Qu’est-ce que le franc CFA ? (publié sur ce site le 26 novembre 2011)

22 novembre 2011

 Gary K. Busch, traduction de Martial Frindéthié

 

 Qu’est-ce que le franc CFA ?

Il y a en réalité deux sortes de franc CFA en circulation. Le premier CFA est celui de l’Union économique et monétaire ouest africaine, l’UEMOA, qui regroupe 8 pays d’Afrique de l’ouest (le Bénin, le Burkina Faso, la Guinée Bissau, la Côte d’Ivoire, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo). Le deuxième CFA est celui de la Communauté économique et monétaire des états d’Afrique centrale, le CEMAC, qui regroupe le Cameroun, le Centrafrique, le Tchad, le Congo-Brazza, la Guinée équatoriale, et le Gabon). Cette division correspond à la division coloniale de l’Afrique francophone en une AOF (Afrique occidentale française) et une  AEF (Afrique occidentale française), à l’exception de la Guinée-Bissau initialement portugaise, et de la Guinée équatoriale espagnole.

 Chacun de ces deux groupes émet son propre franc CFA. Le Franc de l’UEMOA est issu de la  BCEAO (Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest) et celui de la CEMAC CFA est émis par la BEAC (Banque des Etats de l’Afrique Centrale). Ces monnaies étaient cotées à 100 francs CFA pour 1 franc français; et lorsque la France adopta l’euro au taux fixe de 6,65957, le CFA fut arrimé à l’euro à raison de 665,957 francs CFA pour 1 euro, afin de garder le taux de 100 pour 1. Le projet en cours est de coter le CFA à l’euro au taux de change de 1000 francs CFA pour 1 euro ; ce qui revient à une réduction d’environ 50% de la valeur du franc CFA.

Qui est responsable du CFA ?

La politique monétaire qui gouverne cette diversité de pays n’est en fait pas très compliquée, car elle est formulée par le Trésor français, sans l’avis des autorités des banques centrales de l’UEMOA et de la CEMAC. Selon les clauses de l’accord qui a établi ces banques et le CFA, la banque centrale de chaque pays membre  a obligation de déposer au moins 65% de sa réserve de change dans un « compte d’opérations » logé au Trésor français, plus 20%  pour couvrir d’éventuels passifs.

 Les banques centrales de la zone CFA imposent aussi à chaque pays membre un plafond sur le crédit, l’équivalent de 20% des recettes de l’Etat de l’année précédente. Bien que la BEAC et la BCEAO aient des découverts au Trésor français, tout retrait sur ces fonds doit être obligatoirement approuvé par le Trésor français. La décision finale revient au Trésor français, qui investit ces réserves à la Bourse de Paris à son propre compte.

 En un mot, plus de 85%  des réserves de change de ces pays africains sont déposés dans des « comptes d’opérations » contrôlés par le Trésor français. Les deux banques de la zone CFA ne sont africaines qu’en théorie. Elles ne formulent aucune politique monétaire. Les pays de la zone CFA ne savent ni ne sont informés du montant de ces réserves déposées au Trésor français qui leur appartient collectivement ou individuellement. Les bénéfices rapportés par l’investissement des réserves africaines devraient en principe être reversés dans ces réserves en tant que propriétés des pays de la zone franc. Ce n’est pas le cas. Aucun rapport comptable n’est fourni ni aux banques centrales ni aux pays membres de la zone CFA sur les investissements de leurs réserves. Le club restreint de hauts fonctionnaires du Trésor français qui connaissent le montant des réserves et savent ce qu’elles rapportent en investissements est tenu au strict secret professionnel. Ces fonctionnaires ne peuvent en parler ni aux autorités des banques centrales ni à celles des pays membres de la zone CFA.

 De ce fait, les pays africains membres de la zone CFA ne peuvent pas formuler leurs propres politiques monétaires. Ce qui fait que les pays les plus inefficients et gaspilleurs peuvent utiliser à loisir les réserves de change des pays les plus efficients et fiscalement prudents sans que ces derniers ne puissent intervenir de façon significative. La convertibilité du franc CFA en franc français se fait par des agents intermédiaires certifiés rémunérés par les découverts des banques centrales.

 Généralement, trois artifices principaux on été utilisés par les deux banques centrales opérant sur instruction du Trésor français pour contrôler la croissance monétaire dans la zone CFA :

1)      Les banques centrales font payer des intérêts sur les opérations de découverts bancaires aussi bien que sur les avoirs en compte.

2)      Lorsque le solde des comptes d’opération d’une banque centrale tombe en deçà d’un seuil donné, la banque doit réduire l’expansion du crédit en augmentant généralement le coût de réactualisation ou d’émission de billets de trésorerie ou en limitant l’accès des pays membres aux services de réactualisation.

3)      Les crédits accordés au secteur public de chaque Etat membre ne peuvent excéder 20%  de ses recettes fiscales de l’année précédente.         

         Cependant, ce contrôle strict opéré par le Trésor français sur les liquidités et les réserves des états d’Afrique francophone n’est qu’un aspect du problème. La création et le maintien de la domination française sur les économies des états francophones d’Afrique est le produit de la longue colonisation française et l’apprentissage de la dépendance des états francophones africains.

 Les banques centrales des pays d’Afrique francophone ont un pouvoir très limité. Ce sont des économies vulnérables aux caprices du marché  mondial. Il ne peut y avoir de commerce sans monnaie ; il ne peut y avoir d’investissements sans réserves. Les politiciens et les partis élus pour promouvoir le développement, la réforme, les changements de politiques commerciales et fiscales ne sont opérants qu’avec le consentement du Trésor français, qui rationne leurs fonds. Certains Africains s’opposent à la perpétuation de ce système. Le président Abdoulaye Wade du Sénégal l’a fait savoir en ces termes : « l’argent du peuple africain bloqué en France doit être retourné à l’Afrique pour  permettre l’essor des économies des états de la BCEAO. Nous ne pouvons pas avoir des milliards dans les marchés boursiers étrangers et être traités comme des mendiants qui doivent faire la manche ».

 Comment en est-on arrivé là ?

La colonisation au sud du Sahara ne s’est pas opérée comme le souhaitait de Gaulle. De Gaulle voulait d’une communauté franco-africaine plutôt que l’indépendance totale pour l’Afrique. Cependant, lorsqu’au référendum de 1958 Sékou Touré lui opposa un « non », le projet de de Gaulle se brisa. La France dut se résigner à accorder l’indépendance à ses ex-colonies en 1960 après une punition exemplaire à la Guinée. Cependant, cette indépendance se gagnerait au prix d’un contrôle strict et continu sur les économies des anciennes colonies. Cet accord, c’était le Pacte Coloniale.

 Par cet accord, les colonies amarraient leur sort économique et militaire à la France. Le pacte créa le CFA et des mécanismes légaux pour assurer à la France une place privilégiée dans la vie politique et économique de ses ex-colonies. Jacques Foccart, le conseiller aux affaires africaines de de Gaulle et co-fondateur, avec Charles Pasqua, du Service d’Action Civique gaulliste, en était le concepteur.

 Le Pacte Colonial assurait une place préférentielle à la France dans la vie politique, économique et militaire des anciennes colonies françaises. Au plan militaire, deux types de contacts furent conçus : la coopération militaire et l’aide technique militaire pour lesquelles personne n’était tenu par la loi, et qui pouvaient être suspendues selon les circonstances. Cette coopération couvrait l’éducation et l’entrainement de soldats et de forces de sécurité africains. Le second type de coopération, plus secret, et qui avait force de loi, était un ensemble d’accords de défense supervisés et mis en place par le ministère français de la défense ; cette coopération offrait une base légale à l’intervention française. Ces accords permirent à la France de positionner des  troupes permanentes et rotatives  dans des bases militaires gérées entièrement par la France en Afrique ; Foccart fit signer aux chefs d’état africains des lettres non datées demandant l’intervention de la France à tout moment.

 Selon l’annexe 2 de l’accord de défense, la France a la priorité sur tout autre acquéreur dans l’acquisition de matières premières africaines dites « stratégiques ». En fait, selon l’annexe 2, le gouvernement français informe régulièrement les Africains de sa politique concernant les matières premières stratégiques selon les besoin de la défense, de l’évolution des ressources et de la situation du marché mondial.

 Selon l’article 3, les gouvernements africains sont tenus d’informer la France sur les mesures qu’ils entendent prendre concernant les produits et matières premières stratégiques. Pour conclure, l’article 5 relatif à ces produits statue que les pays africains doivent les vendre à la France d’abord, après avoir satisfait les besoins de la consommation locale, et que les pays africains doivent importer les produits dont ils ont besoin de la France en premier lieu. La réciprocité entre les signataires n’impliquait pas un accord d’égaux. Elle reflétait la dominance du pouvoir colonial qui avait organisé les indépendances des pays africains quelques mois auparavant. Tout était réservé à la France d’abord. La France était le premier choix pour l’importation, et des conseillers français étaient placés dans les ministères aux côtés de ministres africains.

