoir d’investissements sans réserves. Les politiciens et les partis élus pour promouvoir le développement, la réforme, les changements de politiques commerciales et fiscales ne sont opérants qu’avec le consentement du Trésor français, qui rationne leurs fonds. Certains Africains s’opposent à la perpétuation de ce système. Le président Abdoulaye Wade du Sénégal l’a fait savoir en ces termes : « l’argent du peuple africain bloqué en France doit être retourné à l’Afrique pour  permettre l’essor des économies des états de la BCEAO. Nous ne pouvons pas avoir des milliards dans les marchés boursiers étrangers et être traités comme des mendiants qui doivent faire la manche ».

 Comment en est-on arrivé là ?

La colonisation au sud du Sahara ne s’est pas opérée comme le souhaitait de Gaulle. De Gaulle voulait d’une communauté franco-africaine plutôt que l’indépendance totale pour l’Afrique. Cependant, lorsqu’au référendum de 1958 Sékou Touré lui opposa un « non », le projet de de Gaulle se brisa. La France dut se résigner à accorder l’indépendance à ses ex-colonies en 1960 après une punition exemplaire à la Guinée. Cependant, cette indépendance se gagnerait au prix d’un contrôle strict et continu sur les économies des anciennes colonies. Cet accord, c’était le Pacte Coloniale.

 Par cet accord, les colonies amarraient leur sort économique et militaire à la France. Le pacte créa le CFA et des mécanismes légaux pour assurer à la France une place privilégiée dans la vie politique et économique de ses ex-colonies. Jacques Foccart, le conseiller aux affaires africaines de de Gaulle et co-fondateur, avec Charles Pasqua, du Service d’Action Civique gaulliste, en était le concepteur.

 Le Pacte Colonial assurait une place préférentielle à la France dans la vie politique, économique et militaire des anciennes colonies françaises. Au plan militaire, deux types de contacts furent conçus : la coopération militaire et l’aide technique militaire pour lesquelles personne n’était tenu par la loi, et qui pouvaient être suspendues selon les circonstances. Cette coopération couvrait l’éducation et l’entrainement de soldats et de forces de sécurité africains. Le second type de coopération, plus secret, et qui avait force de loi, était un ensemble d’accords de défense supervisés et mis en place par le ministère français de la défense ; cette coopération offrait une base légale à l’intervention française. Ces accords permirent à la France de positionner des  troupes permanentes et rotatives  dans des bases militaires gérées entièrement par la France en Afrique ; Foccart fit signer aux chefs d’état africains des lettres non datées demandant l’intervention de la France à tout moment.

 Selon l’annexe 2 de l’accord de défense, la France a la priorité sur tout autre acquéreur dans l’acquisition de matières premières africaines dites « stratégiques ». En fait, selon l’annexe 2, le gouvernement français informe régulièrement les Africains de sa politique concernant les matières premières stratégiques selon les besoin de la défense, de l’évolution des ressources et de la situation du marché mondial.

 Selon l’article 3, les gouvernements africains sont tenus d’informer la France sur les mesures qu’ils entendent prendre concernant les produits et matières premières stratégiques. Pour conclure, l’article 5 relatif à ces produits statue que les pays africains doivent les vendre à la France d’abord, après avoir satisfait les besoins de la consommation locale, et que les pays africains doivent importer les produits dont ils ont besoin de la France en premier lieu. La réciprocité entre les signataires n’impliquait pas un accord d’égaux. Elle reflétait la dominance du pouvoir colonial qui avait organisé les indépendances des pays africains quelques mois auparavant. Tout était réservé à la France d’abord. La France était le premier choix pour l’importation, et des conseillers français étaient placés dans les ministères aux côtés de ministres africains.

 En résumé, le Pacte Colonial maintint la domination de la France sur les économies de ses ex-colonies ; la France s’octroya les réserves de change de l’Afrique francophone. Elle prit le contrôle de ses matières premières ; elle positionna ses troupes dans les pays francophones pour s’assurer un passage libre ; elle ordonna que tous les équipements militaires soient acquis en France ; elle s’accapara de l’entrainement de la police et de l’armée ; elle insista que les entreprises françaises aient le monopole en Afrique francophone dans les secteurs clés (eau, électricité, ports, transport, énergie). La France imposa des limites sur l’importation d’une variété de produits en dehors de la zone-franc ; mais elle imposa aussi un minimum d’importation de la France. Ces traités sont encore opérationnels aujourd’hui.

 L’impact du Pacte Coloniale

Les conséquences de la continuation de la politique de dépendance de l’Afrique sont tangibles. Ce sont le manque d’option de compétitivité, la dépendance de l’Afrique par rapport à  l’économie française, la dépendance à l’armée française, et la grande ouverture faite aux entreprises françaises privées. Certaines différences sont beaucoup plus subtiles.

 Les compagnies françaises opérant en Afrique francophone, en fonction de leur pouvoir sécurisé de monopole et d’oligarchie, ont un apport substantiel dans le PIB des pays africains. Elles sont souvent les seules grandes pourvoyeuses de recettes fiscales. Dans de nombreux pays, les compagnies françaises paient 50% des taxes ; ce qui leur donne un statut unique. Ainsi il n’est pas rare d’entendre les Français déclarer que sans les compagnies françaises, les économies des pays africains s’écrouleraient. Lorsqu’en plus de ce fait les pays africains ont du mal à accéder à leurs réserves, l’évidence de la dépendance de l’Afrique devient alarmante. Cependant, cela n’exclut pas la participation d’autres opérateurs économiques tels la Chine, ou les Etats-Unis. C’est l’éventualité de cette compétition qui rend la France si fébrile.

 50 ans après les indépendances africaines, la France continue de contrôler la plupart des infrastructures africaines, et continue de mélanger ses réserves de change à celles des 14 pays africains de la zone CFA. Les compagnies aériennes, la téléphonie, l’électricité, l’eau et les grandes banques sont contrôlées par la France. Les accords de coopération signés après les indépendances par le président Houphouët et le premier ministre français d’alors, Michel Debré, sont toujours théoriquement applicables. La France maintient une poigne de fer sur la monnaie et le commerce ivoiriens ; ce qui tue toute initiative nationale d’indépendance.