 En résumé, le Pacte Colonial maintint la domination de la France sur les économies de ses ex-colonies ; la France s’octroya les réserves de change de l’Afrique francophone. Elle prit le contrôle de ses matières premières ; elle positionna ses troupes dans les pays francophones pour s’assurer un passage libre ; elle ordonna que tous les équipements militaires soient acquis en France ; elle s’accapara de l’entrainement de la police et de l’armée ; elle insista que les entreprises françaises aient le monopole en Afrique francophone dans les secteurs clés (eau, électricité, ports, transport, énergie). La France imposa des limites sur l’importation d’une variété de produits en dehors de la zone-franc ; mais elle imposa aussi un minimum d’importation de la France. Ces traités sont encore opérationnels aujourd’hui.

 L’impact du Pacte Coloniale

Les conséquences de la continuation de la politique de dépendance de l’Afrique sont tangibles. Ce sont le manque d’option de compétitivité, la dépendance de l’Afrique par rapport à  l’économie française, la dépendance à l’armée française, et la grande ouverture faite aux entreprises françaises privées. Certaines différences sont beaucoup plus subtiles.

 Les compagnies françaises opérant en Afrique francophone, en fonction de leur pouvoir sécurisé de monopole et d’oligarchie, ont un apport substantiel dans le PIB des pays africains. Elles sont souvent les seules grandes pourvoyeuses de recettes fiscales. Dans de nombreux pays, les compagnies françaises paient 50% des taxes ; ce qui leur donne un statut unique. Ainsi il n’est pas rare d’entendre les Français déclarer que sans les compagnies françaises, les économies des pays africains s’écrouleraient. Lorsqu’en plus de ce fait les pays africains ont du mal à accéder à leurs réserves, l’évidence de la dépendance de l’Afrique devient alarmante. Cependant, cela n’exclut pas la participation d’autres opérateurs économiques tels la Chine, ou les Etats-Unis. C’est l’éventualité de cette compétition qui rend la France si fébrile.

 50 ans après les indépendances africaines, la France continue de contrôler la plupart des infrastructures africaines, et continue de mélanger ses réserves de change à celles des 14 pays africains de la zone CFA. Les compagnies aériennes, la téléphonie, l’électricité, l’eau et les grandes banques sont contrôlées par la France. Les accords de coopération signés après les indépendances par le président Houphouët et le premier ministre français d’alors, Michel Debré, sont toujours théoriquement applicables. La France maintient une poigne de fer sur la monnaie et le commerce ivoiriens ; ce qui tue toute initiative nationale d’indépendance.

 Cette position privilégiée de la France est documentée dans un rapport de la Commission des Nations Unies : « Les témoignages recueillis montrent que la loi de 1998 sur le foncier rural est liée à la position dominante que la France et les intérêts français occupent en Côte d’Ivoire.

Selon ces sources, les Français possèdent 45% des terres ; curieusement, les immeubles de la Présidence de la République et de l’Assemblée nationale sont loués de la France. Les intérêts français contrôlent les secteurs de l’eau et de l’électricité ». Le rapport n’effleure que très superficiellement l’influence de la France en Côte d’Ivoire. Voici ci-dessous quelques uns des opérateurs français influents dans le pays :

 Bolloré, leader du transport maritime français et opérateur principal du transport maritime en Côte d’Ivoire, en compagnie de Saga, SDV et Delmas, contrôle le port d’Abidjan, le pus grand port maritime en Afrique de l’ouest. Bolloré contrôle la régie ferroviaire Abidjan-Burkina (Sitarail). Bien qu’il se soit retiré récemment du commerce du cacao, il conserve toujours sa position de leader dans le tabac et le caoutchouc. Bouygues, leader dans les travaux publics a le monopole des grands travaux ; sans oublier Colas, troisième compagnie française de travaux publics. A travers la privatisation, Bouygues a aussi obtenu des concessions supplémentaires dans l’eau et l’électricité. Il est aussi présent dans l’exploitation du pétrole ivoirien. Total, la plus grande compagnie pétrolière française, détient un quart des actions de la Société ivoirienne de raffinage (première compagnie ivoirienne). Total est propriétaire de 160 stations d’essence et contrôle la provision de bitume. France Telecom, la 7e compagnie française et leader de l’industrie des télécommunications, est la principale actionnaire de Côte d’Ivoire Telecom avec 85% du capital. Ce secteur lui fut offert dans le cadre de la privatisation des entreprises. Dans le secteur des banques et des assurances, on note les activités de la Société Générale, 6e banque en France, regroupant 55 branches en Côte d’Ivoire, aussi bien que celles du Crédit Lyonnais et de BNP-Paribas. AXA, la 2e compagnie française et leader de l’assurance est présente en Côte d’Ivoire depuis l’ère coloniale. La compagnie française la plus vieille en Cote d’Ivoire est la CFAO-CI. Elle opère dans de nombreux secteurs (automobiles, pharmacie, nouvelles technologies, etc.). Pendant très longtemps, la CFAO avait le monopole des exportations et de la vente au détail. La CFAO n’a jamais connu une année déficitaire depuis sa création en 1887. Elle fut acquise récemment par le groupe Pinault-Printemps-La Redoute. Il y a aussi à signaler la présence du « boss des boss français d’antan », le baron Ernest Seilleres, à travers Technip (usine du secteur pétrolier) et Bivac (qui a récemment installé un nouveau scanner au port d’Abidjan).

 La grande  présence du capital français est l’évidence de la profitabilité de la Côte d’Ivoire. Bien que les investissements directs français ne constituent que de 3,5 milliards d’euros, les compagnies d’état acquises par la France leur ont été offertes à des prix imbattables. Les bénéfices que génèrent ces compagnies à la France sont d’une immensité vertigineuse. En dépit de la fuite de certaines compagnies françaises au cours de l’attaque rebelle contre la Côte d’Ivoire, le Business français est vite revenu dans le pays, et a même recouvré son importance d’antan. En fait, l’un des premiers gestes de Ouattara après que la France l’a imposé comme président fut de payer des millions d’euros de compensation aux entreprises françaises qui avaient fui la Côte d’Ivoire par peur de représailles après le massacre des civils ivoiriens par l’armée française le 20 novembre 2004.

 Le vrai challenge du business français vint avec l’élection de Laurent Gbagbo comme président de Côte d’Ivoire. Sa décision de revoir les termes du Pacte Colonial et son intention de faire partir les troupes françaises et onusiennes de son pays sont les raisons pour lesquelles la France causa sa chute et son incarcération.

 Pourquoi la dévaluation du CFA ?

La France n’a plus d’argent. Elle n’a que d’énormes dettes publiques et bancaires. Elle est la plus exposée aux faillites grecques et italiennes, entre autres, et vient de s’embarquer sur un nouveau plan d’austérité. Elle est sur le point de perdre son Triple A, ce qui va conduire les banques privées à accepter de pardonner une partie de la dette européenne. Les grandes dépenses occasionnées dans la poursuite de la guerre contre la Libye ont ruiné la France. La seule raison pour laquelle la France a encore la tête hors de l’eau est la présence des vastes réserves africaines dans les caisses du Trésor français depuis 1960. La grande partie de cette somme est détenue sous forme d’actions au nom du Trésor français ; ce qui a permis de compenser de façon très substantielle la perte de crédibilité des finances françaises.

 Les pays francophone d’Afrique se sont progressivement habitués à l’idée qu’ils ne reverront plus jamais leurs avoirs accumulés depuis des années, que la France entend utiliser comme sa contribution à l’effort de sauvetage de l’euro. Le président Wade du Sénégal a encore demandé qu’une comptabilité soit faite sur les réserves africaines. Jusque là aucune réponse ne lui est venue. Ouattara de la Côte d’Ivoire et Denis Sassou Nguesso du Congo-Brazzaville ont été informés qu’une dévaluation sera nécessaire, et ils ont été délégués pour relayer l’information à leurs homologues. Les économistes sont unanimes que si cette dévaluation a lieu, 40% des ressources africaines seront utilisées comme bouée de sauvetage pour le Trésor français.

 Cela aura des conséquences désastreuses pour l’Afrique. La dernière fois qu’une mesure de dévaluation fut prise, l’Afrique francophone en souffrit énormément. Bien sûr, les présidents africains et leurs proches ne connurent pas la galère du peuple. La dévaluation est avantageuse lorsque l’on a des produits à exporter, car les produits bon marché attirent les acheteurs. Cependant, la plupart des produits que l’Afrique exporte sont des matières premières et du pétrole. Leurs produits manufacturés, leurs services, tous leurs produits invisibles leur viennent pratiquement de la France ou par le biais de la France. Les denrées alimentaires sont en grande partie importées d’ailleurs, et leurs coûts de transport ne cessent de grimper chaque jour. Cette année, des signes d’inflation ce sont fait voir. La zone monétaire oust africaine a connu une inflation accélérée de 3,9% à 4,1% de décembre à janvier. Cette inflation dans la zone CFA était due principalement au coût élevé de la nourriture, du transport, du logement et de la communication. L’augmentation des coûts était en moyenne de 1,4% en 2010, alors qu’elle n’était que de 0,4% l’année précédente. Les coûts élevés du carburant et de la nourriture ont conduit à cette augmentation des prix.