 Cette position privilégiée de la France est documentée dans un rapport de la Commission des Nations Unies : « Les témoignages recueillis montrent que la loi de 1998 sur le foncier rural est liée à la position dominante que la France et les intérêts français occupent en Côte d’Ivoire.

Selon ces sources, les Français possèdent 45% des terres ; curieusement, les immeubles de la Présidence de la République et de l’Assemblée nationale sont loués de la France. Les intérêts français contrôlent les secteurs de l’eau et de l’électricité ». Le rapport n’effleure que très superficiellement l’influence de la France en Côte d’Ivoire. Voici ci-dessous quelques uns des opérateurs français influents dans le pays :

 Bolloré, leader du transport maritime français et opérateur principal du transport maritime en Côte d’Ivoire, en compagnie de Saga, SDV et Delmas, contrôle le port d’Abidjan, le pus grand port maritime en Afrique de l’ouest. Bolloré contrôle la régie ferroviaire Abidjan-Burkina (Sitarail). Bien qu’il se soit retiré récemment du commerce du cacao, il conserve toujours sa position de leader dans le tabac et le caoutchouc. Bouygues, leader dans les travaux publics a le monopole des grands travaux ; sans oublier Colas, troisième compagnie française de travaux publics. A travers la privatisation, Bouygues a aussi obtenu des concessions supplémentaires dans l’eau et l’électricité. Il est aussi présent dans l’exploitation du pétrole ivoirien. Total, la plus grande compagnie pétrolière française, détient un quart des actions de la Société ivoirienne de raffinage (première compagnie ivoirienne). Total est propriétaire de 160 stations d’essence et contrôle la provision de bitume. France Telecom, la 7e compagnie française et leader de l’industrie des télécommunications, est la principale actionnaire de Côte d’Ivoire Telecom avec 85% du capital. Ce secteur lui fut offert dans le cadre de la privatisation des entreprises. Dans le secteur des banques et des assurances, on note les activités de la Société Générale, 6e banque en France, regroupant 55 branches en Côte d’Ivoire, aussi bien que celles du Crédit Lyonnais et de BNP-Paribas. AXA, la 2e compagnie française et leader de l’assurance est présente en Côte d’Ivoire depuis l’ère coloniale. La compagnie française la plus vieille en Cote d’Ivoire est la CFAO-CI. Elle opère dans de nombreux secteurs (automobiles, pharmacie, nouvelles technologies, etc.). Pendant très longtemps, la CFAO avait le monopole des exportations et de la vente au détail. La CFAO n’a jamais connu une année déficitaire depuis sa création en 1887. Elle fut acquise récemment par le groupe Pinault-Printemps-La Redoute. Il y a aussi à signaler la présence du « boss des boss français d’antan », le baron Ernest Seilleres, à travers Technip (usine du secteur pétrolier) et Bivac (qui a récemment installé un nouveau scanner au port d’Abidjan).

 La grande  présence du capital français est l’évidence de la profitabilité de la Côte d’Ivoire. Bien que les investissements directs français ne constituent que de 3,5 milliards d’euros, les compagnies d’état acquises par la France leur ont été offertes à des prix imbattables. Les bénéfices que génèrent ces compagnies à la France sont d’une immensité vertigineuse. En dépit de la fuite de certaines compagnies françaises au cours de l’attaque rebelle contre la Côte d’Ivoire, le Business français est vite revenu dans le pays, et a même recouvré son importance d’antan. En fait, l’un des premiers gestes de Ouattara après que la France l’a imposé comme président fut de payer des millions d’euros de compensation aux entreprises françaises qui avaient fui la Côte d’Ivoire par peur de représailles après le massacre des civils ivoiriens par l’armée française le 20 novembre 2004.

 Le vrai challenge du business français vint avec l’élection de Laurent Gbagbo comme président de Côte d’Ivoire. Sa décision de revoir les termes du Pacte Colonial et son intention de faire partir les troupes françaises et onusiennes de son pays sont les raisons pour lesquelles la France causa sa chute et son incarcération.

 Pourquoi la dévaluation du CFA ?

La France n’a plus d’argent. Elle n’a que d’énormes dettes publiques et bancaires. Elle est la plus exposée aux faillites grecques et italiennes, entre autres, et vient de s’embarquer sur un nouveau plan d’austérité. Elle est sur le point de perdre son Triple A, ce qui va conduire les banques privées à accepter de pardonner une partie de la dette européenne. Les grandes dépenses occasionnées dans la poursuite de la guerre contre la Libye ont ruiné la France. La seule raison pour laquelle la France a encore la tête hors de l’eau est la présence des vastes réserves africaines dans les caisses du Trésor français depuis 1960. La grande partie de cette somme est détenue sous forme d’actions au nom du Trésor français ; ce qui a permis de compenser de façon très substantielle la perte de crédibilité des finances françaises.

 Les pays francophone d’Afrique se sont progressivement habitués à l’idée qu’ils ne reverront plus jamais leurs avoirs accumulés depuis des années, que la France entend utiliser comme sa contribution à l’effort de sauvetage de l’euro. Le président Wade du Sénégal a encore demandé qu’une comptabilité soit faite sur les réserves africaines. Jusque là aucune réponse ne lui est venue. Ouattara de la Côte d’Ivoire et Denis Sassou Nguesso du Congo-Brazzaville ont été informés qu’une dévaluation sera nécessaire, et ils ont été délégués pour relayer l’information à leurs homologues. Les économistes sont unanimes que si cette dévaluation a lieu, 40% des ressources africaines seront utilisées comme bouée de sauvetage pour le Trésor français.

 Cela aura des conséquences désastreuses pour l’Afrique. La dernière fois qu’une mesure de dévaluation fut prise, l’Afrique francophone en souffrit énormément. Bien sûr, les présidents africains et leurs proches ne connurent pas la galère du peuple. La dévaluation est avantageuse lorsque l’on a des produits à exporter, car les produits bon marché attirent les acheteurs. Cependant, la plupart des produits que l’Afrique exporte sont des matières premières et du pétrole. Leurs produits manufacturés, leurs services, tous leurs produits invisibles leur viennent pratiquement de la France ou par le biais de la France. Les denrées alimentaires sont en grande partie importées d’ailleurs, et leurs coûts de transport ne cessent de grimper chaque jour. Cette année, des signes d’inflation ce sont fait voir. La zone monétaire oust africaine a connu une inflation accélérée de 3,9% à 4,1% de décembre à janvier. Cette inflation dans la zone CFA était due principalement au coût élevé de la nourriture, du transport, du logement et de la communication. L’augmentation des coûts était en moyenne de 1,4% en 2010, alors qu’elle n’était que de 0,4% l’année précédente. Les coûts élevés du carburant et de la nourriture ont conduit à cette augmentation des prix.