 L’un des pays qui fut le plus frappé par la dévaluation était la Côte d’Ivoire. La dévaluation impliquait la signature d’un accord d’ajustement structurel avec le FMI et la Banque mondiale, un accord qui imposait des mesures draconiennes au gouvernement afin de redresser l’économie. Ce redressement n’eut jamais lieu. Au contraire.

 La pluie de milliards (le volume exceptionnel de crédits) encouragea la mauvaise gouvernance dans le pays. L’homme aux commandes de ce désastre était Alassane Ouattara. Pendant que Ouattara s’attelait à enrichir les finances des pays étrangers, la Côte d’Ivoire elle s’enfonçait de plus en plus profondément dans la pauvreté. C’est la mise en œuvre des projets financés par l’Union Européenne et la pesanteur des crédits liés à la suspension des dettes contractées au nom des institutions internationales qui ont poussé ces institutions à se désolidariser de la Côte d’Ivoire en 1998.

 Non seulement les projets d’Alassane Ouattara jetèrent la majorité des Ivoiriens dans la pauvreté, mais ils contribuèrent aussi à délocaliser les avoirs des Ivoiriens juste avant la dévaluation, à travers des banques ghanéennes, exercées dans la convertibilité du franc CFA en dollar, doublant ainsi les mises. Entre le 10 janvier et le 11 janvier seulement, 1 milliard de francs CFA furent convertis en dollars. Le taux de dévaluation qui prit effet le 12 janvier permit aux spéculateurs de racheter 2 milliards de francs CFA le 13 janvier. L’explosion de la pauvreté et l’expansion considérable d’une économie occulte sont les plaies ouvertes à la désétatisation, la caducité du rôle du gouvernement. L’irresponsabilité gouvernementale de Ouattara conduisit à une politique ultra libérale qui fit du gouvernement ivoirien un grand absent. Cette situation pesante sur l’économie du pays fut aggravée par le coup d’état militaire de décembre 1999 (alors que Ouattara finissait son mandat au FMI en novembre 1999). Le coup d’état le conduisit finalement au pouvoir, mais il avait sous-loué le leadership, se contentant de faire des transactions dans le diamant et le cacao, ressources naturelles de la Côte d’Ivoire, qu’il menait de sa base retirée du Burkina Faso, via Genève pour le diamant, et via les bateaux de Lomé pour le cacao.

 Le pays sombra. Le taux de croissance battit les records les plus bas. En 2000 les chiffres étaient pour la première fois dans l’histoire du pays négatifs : -2%. La crise de 2002 aggrava davantage la situation. Elle fut préparée à Paris, instiguée par Ouattara et ses amis, Dominique de Villepin et Jacques Chirac. La rébellion qu’ils instrumentalisèrent fut néanmoins contenue par Gbagbo; mais ils ne baissèrent jamais les bras, et finirent par avoir raison de Gbagbo avec le tout dernier bombardement d’Abidjan par les hélicos et les tanks français. A l’approche militaire, il y avait aussi une approche politique parallèle avec l’organisation d’élections truquées à l’avantage de Ouattara. Henri Konan Bédié, le successeur du président Houphouët, se fit finalement complice de la manipulation.

 Alassane Ouattara est incontestablement responsable de la crise économique et financière de la Côte d’Ivoire. La question est de savoir si pendant la dévaluation Ouattara se conduira comme un citoyen ivoirien soucieux du devenir de la Côte d’Ivoire ou s’il continuera à être un sous-préfet noir de la France, soucieux des intérêts de ses maîtres.  

 Le prix de la dévaluation sera la stagnation et l’augmentation du chômage. Ce qui pèsera de tout son poids sur la stabilité nationale et la croissance. S’il est vrai que les personnes au chômage sont prêtes à accepter les emplois les plus abjects, il n’en est pas moins vrai que les conséquences économiques de la dévaluation seront épouvantables. En économie, la loi d’Okun stipule que pour chaque 1% d’augmentation du taux de chômage, le PIB du pays concerné sera d’environ -2% de son potentiel. Les pays africains fragiles auront du mal à formuler des politiques économiques pour compenser leurs pertes.

Bien que le problème soit plus sérieux pour la Côte d’Ivoire, qui pendant la dernière dévaluation contribuait pour 60%  des réserves de change de la zone CFA déposées au Trésor français, il n’en est pas moins sérieux pour les autres états. En dépit de la pauvreté que la dévaluation apportera indubitablement dans la région, très peu de présidents africains sont prêts à renoncer au Pacte Colonial et mettre fin à l’emprise néocoloniale de la France sur les états africains. La France a mordu plus gros qu’elle ne pouvait avaler et a occasionné sa propre faillite. Pourquoi revient-il aux pays africains de la sortir du pétrin dans lequel elle se trouve par sa propre stupidité ?

On s’en souvient!!! Le Gouvernement Ouattara aux Ivoiriens en détresse : « Soyez patients ; attendez que nous soyons un Pays Pauvre Très Endetté (PPTE) » (Publié le 11 avril 2012), M. Frindéthié

Soyez patients ; nous trouverons solution à tous vos problèmes lorsque nous serons reconnus par les institutions de Bretton Woods comme un pays pauvre très endetté. Voici la réponse que le régime de Ouattara, à travers son ministre de la santé, le Pr. N’Dri Yoman, offrait au professionnels de la santé à l’issue d’une réunion que ceux-ci avaient eue avec M. Ahoussou Jeannot dans le cadre de revendications syndicales. Voici là une façon très peu orthodoxe de répondre aux attentes des populations. Faut-il s’en étonner ? Pas du tout, surtout dans un pays ou le bizarre, le biscornu, le loufoque, a été érigé en règle d’or.

Alassane Dramane Ouattara supplie les Ivoiriens qui ploient sous le fardeau de la maladie, de la cherté de la vie, du licenciement, du chômage, de l’insécurité, du délestage, du manque d’eau, d’attendre que le pays soit bien plus pauvre qu’il ne l’est déjà afin de remédier leurs souffrances. Ahurissant !

N’est-ce pas Alassane Dramane Ouattara qui, pendant la campagne présidentielle, se vantait d’avoir sorti 15 pays de la misère lorsqu’il travaillait au FMI ? N’est-ce pas lui qui promettait de transformer la Côte d’Ivoire en un eldorado en 6 mois ? N’est-ce pas lui qui promettait aux Ivoiriens un déluge de milliards ? N’est-ce pas lui que les griots de la dictature glorifiaient d’être un Surhomme au carnet d’adresses exceptionnel ?

Ainsi donc les sceptiques avaient-il raison ? Ouattara n’est-il en fin de compte qu’un falsificateur, un brouteur, un arnaqueur dont les promesses ne valent même pas le papier sur lequel elles sont griffonnées ? Tout porte à le croire

On s’en souvient!!! PPTE, 3 ans après les promesses sont restées vains mots (publié le 25 mars 2015), M. Frindéthié

Soyez patients ; nous trouverons solution à tous vos problèmes lorsque nous serons reconnus par les institutions de Bretton Woods comme un pays pauvre très endetté. Voici la réponse que le régime de Ouattara, à travers son ministre de la santé, le Pr. N’Dri Yoman, offrait au professionnels de la santé à l’issue d’une réunion que ceux-ci avaient eue avec M. Ahoussou Jeannot dans le cadre de revendications syndicales en avril 2012. Voici là une façon très peu orthodoxe de répondre aux attentes des populations. Faut-il s’en étonner ? Pas du tout, surtout dans un pays ou le bizarre, le biscornu, le loufoque, ont été érigés en règle d’or.

Alassane Dramane Ouattara suppliait les Ivoiriens qui ployaient sous le fardeau de la maladie, de la cherté de la vie, du licenciement, du chômage, de l’insécurité, du délestage, du manque d’eau, d’attendre que le pays soit bien plus pauvre qu’il ne l’était déjà afin de remédier leurs souffrances. Ahurissant ! Et voilà 3 ans que le statut de PPTE fut accordé à la Côte d’Ivoire; et les Ivoiriens attendent toujours que les promesses se transforment en réalités.

N’est-ce pas Dramane Ouattara qui, pendant la campagne présidentielle, se vantait d’avoir sorti 15 pays de la misère lorsqu’il travaillait au FMI ? N’est-ce pas lui qui promettait de transformer la Côte d’Ivoire en un eldorado en 6 mois ? N’est-ce pas lui qui promettait aux Ivoiriens un déluge de milliards ? N’est-ce pas lui que les griots de la dictature glorifiaient d’être un Surhomme au carnet d’adresses exceptionnel ?

Ainsi donc les sceptiques avaient-il raison ? Ouattara n’est-il en fin de compte qu’un falsificateur, un brouteur, un arnaqueur dont les promesses ne valent même pas le papier sur lequel elles sont griffonnées ? Tout porte à le croire. Trois ans après, le gouvernement des rattrapés s’étonne de « l’impatience » des étudiants et des travailleurs.