 L’un des pays qui fut le plus frappé par la dévaluation était la Côte d’Ivoire. La dévaluation impliquait la signature d’un accord d’ajustement structurel avec le FMI et la Banque mondiale, un accord qui imposait des mesures draconiennes au gouvernement afin de redresser l’économie. Ce redressement n’eut jamais lieu. Au contraire.

 La pluie de milliards (le volume exceptionnel de crédits) encouragea la mauvaise gouvernance dans le pays. L’homme aux commandes de ce désastre était Alassane Ouattara. Pendant que Ouattara s’attelait à enrichir les finances des pays étrangers, la Côte d’Ivoire elle s’enfonçait de plus en plus profondément dans la pauvreté. C’est la mise en œuvre des projets financés par l’Union Européenne et la pesanteur des crédits liés à la suspension des dettes contractées au nom des institutions internationales qui ont poussé ces institutions à se désolidariser de la Côte d’Ivoire en 1998.

 Non seulement les projets d’Alassane Ouattara jetèrent la majorité des Ivoiriens dans la pauvreté, mais ils contribuèrent aussi à délocaliser les avoirs des Ivoiriens juste avant la dévaluation, à travers des banques ghanéennes, exercées dans la convertibilité du franc CFA en dollar, doublant ainsi les mises. Entre le 10 janvier et le 11 janvier seulement, 1 milliard de francs CFA furent convertis en dollars. Le taux de dévaluation qui prit effet le 12 janvier permit aux spéculateurs de racheter 2 milliards de francs CFA le 13 janvier. L’explosion de la pauvreté et l’expansion considérable d’une économie occulte sont les plaies ouvertes à la désétatisation, la caducité du rôle du gouvernement. L’irresponsabilité gouvernementale de Ouattara conduisit à une politique ultra libérale qui fit du gouvernement ivoirien un grand absent. Cette situation pesante sur l’économie du pays fut aggravée par le coup d’état militaire de décembre 1999 (alors que Ouattara finissait son mandat au FMI en novembre 1999). Le coup d’état le conduisit finalement au pouvoir, mais il avait sous-loué le leadership, se contentant de faire des transactions dans le diamant et le cacao, ressources naturelles de la Côte d’Ivoire, qu’il menait de sa base retirée du Burkina Faso, via Genève pour le diamant, et via les bateaux de Lomé pour le cacao.

 Le pays sombra. Le taux de croissance battit les records les plus bas. En 2000 les chiffres étaient pour la première fois dans l’histoire du pays négatifs : -2%. La crise de 2002 aggrava davantage la situation. Elle fut préparée à Paris, instiguée par Ouattara et ses amis, Dominique de Villepin et Jacques Chirac. La rébellion qu’ils instrumentalisèrent fut néanmoins contenue par Gbagbo; mais ils ne baissèrent jamais les bras, et finirent par avoir raison de Gbagbo avec le tout dernier bombardement d’Abidjan par les hélicos et les tanks français. A l’approche militaire, il y avait aussi une approche politique parallèle avec l’organisation d’élections truquées à l’avantage de Ouattara. Henri Konan Bédié, le successeur du président Houphouët, se fit finalement complice de la manipulation.

 Alassane Ouattara est incontestablement responsable de la crise économique et financière de la Côte d’Ivoire. La question est de savoir si pendant la dévaluation Ouattara se conduira comme un citoyen ivoirien soucieux du devenir de la Côte d’Ivoire ou s’il continuera à être un sous-préfet noir de la France, soucieux des intérêts de ses maîtres.  

 Le prix de la dévaluation sera la stagnation et l’augmentation du chômage. Ce qui pèsera de tout son poids sur la stabilité nationale et la croissance. S’il est vrai que les personnes au chômage sont prêtes à accepter les emplois les plus abjects, il n’en est pas moins vrai que les conséquences économiques de la dévaluation seront épouvantables. En économie, la loi d’Okun stipule que pour chaque 1% d’augmentation du taux de chômage, le PIB du pays concerné sera d’environ -2% de son potentiel. Les pays africains fragiles auront du mal à formuler des politiques économiques pour compenser leurs pertes.

Bien que le problème soit plus sérieux pour la Côte d’Ivoire, qui pendant la dernière dévaluation contribuait pour 60%  des réserves de change de la zone CFA déposées au Trésor français, il n’en est pas moins sérieux pour les autres états. En dépit de la pauvreté que la dévaluation apportera indubitablement dans la région, très peu de présidents africains sont prêts à renoncer au Pacte Colonial et mettre fin à l’emprise néocoloniale de la France sur les états africains. La France a mordu plus gros qu’elle ne pouvait avaler et a occasionné sa propre faillite. Pourquoi revient-il aux pays africains de la sortir du pétrin dans lequel elle se trouve par sa propre stupidité ?

On s’en souvient!!! Le Gouvernement Ouattara aux Ivoiriens en détresse : « Soyez patients ; attendez que nous soyons un Pays Pauvre Très Endetté (PPTE) » (Publié le 11 avril 2012), M. Frindéthié

Soyez patients ; nous trouverons solution à tous vos problèmes lorsque nous serons reconnus par les institutions de Bretton Woods comme un pays pauvre très endetté. Voici la réponse que le régime de Ouattara, à travers son ministre de la santé, le Pr. N’Dri Yoman, offrait au professionnels de la santé à l’issue d’une réunion que ceux-ci avaient eue avec M. Ahoussou Jeannot dans le cadre de revendications syndicales. Voici là une façon très peu orthodoxe de répondre aux attentes des populations. Faut-il s’en étonner ? Pas du tout, surtout dans un pays ou le bizarre, le biscornu, le loufoque, a été érigé en règle d’or.

Alassane Dramane Ouattara supplie les Ivoiriens qui ploient sous le fardeau de la maladie, de la cherté de la vie, du licenciement, du chômage, de l’insécurité, du délestage, du manque d’eau, d’attendre que le pays soit bien plus pauvre qu’il ne l’est déjà afin de remédier leurs souffrances. Ahurissant !

N’est-ce pas Alassane Dramane Ouattara qui, pendant la campagne présidentielle, se vantait d’avoir sorti 15 pays de la misère lorsqu’il travaillait au FMI ? N’est-ce pas lui qui promettait de transformer la Côte d’Ivoire en un eldorado en 6 mois ? N’est-ce pas lui qui promettait aux Ivoiriens un déluge de milliards ? N’est-ce pas lui que les griots de la dictature glorifiaient d’être un Surhomme au carnet d’adresses exceptionnel ?

Ainsi donc les sceptiques avaient-il raison ? Ouattara n’est-il en fin de compte qu’un falsificateur, un brouteur, un arnaqueur dont les promesses ne valent même pas le papier sur lequel elles sont griffonnées ? Tout porte à le croire

On s’en souvient!!! PPTE, 3 ans après les promesses sont restées vains mots (publié le 25 mars 2015), M. Frindéthié

Soyez patients ; nous trouverons solution à tous vos problèmes lorsque nous serons reconnus par les institutions de Bretton Woods comme un pays pauvre très endetté. Voici la réponse que le régime de Ouattara, à travers son ministre de la santé, le Pr. N’Dri Yoman, offrait au professionnels de la santé à l’issue d’une réunion que ceux-ci avaient eue avec M. Ahoussou Jeannot dans le cadre de revendications syndicales en avril 2012. Voici là une façon très peu orthodoxe de répondre aux attentes des populations. Faut-il s’en étonner ? Pas du tout, surtout dans un pays ou le bizarre, le biscornu, le loufoque, ont été érigés en règle d’or.

Alassane Dramane Ouattara suppliait les Ivoiriens qui ployaient sous le fardeau de la maladie, de la cherté de la vie, du licenciement, du chômage, de l’insécurité, du délestage, du manque d’eau, d’attendre que le pays soit bien plus pauvre qu’il ne l’était déjà afin de remédier leurs souffrances. Ahurissant ! Et voilà 3 ans que le statut de PPTE fut accordé à la Côte d’Ivoire; et les Ivoiriens attendent toujours que les promesses se transforment en réalités.

N’est-ce pas Dramane Ouattara qui, pendant la campagne présidentielle, se vantait d’avoir sorti 15 pays de la misère lorsqu’il travaillait au FMI ? N’est-ce pas lui qui promettait de transformer la Côte d’Ivoire en un eldorado en 6 mois ? N’est-ce pas lui qui promettait aux Ivoiriens un déluge de milliards ? N’est-ce pas lui que les griots de la dictature glorifiaient d’être un Surhomme au carnet d’adresses exceptionnel ?

Ainsi donc les sceptiques avaient-il raison ? Ouattara n’est-il en fin de compte qu’un falsificateur, un brouteur, un arnaqueur dont les promesses ne valent même pas le papier sur lequel elles sont griffonnées ? Tout porte à le croire. Trois ans après, le gouvernement des rattrapés s’étonne de « l’impatience » des étudiants et des travailleurs.

Côte d’Ivoire : Attention ! Poudrière Identitaire, M. Frindéthié

Depuis l’installation martiale d’Alassane Dramane Ouattara au Palais Présidentiel d’Abidjan par les troupes françaises, nous n’avons pas cessé d’interpeller le monde sur les dérives identitaires de son régime. Convaincu qu’il jouit d’une immunité internationale, Alassane Dramane Ouattara encourage personnellement une politique d’épurement ethnique qu’il théorise sans apologie aucune comme « politique de rattrapage ethnique ». Cette politique hitlérienne de purification déguisée en des termes si peu adroits – devrait-on s’en étonner ? – Ouattara la justifie de ce que, de tous les temps, les Nordistes auraient été mis en marge de la société ivoirienne. Ah ! Si mensonge avariait bouche !

Dans son application la moins monstrueuse, la « politique de rattrapage ethnique » de Ouattara consiste à épurer aussi bien les entreprises de l’Etat que les entreprises privées, les associations culturelles, les associations sportives et les organisations non gouvernementales des ressortissants des régions où le président Gbagbo a enregistré une majorité de votes pendant les dernières élections présidentielles, afin de les remplacer par des ressortissants du Nord, où Ouattara a enregistré des scores suspicieusement immesurés. Ainsi, des milliers de travailleurs sudistes sont-ils allés augmenter la pléthore de chômeurs occasionnée par la guerre importée de Ouattara, alors que des milliers de Nordistes les remplaçaient ou décrochaient des contrats publics sans en démontrer les compétences nécessaires.

Dans son application la plus barbare, la « politique de rattrapage ethnique » consiste à laisser faire l’escadron de la mort et les milices armées de Ouattara, de tourner le dos de l’indifférence pendant qu’ils assassinent et commettent des horreurs de toutes sortes sur les populations du Sud. Ainsi, ne se passe-t-il pas un seul jour sans que des civils non armés soient criblés  de balles dans le silence de l’impunité.

Aujourd’hui, la politique d’épurement ethnique de Ouattara semble avoir réussi à pousser la colère des souffre-douleurs à son paroxysme. Les nombreux foyers de tensions qui ont surgi ces derniers mois sont l’évidence que les populations du Sud ont décidé de ne plus se résigner à la mort que leur offre Ouattara. La Côte d’Ivoire est d’autant plus assise sur une poudrière identitaire que Ouattara n’a aucune intention de réviser sa politique ethnocentrique.

Pendant l’épuration nazie, alors que montaient des hauts fourneaux d’Auschwitz les fumées chargées d’effluves de souffrance, de nombreuses populations des villages environnants prétendaient ne rien sentir ni ne rien voir. Aujourd’hui aussi, en Côte d’Ivoire, nombreux sont ceux qui, bénéficiaires de la politique d’épuration ethnique de Ouattara, prétendent ne rien voir ni ne rien entendre … jusqu’au moment inévitable.