Côte d’Ivoire : Attention ! Poudrière Identitaire, M. Frindéthié

Depuis l’installation martiale d’Alassane Dramane Ouattara au Palais Présidentiel d’Abidjan par les troupes françaises, nous n’avons pas cessé d’interpeller le monde sur les dérives identitaires de son régime. Convaincu qu’il jouit d’une immunité internationale, Alassane Dramane Ouattara encourage personnellement une politique d’épurement ethnique qu’il théorise sans apologie aucune comme « politique de rattrapage ethnique ». Cette politique hitlérienne de purification déguisée en des termes si peu adroits – devrait-on s’en étonner ? – Ouattara la justifie de ce que, de tous les temps, les Nordistes auraient été mis en marge de la société ivoirienne. Ah ! Si mensonge avariait bouche !

Dans son application la moins monstrueuse, la « politique de rattrapage ethnique » de Ouattara consiste à épurer aussi bien les entreprises de l’Etat que les entreprises privées, les associations culturelles, les associations sportives et les organisations non gouvernementales des ressortissants des régions où le président Gbagbo a enregistré une majorité de votes pendant les dernières élections présidentielles, afin de les remplacer par des ressortissants du Nord, où Ouattara a enregistré des scores suspicieusement immesurés. Ainsi, des milliers de travailleurs sudistes sont-ils allés augmenter la pléthore de chômeurs occasionnée par la guerre importée de Ouattara, alors que des milliers de Nordistes les remplaçaient ou décrochaient des contrats publics sans en démontrer les compétences nécessaires.

Dans son application la plus barbare, la « politique de rattrapage ethnique » consiste à laisser faire l’escadron de la mort et les milices armées de Ouattara, de tourner le dos de l’indifférence pendant qu’ils assassinent et commettent des horreurs de toutes sortes sur les populations du Sud. Ainsi, ne se passe-t-il pas un seul jour sans que des civils non armés soient criblés  de balles dans le silence de l’impunité.

Aujourd’hui, la politique d’épurement ethnique de Ouattara semble avoir réussi à pousser la colère des souffre-douleurs à son paroxysme. Les nombreux foyers de tensions qui ont surgi ces derniers mois sont l’évidence que les populations du Sud ont décidé de ne plus se résigner à la mort que leur offre Ouattara. La Côte d’Ivoire est d’autant plus assise sur une poudrière identitaire que Ouattara n’a aucune intention de réviser sa politique ethnocentrique.

Pendant l’épuration nazie, alors que montaient des hauts fourneaux d’Auschwitz les fumées chargées d’effluves de souffrance, de nombreuses populations des villages environnants prétendaient ne rien sentir ni ne rien voir. Aujourd’hui aussi, en Côte d’Ivoire, nombreux sont ceux qui, bénéficiaires de la politique d’épuration ethnique de Ouattara, prétendent ne rien voir ni ne rien entendre … jusqu’au moment inévitable.

La libération nationale est toujours un phénomène violent, Fanon

Les damnés de la terre: De la violence

Plus qu’un écrivain, Franz Fanon (20 juillet 1925- 6 décembre 1961) est le maître à penser incontestable du courant tiers-mondiste dont il est l’un des fondateurs. Son livre Les Damnés de la Terre est un manifeste pour la lutte anticoloniale et l’émancipation du tiers-monde. Le texte qui suit est la première partie du chapitre I de ce livre, intitulé De la violence. L’auteur y montre que le processus de décolonisation ne peut aboutir s’il ne substitue pas le colonisé au colon. La violence qui préside à cette substitution est inéluctable.

Libération nationale, renaissance nationale, restitution de la nation au peuple, Commonwealth, quelles que soient les rubriques utilisées ou les formules nouvelles introduites, la décolonisation est toujours un phénomène violent. A quel­que niveau qu’on l’étudie : rencontres interindividuelles, appellations nouvelles des clubs sportifs, composition hu­maine des cocktails parties, de la police, de conseils d’admi­nistration des banques nationales ou privées, la décoloni­sation est très simplement le remplacement d’une « espèce » d’hommes par une autre « espèce » d’hommes. Sans tran­sition, il y a substitution totale, complète, absolue. Certes, on pourrait également montrer le surgissement d’une nou­velle nation, l’installation d’un État nouveau, ses relations diplomatiques, son orientation politique, économique. Mais nous avons précisément choisi de parler de cette sorte de table rase qui définit au départ toute décolonisation. Son importance inhabituelle est qu’elle constitue, dès le premier jour, la revendication minimum du colonisé. A vrai dire, la preuve du succès réside dans un panorama social changé de fond en comble. L’importance extraordinaire de ce chan­gement est qu’il est voulu, réclamé, exigé. La nécessité de ce changement existe à l’état brut, impétueux et contrai­gnant, dans la conscience et dans la vie des hommes et des femmes colonisés. Mais l’éventualité de ce changement est également vécue sous la forme d’un avenir terrifiant dans la conscience d’une autre « espèce » d’hommes et de fem­mes : les colons.

La décolonisation qui se propose de changer l’ordre du monde, est, on le voit, un programme de désordre absolu. Mais elle ne peut être le résultat dune opération magique, d’une secousse naturelle ou d’une entente à l’amiable. La décolonisation, on le sait, est un processus historique : c’est-à-dire qu’elle ne peut être comprise, qu’elle ne trouve son intelligibilité, ne devient translucide à elle-même que dans l’exacte mesure où l’on discerne le mouvement histori­cisant qui lui donne forme et contenu. La décolonisation est la rencontre de deux forces congénitalement antagonistes qui tirent précisément leur originalité de cette sorte de substantialisation que secrète et qu’alimente la situation coloniale. Leur première confrontation s’est déroulée sous le signe de la violence et leur cohabitation – plus précisément l’exploi­tation du colonisé par le colon- s’est poursuivie à grand renfort de baïonnettes et de canons. Le colon et le colonisé sont de vieilles connaissances. Et, de fait, le colon a raison quand il dit : «les » connaître. C’est le colon qui a fait et qui continue à faire le colonisé. Le colon tire sa vérité, c’est-à­-dire ses biens, du système colonial.

La décolonisation ne passe jamais inaperçue car elle porte sur l’être, elle modifie fondamentalement l’être, elle trans­forme des spectateurs écrasés d’inessentialité en acteurs privilégiés, saisis de façon quasi grandiose par le faisceau de l’histoire. Elle introduit dans l’être un rythme propre, ap­porté par les nouveaux hommes, un nouveau langage, une nouvelle humanité. La décolonisation est véritablement création d’hommes nouveaux. Mais cette création ne reçoit sa légitimité d’aucune puissance surnaturelle: la « chose » colonisée devient homme dans le processus même par lequel elle se libère.

Dans décolonisation, il y a donc exigence d’une remise en question intégrale de la situation coloniale. Sa définition peut, si on veut la décrire avec précision, tenir dans la phrase bien connue: « Les derniers seront les premiers. » La décolonisation est la vérification de cette phrase. C’est pourquoi sur le plan de la description, toute décolonisation est une réussite

Présentée dans sa nudité, la décolonisation laisse deviner à travers tous ses pores, des boulets rouges, des couteaux sanglants. Car si les derniers doivent être les premiers, ce ne peut être qu’à la suite d’un affrontement décisif et meurtrier des deux protagonistes. Cette volonté affirmée de faire re­monter les derniers en tête de file, de les faire grimper à une cadence (trop rapide, disent certains) les fameux échelons qui définissent une société organisée, ne peut triompher que si on jette dans la balance tous les moyens, y compris, bien sûr, la violence.

On ne désorganise pas une société aussi primitive soit-­elle, avec un tel programme si l’on n’est pas décidé dès le début, c’est-à-dire dès la formulation même de ce pro­gramme, à briser tous les obstacles qu’on rencontrera sur sa route. Le colonisé qui décide de réaliser ce programme, de s’en faire le moteur, est préparé de tout temps à la vio­lence. Dès sa naissance il est clair pour lui que ce monde rétréci, semé d’interdictions, ne peut être remis en question que par la violence absolue.

Le monde colonial est un monde compartimenté. Sans doute est-il superflu, sur le plan de la description, de rap­peler l’existence de villes indigènes et de villes européennes, d’écoles pour indigènes et d’écoles pour Européens, comme il est superflu de rappeler l’apartheid en Afrique du Sud. Pourtant, si nous pénétrons dans l’intimité de cette compar­timentation, nous aurons au moins le bénéfice de mettre en évidence quelques-unes des lignes de force qu’elle comporte. Cette approche du monde colonial, de son arrangement, de sa disposition géographique va nous permettre de délimiter les arêtes à partir desquelles se réorganisera la société déco­lonisée.