La libération nationale est toujours un phénomène violent, Fanon

Les damnés de la terre: De la violence

Plus qu’un écrivain, Franz Fanon (20 juillet 1925- 6 décembre 1961) est le maître à penser incontestable du courant tiers-mondiste dont il est l’un des fondateurs. Son livre Les Damnés de la Terre est un manifeste pour la lutte anticoloniale et l’émancipation du tiers-monde. Le texte qui suit est la première partie du chapitre I de ce livre, intitulé De la violence. L’auteur y montre que le processus de décolonisation ne peut aboutir s’il ne substitue pas le colonisé au colon. La violence qui préside à cette substitution est inéluctable.

Libération nationale, renaissance nationale, restitution de la nation au peuple, Commonwealth, quelles que soient les rubriques utilisées ou les formules nouvelles introduites, la décolonisation est toujours un phénomène violent. A quel­que niveau qu’on l’étudie : rencontres interindividuelles, appellations nouvelles des clubs sportifs, composition hu­maine des cocktails parties, de la police, de conseils d’admi­nistration des banques nationales ou privées, la décoloni­sation est très simplement le remplacement d’une « espèce » d’hommes par une autre « espèce » d’hommes. Sans tran­sition, il y a substitution totale, complète, absolue. Certes, on pourrait également montrer le surgissement d’une nou­velle nation, l’installation d’un État nouveau, ses relations diplomatiques, son orientation politique, économique. Mais nous avons précisément choisi de parler de cette sorte de table rase qui définit au départ toute décolonisation. Son importance inhabituelle est qu’elle constitue, dès le premier jour, la revendication minimum du colonisé. A vrai dire, la preuve du succès réside dans un panorama social changé de fond en comble. L’importance extraordinaire de ce chan­gement est qu’il est voulu, réclamé, exigé. La nécessité de ce changement existe à l’état brut, impétueux et contrai­gnant, dans la conscience et dans la vie des hommes et des femmes colonisés. Mais l’éventualité de ce changement est également vécue sous la forme d’un avenir terrifiant dans la conscience d’une autre « espèce » d’hommes et de fem­mes : les colons.

La décolonisation qui se propose de changer l’ordre du monde, est, on le voit, un programme de désordre absolu. Mais elle ne peut être le résultat dune opération magique, d’une secousse naturelle ou d’une entente à l’amiable. La décolonisation, on le sait, est un processus historique : c’est-à-dire qu’elle ne peut être comprise, qu’elle ne trouve son intelligibilité, ne devient translucide à elle-même que dans l’exacte mesure où l’on discerne le mouvement histori­cisant qui lui donne forme et contenu. La décolonisation est la rencontre de deux forces congénitalement antagonistes qui tirent précisément leur originalité de cette sorte de substantialisation que secrète et qu’alimente la situation coloniale. Leur première confrontation s’est déroulée sous le signe de la violence et leur cohabitation – plus précisément l’exploi­tation du colonisé par le colon- s’est poursuivie à grand renfort de baïonnettes et de canons. Le colon et le colonisé sont de vieilles connaissances. Et, de fait, le colon a raison quand il dit : «les » connaître. C’est le colon qui a fait et qui continue à faire le colonisé. Le colon tire sa vérité, c’est-à­-dire ses biens, du système colonial.

La décolonisation ne passe jamais inaperçue car elle porte sur l’être, elle modifie fondamentalement l’être, elle trans­forme des spectateurs écrasés d’inessentialité en acteurs privilégiés, saisis de façon quasi grandiose par le faisceau de l’histoire. Elle introduit dans l’être un rythme propre, ap­porté par les nouveaux hommes, un nouveau langage, une nouvelle humanité. La décolonisation est véritablement création d’hommes nouveaux. Mais cette création ne reçoit sa légitimité d’aucune puissance surnaturelle: la « chose » colonisée devient homme dans le processus même par lequel elle se libère.

Dans décolonisation, il y a donc exigence d’une remise en question intégrale de la situation coloniale. Sa définition peut, si on veut la décrire avec précision, tenir dans la phrase bien connue: « Les derniers seront les premiers. » La décolonisation est la vérification de cette phrase. C’est pourquoi sur le plan de la description, toute décolonisation est une réussite

Présentée dans sa nudité, la décolonisation laisse deviner à travers tous ses pores, des boulets rouges, des couteaux sanglants. Car si les derniers doivent être les premiers, ce ne peut être qu’à la suite d’un affrontement décisif et meurtrier des deux protagonistes. Cette volonté affirmée de faire re­monter les derniers en tête de file, de les faire grimper à une cadence (trop rapide, disent certains) les fameux échelons qui définissent une société organisée, ne peut triompher que si on jette dans la balance tous les moyens, y compris, bien sûr, la violence.

On ne désorganise pas une société aussi primitive soit-­elle, avec un tel programme si l’on n’est pas décidé dès le début, c’est-à-dire dès la formulation même de ce pro­gramme, à briser tous les obstacles qu’on rencontrera sur sa route. Le colonisé qui décide de réaliser ce programme, de s’en faire le moteur, est préparé de tout temps à la vio­lence. Dès sa naissance il est clair pour lui que ce monde rétréci, semé d’interdictions, ne peut être remis en question que par la violence absolue.

Le monde colonial est un monde compartimenté. Sans doute est-il superflu, sur le plan de la description, de rap­peler l’existence de villes indigènes et de villes européennes, d’écoles pour indigènes et d’écoles pour Européens, comme il est superflu de rappeler l’apartheid en Afrique du Sud. Pourtant, si nous pénétrons dans l’intimité de cette compar­timentation, nous aurons au moins le bénéfice de mettre en évidence quelques-unes des lignes de force qu’elle comporte. Cette approche du monde colonial, de son arrangement, de sa disposition géographique va nous permettre de délimiter les arêtes à partir desquelles se réorganisera la société déco­lonisée.

Le monde colonisé est un monde coupé en deux. La ligne de partage, la frontière en est indiquée par les casernes et les postes de police. Aux colonies, l’interlocuteur valable et institutionnel du colonisé, le porte-parole du colon et du ré­gime d’oppression est le gendarme ou le soldat. Dans les so­ciétés de type capitaliste, l’enseignement religieux ou laïque, la formation de réflexes moraux transmissibles de père en fils, l’honnêteté exemplaire d’ouvriers décorés après cin­quante années de bons et loyaux services, l’amour encou­ragé de l’harmonie et de la sagesse, ces formes esthétiques du respect de l’ordre établi, créent autour de l’exploité une atmosphère de soumission et d’inhibition qui allège considé­rablement la tâche des forces de l’ordre. Dans les pays capitalistes, entre l’exploité et le pouvoir s’interposent une multitude de professeurs de morale, de conseillers, de «déso­rientateurs». Dans les régions coloniales, par contre, le gendarme et le soldat, par leur présence immédiate, leurs interventions directes et fréquentes, maintiennent le contact avec le colonisé et lui conseillent, à coups de crosse ou de napalm, de ne pas bouger. On le voit, l’intermédiaire du pouvoir utilise un langage de pure violence. L’intermédiaire n’allège pas l’oppression, ne voile pas la domination. Il les expose, les manifeste avec la bonne conscience des forces de l’ordre. L’intermédiaire porte la violence dans les mai­sons et dans les cerveaux du colonisé.

La zone habitée par les colonisés n’est pas complémentaire de la zone habitée par les colons. Ces deux zones s’opposent, mais non au service d’une unité supérieure. Régies par une logique purement aristotélicienne, elles obéis­sent au principe d’exclusion réciproque : il n’y a pas de conciliation possible, l’un des termes est de trop. La ville du colon est une ville en dur, toute de pierre et de fer. C’est une ville illuminée, asphaltée, où les poubelles regorgent toujours de restes inconnus, jamais vus, même pas rêvés. Les pieds du colon ne sont jamais aperçus, sauf peut-être dans la mer, mais on n’est jamais assez proche d’eux. Des pieds protégés par des chaussures solides alors que les rues de leur ville sont nettes, lisses, sans trous, sans cailloux. La ville du colon est une ville repue, paresseuse; son ventre est plein de bonnes choses à l’état permanent. La ville du colon est une ville de Blancs, d’étrangers.

La vile du colonisé, ou du moins la ville indigène, le vil­lage nègre, la médina, la réserve est un lieu malfamé, peu­ple d’hommes malfamés. On y naît n’importe où, n’importe comment. On y meurt n’importe où, de n’importe quoi. C’est un monde sans intervalles, les hommes y sont les uns sur les autres, les cases les unes sur les autres. La ville du colonisé est une ville affamée, affamée de pain, de viande, de chaussures, de charbon, de lumière. La ville du colonisé est une ville accroupie, une vile à genoux, une ville vau­trée. C’est une vile de nègres, une ville de bicots. Le regard que le colonisé jette sur la ville du colon est un regard de luxure, un regard d’envie. Rêves de possessions. Tous les modes de possession : s’asseoir à la table du colon, coucher dans le lit du colon, avec sa femme si possible. Le colonisé est un envieux. Le colon ne l’ignore pas qui, surprenant son regard à la dérive, constate amèrement mais toujours sur le qui-vive : « Ils veulent prendre notre place. » C’est vrai, il n’y a pas un colonisé qui ne rêve au moins une fois par jour de s’installer à la place du colon.

Ce monde compartimenté, ce monde coupé en deux est habité par des espèces différentes. L’originalité du contexte colonial c’est que les réalités économiques, les inégalités, l’énorme différence des modes de vie, ne parviennent jamais a masquer les réalités humaines. Quand on aperçoit dans son immédiateté le contexte colonial, il est patent que ce qui morcelle le monde c’est d’abord le fait d’appartenir ou non à telle espèce, à telle race. Aux colonies, l’infrastructure économique est également une superstructure. La cause est conséquence : on est riche parce que blanc, on est blanc parce que riche. C’est pourquoi les analyses marxistes doivent être toujours légèrement distendues chaque fois qu’on aborde le problème colonial. Il n’y a pas jusqu’au concept de société pré-capitaliste, bien étudié par Marx, qui ne demanderait ici a être repensé. Le serf est d’une essence autre que le chevalier, mais une référence au droit divin est nécessaire pour légitimer cette différence statutaire. Aux colonies, l’étranger venu d’ailleurs s’est imposé à l’aide de ses canons et de ses machines. En dépit de la domestication réussie, malgré l’appropriation, le colon reste toujours un étranger. Ce ne sont ni les usines, ni les propriétés, ni le compte en banque qui caractérisent d’abord « la classe dirigeante ». L’espèce dirigeante est d’abord celle qui vient d’ailleurs, celle qui ne ressemble pas aux autochtones, « les autres ».

La violence qui a présidé à l’arrangement du monde colo­nial, qui a rythmé inlassablement la destruction des for­mes sociales indigènes, démoli sans restrictions les systèmes de références de l’économie, les modes d’apparence, d’habillement, sera revendiquée et assumée par le colonisé au moment où, décidant d’être l’histoire en actes, la masse colonisée s’engouffrera dans les villes interdites. Faire sauter le monde colonial est désormais une image d’action très claire, très compréhensible et pouvant être reprise par cha­cun des individus constituant le peuple colonisé. Disloquer le monde colonial ne signifie pas qu’après l’abolition des frontières on aménagera des voies de passage entre les deux zones. Détruire le monde colonial c’est ni plus ni moins abolir une zone, l’enfouir au plus profond du sol ou l’expulser du territoire.