Le monde colonisé est un monde coupé en deux. La ligne de partage, la frontière en est indiquée par les casernes et les postes de police. Aux colonies, l’interlocuteur valable et institutionnel du colonisé, le porte-parole du colon et du ré­gime d’oppression est le gendarme ou le soldat. Dans les so­ciétés de type capitaliste, l’enseignement religieux ou laïque, la formation de réflexes moraux transmissibles de père en fils, l’honnêteté exemplaire d’ouvriers décorés après cin­quante années de bons et loyaux services, l’amour encou­ragé de l’harmonie et de la sagesse, ces formes esthétiques du respect de l’ordre établi, créent autour de l’exploité une atmosphère de soumission et d’inhibition qui allège considé­rablement la tâche des forces de l’ordre. Dans les pays capitalistes, entre l’exploité et le pouvoir s’interposent une multitude de professeurs de morale, de conseillers, de «déso­rientateurs». Dans les régions coloniales, par contre, le gendarme et le soldat, par leur présence immédiate, leurs interventions directes et fréquentes, maintiennent le contact avec le colonisé et lui conseillent, à coups de crosse ou de napalm, de ne pas bouger. On le voit, l’intermédiaire du pouvoir utilise un langage de pure violence. L’intermédiaire n’allège pas l’oppression, ne voile pas la domination. Il les expose, les manifeste avec la bonne conscience des forces de l’ordre. L’intermédiaire porte la violence dans les mai­sons et dans les cerveaux du colonisé.

La zone habitée par les colonisés n’est pas complémentaire de la zone habitée par les colons. Ces deux zones s’opposent, mais non au service d’une unité supérieure. Régies par une logique purement aristotélicienne, elles obéis­sent au principe d’exclusion réciproque : il n’y a pas de conciliation possible, l’un des termes est de trop. La ville du colon est une ville en dur, toute de pierre et de fer. C’est une ville illuminée, asphaltée, où les poubelles regorgent toujours de restes inconnus, jamais vus, même pas rêvés. Les pieds du colon ne sont jamais aperçus, sauf peut-être dans la mer, mais on n’est jamais assez proche d’eux. Des pieds protégés par des chaussures solides alors que les rues de leur ville sont nettes, lisses, sans trous, sans cailloux. La ville du colon est une ville repue, paresseuse; son ventre est plein de bonnes choses à l’état permanent. La ville du colon est une ville de Blancs, d’étrangers.

La vile du colonisé, ou du moins la ville indigène, le vil­lage nègre, la médina, la réserve est un lieu malfamé, peu­ple d’hommes malfamés. On y naît n’importe où, n’importe comment. On y meurt n’importe où, de n’importe quoi. C’est un monde sans intervalles, les hommes y sont les uns sur les autres, les cases les unes sur les autres. La ville du colonisé est une ville affamée, affamée de pain, de viande, de chaussures, de charbon, de lumière. La ville du colonisé est une ville accroupie, une vile à genoux, une ville vau­trée. C’est une vile de nègres, une ville de bicots. Le regard que le colonisé jette sur la ville du colon est un regard de luxure, un regard d’envie. Rêves de possessions. Tous les modes de possession : s’asseoir à la table du colon, coucher dans le lit du colon, avec sa femme si possible. Le colonisé est un envieux. Le colon ne l’ignore pas qui, surprenant son regard à la dérive, constate amèrement mais toujours sur le qui-vive : « Ils veulent prendre notre place. » C’est vrai, il n’y a pas un colonisé qui ne rêve au moins une fois par jour de s’installer à la place du colon.

Ce monde compartimenté, ce monde coupé en deux est habité par des espèces différentes. L’originalité du contexte colonial c’est que les réalités économiques, les inégalités, l’énorme différence des modes de vie, ne parviennent jamais a masquer les réalités humaines. Quand on aperçoit dans son immédiateté le contexte colonial, il est patent que ce qui morcelle le monde c’est d’abord le fait d’appartenir ou non à telle espèce, à telle race. Aux colonies, l’infrastructure économique est également une superstructure. La cause est conséquence : on est riche parce que blanc, on est blanc parce que riche. C’est pourquoi les analyses marxistes doivent être toujours légèrement distendues chaque fois qu’on aborde le problème colonial. Il n’y a pas jusqu’au concept de société pré-capitaliste, bien étudié par Marx, qui ne demanderait ici a être repensé. Le serf est d’une essence autre que le chevalier, mais une référence au droit divin est nécessaire pour légitimer cette différence statutaire. Aux colonies, l’étranger venu d’ailleurs s’est imposé à l’aide de ses canons et de ses machines. En dépit de la domestication réussie, malgré l’appropriation, le colon reste toujours un étranger. Ce ne sont ni les usines, ni les propriétés, ni le compte en banque qui caractérisent d’abord « la classe dirigeante ». L’espèce dirigeante est d’abord celle qui vient d’ailleurs, celle qui ne ressemble pas aux autochtones, « les autres ».

La violence qui a présidé à l’arrangement du monde colo­nial, qui a rythmé inlassablement la destruction des for­mes sociales indigènes, démoli sans restrictions les systèmes de références de l’économie, les modes d’apparence, d’habillement, sera revendiquée et assumée par le colonisé au moment où, décidant d’être l’histoire en actes, la masse colonisée s’engouffrera dans les villes interdites. Faire sauter le monde colonial est désormais une image d’action très claire, très compréhensible et pouvant être reprise par cha­cun des individus constituant le peuple colonisé. Disloquer le monde colonial ne signifie pas qu’après l’abolition des frontières on aménagera des voies de passage entre les deux zones. Détruire le monde colonial c’est ni plus ni moins abolir une zone, l’enfouir au plus profond du sol ou l’expulser du territoire.

La mise en question du monde colonial par le colonisé n’est pas une confrontation rationnelle des points de vue. Elle n’est pas un discours sur l’universel, mais l’affirmation échevelée d’une originalité posée comme absolue. Le monde colonial est un monde manichéiste. Il ne suffit pas au colon de limiter physiquement, c’est-à-dire à l’aide de sa police et de sa gendarmerie, l’espace du colonisé. Comme pour illustrer le caractère totalitaire de l’exploitation coloniale, le colon fait du colonisé une sorte de quintessence du mal (1). La société colonisée n’est pas seulement décrite comme une société sans valeurs. II ne suffit pas au colon d’affirmer que les valeurs ont déserté, ou mieux n’ont jamais habité, le monde colonisé. L’indigène est déclaré imperméable à l’éthique, absence de valeurs, mais aussi négation des valeurs. Il est, osons l’avouer, l’ennemi des valeurs. En ce sens, il est le mal absolu. Élément corrosif, détruisant tout ce qui l’approche, élément déformant, défigurant tout ce qui a trait à l’esthétique ou à la morale, dépositaire de forces maléfiques, instrument inconscient et irrécupérable de forces aveugles. Et M. Meyer pouvait dire sérieusement à l’Assemblée nationale française qu’il ne fallait pas prostituer la République en y faisant pénétrer le peuple algérien. Les valeurs, en effet, sont irréversiblement empoisonnées et infectées dès lors qu’on les met en contact avec le peuple colonisé. Les coutumes du colonisé, ses traditions, ses mythes, surtout ses mythes, sont la marque même de cette indigence, de cette dépravation constitutionnelle. C’est pourquoi il faut mettre sur le même plan le D. D. T. qui détruit les parasites, vecteurs de maladie, et la religion chrétienne qui combat dans l’œuf les hérésies, les instincts, le mal. Le recul de la fièvre jaune et les progrès de l’évangélisation font partie du même bilan. Mais les communiqués triomphants des missions renseignent en réalité sur l’importance des ferments d’aliénation introduits au sein du peuple colonisé. Je parle de la religion chrétienne, et personne n’a le droit de s’en étonner. L’Église aux colonies est une Église de Blancs, une Église d’étrangers. Elle n’appelle pas l’homme colonisé dans la voie de Dieu mais bien dans la voie du Blanc, dans la voie du maître, dans la voie de l’oppresseur. Et comme on le sait, dans cette histoire il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus. Parfois ce manichéisme va jusqu’au bout de sa logique et déshumanise le colonisé. A proprement parler, il l’animalise. Et, de fait, le langage du colon, quand il parle du colonisé, est un langage zoologique. On fait allusion aux mouvements de reptation du Jaune, aux émanations de la vile indigène, aux hordes, à la puanteur, au pullulement, au grouillement, aux gesticulations. Le colon, quand il veut bien écrire et trouver le mot juste, se réfère constamment au bestiaire. L’Européen bute rarement sur les termes « images». Mais le colonisé, qui saisit le projet du colon, le procès précis qu’on lui intente, sait immédiatement à quoi l’on pense. Cette démographie galopante, ces masses hystériques, ces visages d’où toute humanité a fui, ces corps obèses qui ne ressemblent plus à rien, cette cohorte sans tête ni queue, ces enfants qui ont l’air de n’appartenir à personne, cette paresse étalée sous le soleil, ce rythme végétal, tout cela fait partie du vocabulaire colonial. Le général de Gaulle parle des « multitudes jaunes » et M. Mauriac des masses noires, brunes et jaunes qui bientôt vont déferler. Le colonisé sait tout cela et rit un bon coup chaque fois qu’il se découvre animal dans les paroles de l’autre. Car il sait qu’il n’est pas un animal. Et précisément, dans le même temps qu’il découvre son humanité, il commence à fourbir ses armes pour la faire triompher.

Dès que le colonisé commence à peser sur ses amarres, à inquiéter le colon, on lui délègue de bonnes âmes qui, dans les « Congrès de culture », lui exposent la spécificité, les richesses des valeurs occidentales. Mais chaque fois qu’il est question de valeurs occidentales il se produit, chez le colonisé, une sorte de raidissement, de tétanie musculaire. Dans la période de décolonisation, il est fait appel à la raison des colonisés. On leur propose des valeurs sûres, on leur explique abondamment que la décolonisation ne doit pas signifier régression, qu’il faut s’appuyer sur des valeurs expérimentées, solides, cotées. Or il se trouve que lorsqu’un colonisé entend un discours sur la culture occidentale, il sort sa machette ou du moins s’assure qu’elle est à portée de sa main. La violence avec laquelle s’est affirmée la suprématie des valeurs blanches, l’agressivité qui a imprégné la confrontation victorieuse de ces valeurs avec les modes de vie ou de pensée des colonisés font que, par un juste retour des choses, le colonisé ricane quand on évoque devant lui ces valeurs. Dans le contexte colonial, le colon ne s’arrête dans son travail d’éreintement du colonisé que lorsque ce dernier a reconnu à haute et intelligible voix la suprématie des valeurs blanches. Dans la période de décolonisation, la masse colonisée se moque de ces mêmes valeurs, les insulte, les vomit à pleine gorge.

Ce phénomène est d’ordinaire masqué parce que, pendant la période de décolonisation, certains intellectuels colonisés ont établi un dialogue avec la bourgeoisie du pays colonialiste. Pendant cette période, la population autochtone est perçue comme masse indistincte. Les quelques individualités indigènes que les bourgeois colonialistes ont eu l’occasion de connaître ça et là ne pèsent pas suffisamment sur cette perception immédiate pour donner naissance à des nuances. Par contre, pendant la période de libération, la bourgeoisie colonialiste cherche avec fièvre des contacts avec les « élites ». C’est avec ces élites qu’est entrepris le fameux dialogue sur les valeurs. La bourgeoisie colonialiste, quand elle enregistre l’impossibilité pour elle de maintenir sa domination sur les pays coloniaux, décide de mener un combat d’arrière-garde sur le terrain de la culture, des valeurs, des techniques, etc. Or, ce qu’il ne faut jamais perdre de vue c’est que l’immense majorité des peuples colonisés est imperméable à ces problèmes. Pour le peuple colonisé la valeur la plus essentielle, parce que la plus concrète, c’est d’abord la terre : la terre qui doit assurer le pain et, bien sûr, la dignité. Mais cette dignité n’a rien à voir avec la dignité de la « personne humaine ». Cette personne humaine idéale, il n’en a jamais entendu. Ce que le colonisé a vu sur son sol, c’est qu’on pouvait impunément l’arrêter, le frapper, l’affamer ; et aucun professeur de morale jamais, aucun curé jamais, n’est venu recevoir les coups à sa place ni partager son pain avec lui. Pour le colonisé, être moraliste c’est, très concrètement, faire taire la morgue du colon, briser sa violence étalée, en un mot l’expulser carrément du panorama. Le fameux principe qui veut que tous les hommes soient égaux trouvera son illustration aux colonies dès lors que le colonisé posera qu’il est l’égal du colon. Un pas de plus, il voudra se battre pour être plus que le colon. En fait, il a déjà décidé de remplacer le colon, de prendre sa place. Comme on le voit, c’est tout un univers matériel et moral qui s’écroule. L’intellectuel qui a, pour sa part, suivi le colonialiste sur le plan de l’universel abstrait va se battre pour que colon et colonisé puissent vivre en paix dans un monde nouveau. Mais ce qu’il ne voit pas, parce que précisément le colonialisme s’est infiltré en lui avec tous ses modes de pensée, c’est que le colon, dès lors que le contexte colonial disparaît, n’a plus d’intérêt à rester, à coexister. Ce n’est pas un hasard si, avant même toute négociation entre le gouvernement algérien et le gouvernement français, la minorité européenne dite «libérale » a déjà fait connaître sa position : elle réclame, ni plus ni moins, la double citoyenneté. C’est qu’en se cantonnant sur le plan abstrait on veut condamner le colon à effectuer un saut très concret dans l’inconnu. Disons-le, le colon sait parfaitement qu’aucune phraséologie ne se substitue au réel.

Le colonisé, donc, découvre que sa vie, sa respiration, les battements de son cœur sont les mêmes que ceux du colon. II découvre qu’une peau de colon ne vaut pas plus qu’une peau d’indigène. C’est dire que cette découverte introduit une secousse essentielle dans le monde. Toute l’assurance nouvelle et révolutionnaire du colonisé en découle. Si, en effet, ma vie a le même poids que celle du colon, son regard ne me foudroie plus, ne m’immobilise plus, sa voix ne me pétrifie plus. Je ne me trouble plus en sa présence. Pratiquement, je l’emmerde. Non seulement sa présence ne me gêne plus, mais déjà je suis en train de lui préparer de telles embuscades qu’il n’aura bientôt d’autre issue que la fuite.

Le contexte colonial, avons-nous dit, se caractérise par la dichotomie qu’il inflige au monde. La décolonisation unifie ce monde en lui enlevant par une décision radicale son hétérogénéité, en l’unifiant sur la base de la nation, quelquefois de la race. On connaît ce mot féroce des patriotes sénégalais évoquant les manœuvres de leur président Senghor : « Nous avons demandé l’africanisation des cadres, et voici que Senghor africanise les Européens.» Ce qui veut dire que le colonisé a la possibilité de percevoir dans une immédiateté absolue si la décolonisation a lieu ou non : le minimum exigé étant que les derniers deviennent les premiers.

Mais l’intellectuel colonisé apporte des variantes à cette pétition et, de fait, les motivations ne semblent pas lui manquer : cadres administratifs, cadres techniques, spécialistes. Or le colonisé interprète ces passe-droits comme autant de manœuvres de sabotage et il n’est pas rare d’entendre, ça et la, un colonisé déclarer : « Ce n’était pas la peine, alors, d’être indépendants… »

Dans les régions colonisées ou une véritable lutte de libération a été menée, où le sang du peuple a coulé et la durée de la phase armée a favorisé le reflux des intellectuels sur des bases populaires, on assiste a une véritable éradication de la superstructure puisée par ces intellectuels dans les milieux bourgeois colonialistes. Dans son monologue narcissiste, la bourgeoisie colonialiste, par l’intermédiaire de ses universitaires, avait profondément ancré en effet dans l’esprit du colonisé que les essences demeurent éternelles en dépit de toutes les erreurs imputables aux hommes. Les essences occidentales, s’entend. Le colonisé acceptait le bien-fondé de ces idées et l’on pouvait découvrir, dans un repli de son cerveau, une sentinelle vigilante chargée de défendre le socle gréco-latin. Or, il se trouve que, pendant la lutte de libération, au moment où le colonisé reprend contact avec son peuple, cette sentinelle factice est pulvérisée. Toutes les valeurs méditerranéennes, triomphe de la personne humaine, de la clarté et du Beau, deviennent des bibelots sans vie et sans couleur. Tous ces discours apparaissent comme des assemblages de mots morts. Ces valeurs qui semblaient ennoblir l’âme se révèlent inutilisables parce qu’elles ne concernent pas le combat concret dans lequel le peuple s’est engagé.

Et d’abord l’individualisme. L’intellectuel colonisé avait appris de ses maîtres que l’individu doit s’affirmer. La bourgeoisie colonialiste avait enfoncé à coups de pilon dans l’esprit du colonisé l’idée d’une société d’individus où chacun s’enferme dans sa subjectivité, où la richesse est celle de la pensée. Or, le colonisé qui aura la chance de s’enfouir dans le peuple pendant la lutte de libération va découvrir la fausseté de cette théorie. Les formes d’organisation de la lutte vont déjà lui proposer un vocabulaire inhabituel. Le frère, la sœur, le camarade sont des mots proscrits par la bourgeoisie colonialiste parce que pour elle mon frère c’est mon portefeuille, mon camarade c’est ma combine. L’intellectuel colonisé assiste, dans une sorte d’autodafé, à la destruction de toutes ses idoles l’égoïsme, la récrimination orgueilleuse, l’imbécillité infantile de celui qui veut toujours avoir le dernier mot. Cet intellectuel colonisé, atomisé par la culture colonialiste, découvrira également la consistance des assemblées de villages, la densité des commissions du peuple, l’extraordinaire fécondité des réunions de quartier et de cellule. L’affaire de chacun ne cesse plus désormais d’être l’affaire de tous parce que, concrètement, on sera tous découverts par les légionnaires, donc massacrés, ou on sera tous sauvés. Le « démerdage », cette forme athée du salut, est, dans ce contexte, prohibée.