La mise en question du monde colonial par le colonisé n’est pas une confrontation rationnelle des points de vue. Elle n’est pas un discours sur l’universel, mais l’affirmation échevelée d’une originalité posée comme absolue. Le monde colonial est un monde manichéiste. Il ne suffit pas au colon de limiter physiquement, c’est-à-dire à l’aide de sa police et de sa gendarmerie, l’espace du colonisé. Comme pour illustrer le caractère totalitaire de l’exploitation coloniale, le colon fait du colonisé une sorte de quintessence du mal (1). La société colonisée n’est pas seulement décrite comme une société sans valeurs. II ne suffit pas au colon d’affirmer que les valeurs ont déserté, ou mieux n’ont jamais habité, le monde colonisé. L’indigène est déclaré imperméable à l’éthique, absence de valeurs, mais aussi négation des valeurs. Il est, osons l’avouer, l’ennemi des valeurs. En ce sens, il est le mal absolu. Élément corrosif, détruisant tout ce qui l’approche, élément déformant, défigurant tout ce qui a trait à l’esthétique ou à la morale, dépositaire de forces maléfiques, instrument inconscient et irrécupérable de forces aveugles. Et M. Meyer pouvait dire sérieusement à l’Assemblée nationale française qu’il ne fallait pas prostituer la République en y faisant pénétrer le peuple algérien. Les valeurs, en effet, sont irréversiblement empoisonnées et infectées dès lors qu’on les met en contact avec le peuple colonisé. Les coutumes du colonisé, ses traditions, ses mythes, surtout ses mythes, sont la marque même de cette indigence, de cette dépravation constitutionnelle. C’est pourquoi il faut mettre sur le même plan le D. D. T. qui détruit les parasites, vecteurs de maladie, et la religion chrétienne qui combat dans l’œuf les hérésies, les instincts, le mal. Le recul de la fièvre jaune et les progrès de l’évangélisation font partie du même bilan. Mais les communiqués triomphants des missions renseignent en réalité sur l’importance des ferments d’aliénation introduits au sein du peuple colonisé. Je parle de la religion chrétienne, et personne n’a le droit de s’en étonner. L’Église aux colonies est une Église de Blancs, une Église d’étrangers. Elle n’appelle pas l’homme colonisé dans la voie de Dieu mais bien dans la voie du Blanc, dans la voie du maître, dans la voie de l’oppresseur. Et comme on le sait, dans cette histoire il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus. Parfois ce manichéisme va jusqu’au bout de sa logique et déshumanise le colonisé. A proprement parler, il l’animalise. Et, de fait, le langage du colon, quand il parle du colonisé, est un langage zoologique. On fait allusion aux mouvements de reptation du Jaune, aux émanations de la vile indigène, aux hordes, à la puanteur, au pullulement, au grouillement, aux gesticulations. Le colon, quand il veut bien écrire et trouver le mot juste, se réfère constamment au bestiaire. L’Européen bute rarement sur les termes « images». Mais le colonisé, qui saisit le projet du colon, le procès précis qu’on lui intente, sait immédiatement à quoi l’on pense. Cette démographie galopante, ces masses hystériques, ces visages d’où toute humanité a fui, ces corps obèses qui ne ressemblent plus à rien, cette cohorte sans tête ni queue, ces enfants qui ont l’air de n’appartenir à personne, cette paresse étalée sous le soleil, ce rythme végétal, tout cela fait partie du vocabulaire colonial. Le général de Gaulle parle des « multitudes jaunes » et M. Mauriac des masses noires, brunes et jaunes qui bientôt vont déferler. Le colonisé sait tout cela et rit un bon coup chaque fois qu’il se découvre animal dans les paroles de l’autre. Car il sait qu’il n’est pas un animal. Et précisément, dans le même temps qu’il découvre son humanité, il commence à fourbir ses armes pour la faire triompher.

Dès que le colonisé commence à peser sur ses amarres, à inquiéter le colon, on lui délègue de bonnes âmes qui, dans les « Congrès de culture », lui exposent la spécificité, les richesses des valeurs occidentales. Mais chaque fois qu’il est question de valeurs occidentales il se produit, chez le colonisé, une sorte de raidissement, de tétanie musculaire. Dans la période de décolonisation, il est fait appel à la raison des colonisés. On leur propose des valeurs sûres, on leur explique abondamment que la décolonisation ne doit pas signifier régression, qu’il faut s’appuyer sur des valeurs expérimentées, solides, cotées. Or il se trouve que lorsqu’un colonisé entend un discours sur la culture occidentale, il sort sa machette ou du moins s’assure qu’elle est à portée de sa main. La violence avec laquelle s’est affirmée la suprématie des valeurs blanches, l’agressivité qui a imprégné la confrontation victorieuse de ces valeurs avec les modes de vie ou de pensée des colonisés font que, par un juste retour des choses, le colonisé ricane quand on évoque devant lui ces valeurs. Dans le contexte colonial, le colon ne s’arrête dans son travail d’éreintement du colonisé que lorsque ce dernier a reconnu à haute et intelligible voix la suprématie des valeurs blanches. Dans la période de décolonisation, la masse colonisée se moque de ces mêmes valeurs, les insulte, les vomit à pleine gorge.

Ce phénomène est d’ordinaire masqué parce que, pendant la période de décolonisation, certains intellectuels colonisés ont établi un dialogue avec la bourgeoisie du pays colonialiste. Pendant cette période, la population autochtone est perçue comme masse indistincte. Les quelques individualités indigènes que les bourgeois colonialistes ont eu l’occasion de connaître ça et là ne pèsent pas suffisamment sur cette perception immédiate pour donner naissance à des nuances. Par contre, pendant la période de libération, la bourgeoisie colonialiste cherche avec fièvre des contacts avec les « élites ». C’est avec ces élites qu’est entrepris le fameux dialogue sur les valeurs. La bourgeoisie colonialiste, quand elle enregistre l’impossibilité pour elle de maintenir sa domination sur les pays coloniaux, décide de mener un combat d’arrière-garde sur le terrain de la culture, des valeurs, des techniques, etc. Or, ce qu’il ne faut jamais perdre de vue c’est que l’immense majorité des peuples colonisés est imperméable à ces problèmes. Pour le peuple colonisé la valeur la plus essentielle, parce que la plus concrète, c’est d’abord la terre : la terre qui doit assurer le pain et, bien sûr, la dignité. Mais cette dignité n’a rien à voir avec la dignité de la « personne humaine ». Cette personne humaine idéale, il n’en a jamais entendu. Ce que le colonisé a vu sur son sol, c’est qu’on pouvait impunément l’arrêter, le frapper, l’affamer ; et aucun professeur de morale jamais, aucun curé jamais, n’est venu recevoir les coups à sa place ni partager son pain avec lui. Pour le colonisé, être moraliste c’est, très concrètement, faire taire la morgue du colon, briser sa violence étalée, en un mot l’expulser carrément du panorama. Le fameux principe qui veut que tous les hommes soient égaux trouvera son illustration aux colonies dès lors que le colonisé posera qu’il est l’égal du colon. Un pas de plus, il voudra se battre pour être plus que le colon. En fait, il a déjà décidé de remplacer le colon, de prendre sa place. Comme on le voit, c’est tout un univers matériel et moral qui s’écroule. L’intellectuel qui a, pour sa part, suivi le colonialiste sur le plan de l’universel abstrait va se battre pour que colon et colonisé puissent vivre en paix dans un monde nouveau. Mais ce qu’il ne voit pas, parce que précisément le colonialisme s’est infiltré en lui avec tous ses modes de pensée, c’est que le colon, dès lors que le contexte colonial disparaît, n’a plus d’intérêt à rester, à coexister. Ce n’est pas un hasard si, avant même toute négociation entre le gouvernement algérien et le gouvernement français, la minorité européenne dite «libérale » a déjà fait connaître sa position : elle réclame, ni plus ni moins, la double citoyenneté. C’est qu’en se cantonnant sur le plan abstrait on veut condamner le colon à effectuer un saut très concret dans l’inconnu. Disons-le, le colon sait parfaitement qu’aucune phraséologie ne se substitue au réel.