On parle beaucoup, depuis quelque temps, de l’autocritique : mais sait-on que c’est d’abord une institution africaine ? Que ce soit dans les djemââs d’Afrique du Nord ou dans les réunions d’Afrique-Occidentale, la tradition veut que les conflits qui éclatent dans un village soient débattus en public. Autocritique en commun bien sûr, avec cependant une note d’humour parce que tout le monde est détendu, parce que nous voulons tous en dernier ressort les mêmes choses. Le calcul, les silences insolites, les arrière-pensées, l’esprit souterrain, le secret, tout cela l’intellectuel l’abandonne au fur et a mesure de sa plongée dans le peuple. Et il est vrai qu’on peut dire alors que la communauté triomphe déjà à ce niveau, qu’elle secrète sa propre lumière, sa propre raison.

The International Criminal Court is a Plantation Court (first published in November 2011), Martial Frindéthié

President Laurent Gbagbo

Today, a great Pan-Africanist, fighter for the freedom of Africa from the shackles of neocolonialism, former Ivorian President Laurent Gbagbo, has been transferred to the International Criminal Court in The Hague after an eight-month detention in a concentration camp in northern Cote d’Ivoire. No one, not even President Gbagbo’s white captors, are really convinced of the crimes they accused him of. The truth is that President Gbagbo is being punished for daring to look the white imperialist in the eyes and tell him that the white program of rape and plundering of the African continent will only take place over his dead body. So, the “superior” men came with their “superior” morals and, with the help of those African collaborators who cannot forgive God for having made them in the color of the devil, who cannot wait to have the gates of white bliss opened to them, shackled President Gbagbo and took him to this 21st-century Plantation Court they call International Criminal Court. For indeed, apart from victimizing the victims and rewarding the victimizers, what justice has this Plantation Court allegedly created to prosecute individuals for genocide and other crimes against humanity ever really rendered to Africans? Whatever happened to President Mitterrand of France, who organized, trained, armed, and transported the perpetrators of the Rwandan genocide? Whatever happened to president Chirac of France, who orchestrated and supported the killing of tens of thousands of Lissouba’s supporters in Congo? Whatever will ever happen to presidents Chirac and then Sarkozy of France, whose military forces killed thousands of Ivorian civilians in 2004 and in 2011? I surmise that no Western leader, no matter the scale and violence of his crimes on Africans, will ever be tried in this Plantation Court system they call the International Criminal Court. President Gbagbo’s arrest, the most theatrical capture of an African freedom fighter since the capture and elimination of Patrice Lumumba, is meant to quash any African outrage about the plunder of the continent by the unscrupulous West, to serve as an example of white justice to any African nationalist opposed to the West’s predatory projects in Africa. If the so-called International Criminal Court is really looking for criminals and human rights abusers in Cote d’Ivoire, it is Alassane Dramane Ouattara, this puppet in office, whose protracted rebellion has killed more than 100,000 civilians in Cote d’Ivoire since 2002, that ought to be interpellated. For this Plantation Court called the International Criminal Court to deserve some semblance of credibility, it is Ouattara’s special police, with its daily lot of documented kidnappings, rapes, killings, and extra-judiciary assassinations, which ought to be brought to justice. This, however, will never happen, as long as Ouattara continues to enable the transfer of the Ivorian geological and agricultural resources to France. The illegal capture and incarceration of President Gbagbo in a white jail has historical precedence. Toussaint Louverture of Haiti died in a white jail. Samory Toure of West Africa died in a white jail. King Behanzin of Dahomey died in a white jail. Their crimes? They opposed the rape of Africa by the ravenous Occident. Their captures were also facilitated and applauded by some Africans. Each time an African freedom fighter is arrested by the white world and Africans applaud, each time the African continent is plundered of its natural and human resources and Africans applaud, Africans, indeed, give a standing ovation to the Gobineauian and Levy-Brhulian Aryanist theses of Black inferiority and cerebral ugliness.

Portrait du Dictateur (publié le 23 octobre 2015), M. Frindéthié

Le  dictateur, qu’il soit du Nazisme ou de la Rattrapocratie,  a ce déséquilibre psychologique, qu’il est un névrosé abandonnique. Intellectuellement inculqué de la toxine de l’infériorité, il est d’abord un persécuté mental parce qu’éduqué à se désavouer, à renier ses origines, à rechercher une jouissance étrangère considérée comme un état de grâce à atteindre au prix fort d’une totale aliénation, d’un total abandon de soi.

 S’étant donc fui, ayant décampé de lui-même pour se couvrir des oripeaux de l’autre, ayant fait le grand écart par lequel il a effacé toute trace de son passé, et déchiré toute carte de son ascendance, le névrosé abandonnique, qui n’a plus de commencement dans un monde où tout est question de commencement, dans un monde où ceux-là même qui lui ont appris à s’abjurer célèbrent leurs originalités, se réjouissent de leurs spécificités culturelles, commémorent leurs nationalités acquises,  le névrosé abandonnique, haïssant ceux qui lui rappellent son esclavage mental, ne rêve en permanence que de devenir un persécuteur.

Aussi, le dictateur, ce névrosé abandonnique, qui, pour se hisser au pouvoir, a massacré femmes et enfants et balafré constitutions, est habité d’une fébrilité qui n’a d’égale mesure que sa propension à la sédition. Chez le névrosé abandonnique, tout songe, toute imagination, toute insinuation, a valeur épiphanique. Ses anxiétés, c’est sur les autres que le dictateur, le névrosé, l’abandonnique les condense et les transfère. Sa vision déformée du monde ne lui donne à voir que des ennemis et des conspirations autour de lui. Et pour s’en protéger, il suit ses pulsions et massacre davantage. Et plus il massacre, plus il se sent vulnérable, s’entoure de neuf armées de défense,  transforme son palais en terrier où aucune chambre ne sert deux fois de suite, ne dort que d’un sommeil vaporeux, ou s’exile dans un ailleurs où il espère exister.

Le dictateur, ce névrosé abandonnique n’a ni ami ni collaborateur. Lui seul décide et insiste que l’on lui obéisse. Ses décisions impromptues et farfelues ont force de loi. . Derrière la fausse vitrine de démocratie, le névrosé abandonnique s’achète la loyauté politique en utilisant les ressources de l’Etat. Ceux qu’il ne peut pas acheter, il les convainc avec les muscles de l’Etat.

(Dec. 1, 2010) The United Nations, the IMF, and the “Unholy Trinity of Waste, Fraud and Abuse”, M. Frindéthié