Le colonisé, donc, découvre que sa vie, sa respiration, les battements de son cœur sont les mêmes que ceux du colon. II découvre qu’une peau de colon ne vaut pas plus qu’une peau d’indigène. C’est dire que cette découverte introduit une secousse essentielle dans le monde. Toute l’assurance nouvelle et révolutionnaire du colonisé en découle. Si, en effet, ma vie a le même poids que celle du colon, son regard ne me foudroie plus, ne m’immobilise plus, sa voix ne me pétrifie plus. Je ne me trouble plus en sa présence. Pratiquement, je l’emmerde. Non seulement sa présence ne me gêne plus, mais déjà je suis en train de lui préparer de telles embuscades qu’il n’aura bientôt d’autre issue que la fuite.

Le contexte colonial, avons-nous dit, se caractérise par la dichotomie qu’il inflige au monde. La décolonisation unifie ce monde en lui enlevant par une décision radicale son hétérogénéité, en l’unifiant sur la base de la nation, quelquefois de la race. On connaît ce mot féroce des patriotes sénégalais évoquant les manœuvres de leur président Senghor : « Nous avons demandé l’africanisation des cadres, et voici que Senghor africanise les Européens.» Ce qui veut dire que le colonisé a la possibilité de percevoir dans une immédiateté absolue si la décolonisation a lieu ou non : le minimum exigé étant que les derniers deviennent les premiers.

Mais l’intellectuel colonisé apporte des variantes à cette pétition et, de fait, les motivations ne semblent pas lui manquer : cadres administratifs, cadres techniques, spécialistes. Or le colonisé interprète ces passe-droits comme autant de manœuvres de sabotage et il n’est pas rare d’entendre, ça et la, un colonisé déclarer : « Ce n’était pas la peine, alors, d’être indépendants… »

Dans les régions colonisées ou une véritable lutte de libération a été menée, où le sang du peuple a coulé et la durée de la phase armée a favorisé le reflux des intellectuels sur des bases populaires, on assiste a une véritable éradication de la superstructure puisée par ces intellectuels dans les milieux bourgeois colonialistes. Dans son monologue narcissiste, la bourgeoisie colonialiste, par l’intermédiaire de ses universitaires, avait profondément ancré en effet dans l’esprit du colonisé que les essences demeurent éternelles en dépit de toutes les erreurs imputables aux hommes. Les essences occidentales, s’entend. Le colonisé acceptait le bien-fondé de ces idées et l’on pouvait découvrir, dans un repli de son cerveau, une sentinelle vigilante chargée de défendre le socle gréco-latin. Or, il se trouve que, pendant la lutte de libération, au moment où le colonisé reprend contact avec son peuple, cette sentinelle factice est pulvérisée. Toutes les valeurs méditerranéennes, triomphe de la personne humaine, de la clarté et du Beau, deviennent des bibelots sans vie et sans couleur. Tous ces discours apparaissent comme des assemblages de mots morts. Ces valeurs qui semblaient ennoblir l’âme se révèlent inutilisables parce qu’elles ne concernent pas le combat concret dans lequel le peuple s’est engagé.

Et d’abord l’individualisme. L’intellectuel colonisé avait appris de ses maîtres que l’individu doit s’affirmer. La bourgeoisie colonialiste avait enfoncé à coups de pilon dans l’esprit du colonisé l’idée d’une société d’individus où chacun s’enferme dans sa subjectivité, où la richesse est celle de la pensée. Or, le colonisé qui aura la chance de s’enfouir dans le peuple pendant la lutte de libération va découvrir la fausseté de cette théorie. Les formes d’organisation de la lutte vont déjà lui proposer un vocabulaire inhabituel. Le frère, la sœur, le camarade sont des mots proscrits par la bourgeoisie colonialiste parce que pour elle mon frère c’est mon portefeuille, mon camarade c’est ma combine. L’intellectuel colonisé assiste, dans une sorte d’autodafé, à la destruction de toutes ses idoles l’égoïsme, la récrimination orgueilleuse, l’imbécillité infantile de celui qui veut toujours avoir le dernier mot. Cet intellectuel colonisé, atomisé par la culture colonialiste, découvrira également la consistance des assemblées de villages, la densité des commissions du peuple, l’extraordinaire fécondité des réunions de quartier et de cellule. L’affaire de chacun ne cesse plus désormais d’être l’affaire de tous parce que, concrètement, on sera tous découverts par les légionnaires, donc massacrés, ou on sera tous sauvés. Le « démerdage », cette forme athée du salut, est, dans ce contexte, prohibée.

On parle beaucoup, depuis quelque temps, de l’autocritique : mais sait-on que c’est d’abord une institution africaine ? Que ce soit dans les djemââs d’Afrique du Nord ou dans les réunions d’Afrique-Occidentale, la tradition veut que les conflits qui éclatent dans un village soient débattus en public. Autocritique en commun bien sûr, avec cependant une note d’humour parce que tout le monde est détendu, parce que nous voulons tous en dernier ressort les mêmes choses. Le calcul, les silences insolites, les arrière-pensées, l’esprit souterrain, le secret, tout cela l’intellectuel l’abandonne au fur et a mesure de sa plongée dans le peuple. Et il est vrai qu’on peut dire alors que la communauté triomphe déjà à ce niveau, qu’elle secrète sa propre lumière, sa propre raison.