It is under kofi Annan, when he was Secretary General of the United Nations, that the split of Cote d’Ivoire between a rebel North and a constitutional South got sanctified. At the time, Kofi Annan was under pressure by the Bush administration to show patte blanche on the “oil for food” program and France needed to regain control of the richest French-speaking African country that was progressively distancing itself from Paris under President Gbagbo’s leadership. Chirac and Annan had something to give each other: Annan needed Paris’s support to fend the American onslaught and Chirac needed the United Nations to weaken Gbagbo. Annan’s/the UN’s sanctification of the Northern rebellion in Cote d’Ivoire tells a compelling story: While Africa should be proud of its sons of daughters who have “made it” on the global stage, on the other hand, Africa should remain extremely wary of the petite bourgeoisie that has been reared in the nurseries of such organizations as the United Nations, the World Bank, and the IMF, a petite bourgeoisie whose interests lie in the maintenance and continuance of Africa’s enslavement. In 1997 the world and Africa in particular greeted with much elation the appointment of the first sub–Saharan African, Ghanaian Kofi Annan, as head of the United Nations. Annan even received some praise and enthusiastic wishes of success from very unlikely supporters. Then senior vice president of the American Enterprise Institute, John R. Bolton, who would later become one of Annan’s fiercest critics, had this to say of Annan’s “win” over Tanzanian Salim A. Salim. “The winner, Kofi Annan, was certainly preferable to Salim. Virtually all Annan’s career has been within the UN system, frequently in management and personnel positions. Few know the “system” better than Annan. He is therefore in the best possible position to deliver on reform, for bureaucratic trials, jargon and obfuscation are not likely to distract him if he is engaged. From January 1, 1997, forward, the world can judge his performance.” Could it be that the “system” to which Bolton was referring was what Stefan Halper named the United Nations’ “unholy trinity of waste, fraud, and abuse,” for indeed the world got to judge Annan and the verdict was resoundingly depressing? Truly, “a kleptocratic culture of non-accountability at home was transferred to the world body.” Annan managed the United Nations as a traditional Ghanaian village chief would manage his family plantation, that is, with no regard to transparency and good governance, but rather with particular propensity for nepotism, dereliction, and corruption. Under Annan’s predecessor, Boutros Boutros-Ghali, corruption, which was rampant in the United Nations, was thought to have reached its peak. However, Annan, who had been waiting for years in the antechamber of power, in the shadow of Boutros-Ghali as under-secretary general of the United Nations, was going to prove the critics of his boss wrong even before he had his chance to preside over the destiny of this most money-hungry institution. In a feat of pathological perfectionism Annan was going to take corruption to its uppermost eruption and claim for himself the palm of the world’s shadiest official. For Annan, how better could he claim the center of capitalism than to accumulate capitalism’s most valued assets, that is, money? So, when under his auspices the United Nations had the opportunity to administer the Oil-for-Food program, a program with a capital five-fold the United Nations’ own budget, Annan sought illegal means to hoard as much as he could of these funds either directly or indirectly. Indeed, in the aftermath of the 1991 Gulf War, the United States had imposed a series of trade embargoes on the Saddam regime. However, as is well known, sanctions imposed on despots have generally been circumvented by the governing classes they are meant to squeeze and have usually brought hardships on the ordinary people. To prevent this pattern from repeating itself in Iraq, the sanctioning authority allowed Iraqi oil to be sold, provided that the takings of the sale should be managed by the United Nations and utilized to buy food and humanitarian supplies for the people of Iraq and to fix the destroyed infrastructures of the country. In 1996, Kofi Annan was charged by Boutros-Ghali to administer the Oil-for-Food program, which was spasmodic at the time. Among the expert brokers that Annan brought in to make the program effective were his own son Kojo Annan and infamous Robert Mugabe’s nephew Leo Mugabe. Within seven years, the Annan dream team for the management of the Oil-for-Food program was able to reorient and embezzle billions of dollars with the complicity of Saddam, and this grand theft “would have succeeded without a hitch had not Saddam Hussein’s regime been overthrown and the Oil-for-Food program been transferred in all its mysterious splendor to the U.S.-led coalition in Iraq.”Of the 67 billion dollars that the export of oil generated between 1996 and 2003, Annan’s head of humanitarian program, Benon Sevan, before retiring to his 1.5-million-dollar mansion in New York, was able to report “31 billion in supplies of food and medicine delivered to the Iraqi people, leaving $8.2 billion in humanitarian goods still to be delivered…. $3 billion had gone in development funds to rebuild Iraq.” What of the rest? Well, in this age of digitized information, the United Nations internal managers/investigators for the Oil-for-Food program were sorry to inform the world that with the bombing of Baghdad by the coalition troops, important documents pertaining to the program got lost—as if the headquarters of the United nations were located in Saddam’s personal palaces; as if the United Nations, this over-budgeted institution, were still keeping records on first-century scrolls. In fact, “[t]he Oil-for-Food scandal is a potent indictment of the way business is done at the UN Secretariat. It represents the ongoing impeachment of the UN system, a symbol of continuing massive corruption involving the theft of close to $11 billion in revenues…. In fact, this recent scandal is not an aberration at the UN. It forms part of a pattern that can be considered the norm.” Where else than at the United Nations, the World Bank, and the IMF, these cradles of world corruption, could the black slaver fulfill his dream of tending exponentially toward the glittering center of white bliss? Where else than there could he accumulate the fastest possible that which allows him to mark his difference from the bottom billion crouching in the rural poverties of Africa and Asia? Where else than there could he amass the necessary assets that would make him a modern man in the urban space, in the company of the white? Annan’s attitude is symptomatic of the black elites’ perfectionist superfluity. The African petite bourgeoisie reared within such world organizations as the UN or the IMF, affected by inferiority complex, and that “pander[s] to Western opinion.” is on a binge for praise. Alassane Ouattara belongs to that class of approval seekers, and he would do anything to please the West and to avoid the West’s reprimand. Laurent Gbagbo does not fit the mold of France’s black governors as represented by Bokassa, Bongo I, Compaoré, Biya, Nguesso or Ouattara. The latter has been exposed as a vile politician that is more concerned about protecting the interests of his imperialist masters than ensuring and safeguarding the welfare of the Ivorian people, a people that has vowed never to bend to the imperialist pressure. His multiple calls for a popular uprising since 2002 and his attempts at coups d’état have repeatedly failed. His Occidental masters, however, are resolute to put him on the throne in spite of the people’s resistance. This sets the stage for another African calamity.

Read more in K. Martial Frindéthié’s Globalization and the Seduction of Africa’s Ruling Class: An Argument for a New Philosophy of Philosophy (McFarland, 2010)

Kagamé renoue avec la Françafrique … et est aussitôt innocenté par Paris (publié le 11 janvier 2012), M. Frindéthié

A l’occasion de la disculpation de Kagamé, il est peut-être de bon ton de revenir sur les circonstances du tour de main par lequel la France, indubitablement responsable du génocide ruandais, ramène Kagamé au bercail de la Françafrique et se blanchit par la même occasion.

C’est en juillet 1975 qu’arrivé au Ruanda pour une expédition de chasse organisée pour lui par le président ruandais Habyarimana, Giscard signe un accord d’assistance militaire très flou avec son hôte par lequel une aide militaire de 4 millions de francs est chaque année convoyée vers le Ruanda. Loin d’être un accord de défense du genre signé avec la Côte d’Ivoire, le Gabon et le Sénégal en 1961, cet agreement n’empêche tout de même pas que le Ruanda pullule de militaires et d’aventuriers français de tous genres, qu’Habyarimana sollicite lorsqu’il se voit confronté à la rébellion du FPR (Front Patriotique Ruandais) de Kagamé, considérée comme une présence étrangère parce qu’anglophone. Le FPR, qui en 1990 avait envahi le Ruanda, était composé d’immigrants ruandais en Ouganda, qui, après 30 ans de sanctuaire en Ouganda (comme les Ivoiriens exilés aujourd’hui au Ghana), se voyaient forcés par leur pays hôte de rentrer chez eux.

 En effet, la communauté Tutsi, minoritaire du Ruanda, éduquée dans les écoles catholiques, était, depuis la colonisation belge, la classe instruite du pays. C’est principalement cette communauté qui la première revendiqua l’indépendance du Ruanda vers la fin des années 50, menaçant ainsi les intérêts capitalistes belges. Pour mettre à mal les Tutsi récalcitrants, les Belges introduisirent la notion de représentation de la majorité ethnique ; ce qui permit donc à un Hutu, l’ancien séminariste Grégoire Kayibanda, d’être le premier président ruandais en 1962. Une fois au pouvoir, les Hutu se livrèrent à une revanche sanguinaire contre la minorité Tutsi, forçant plus de 300.000 Tutsi à se refugier en Ouganda. Débarrassés de la plupart des Tutsi, les Hutu se combattirent entre eux, ce  qui finit en 1973 par un coup d’état du leader de l’armée hutu, Habyarimana, qui à son tour, persécuta non seulement les Tutsi, mais aussi les Hutu du sud, dont il purgea l’armée et l’administration ruandaises.

 En 1979, les exilés Tutsi formèrent l’Alliance Ruandaise pour l’Unité Nationale (ARUN), qui en 1987 devint le FPR. Lorsque le FPR attaqua l’armée d’Habyarimana en 1990, le président français Mitterrand amalgama accord d’assistance militaire et accord de défense, et il ordonna une intervention directe des troupes françaises au Ruanda. La Françafrique n’entendait pas perdre le Ruanda (un pays stratégiquement situé à la limite de l’influence anglo-saxonne) aux Anglophones. Pour Paris, Paul Kagamé, le chef militaire du FPR, fils d’un exilé Tutsi, élevé en Ouganda, partiellement éduqué aux Etats-Unis, et qui parlait un anglais parfait, ne pouvait être qu’un pion anglo-saxon, et surtout américain. Par ailleurs, hantée par les spectres de sa défaite en Indochine, la France n’hésita pas à assimiler la discipline militaire et l’intrépidité du FPR aux résistants algériens et aux Khmers rouges cambodgiens. Très vite, Paris surnomma l’armée de Kagamé les Khmers noirs, qu’il fallait à tout prix mater. Comme le notait Verschave, « la décision de former les forces armées rwandaises (FAR), clairement politique, fut prise personnellement par François Mitterrand …. Les rebelles venus d’Ouganda pouvaient-ils représenter autre chose que le produit d’une manipulation des Anglo-Saxons ? Il fallait aider Juvénal, lui procurer armes et munitions, former une armée qui lui permette d’en finir avec ces importuns. L’armée [française] s’exécuta sans réserve, dans le droit fil des institutions et de la pratique de la Ve République ».

L’Elysée arma donc Habyarimana à raison de 200 millions de francs par an, équipant les forces ruandaises de nouvelles armes à tester sur les Tutsi et le terrain inégal du Ruanda. 500 paras français et 150 conseillers militaires français aidèrent les Hutu à tester l’armement militaire français sur les Tutsi. Confession d’un gradé de l’armée française à Kigali : « c’est vrai qu’en février 1992 on y est allé très fort. On a profité de l’occasion pour tester du matériel expérimental, des blindés légers de montagne et des hélicoptères de combat dotés d’une douzaine de roquettes de chaque côté ». En fait, la France a officiellement participé aux côté d’Habyarimana à l’élimination programmée du peuple tutsi. En 1993, les Nations Unies publièrent un rapport qui accablait le gouvernement de Kigali de crimes contre l’humanité. En France, en Belgique, et au sein du monde occidental, ce rapport ne provoqua pas le moindre saisissement. Au contraire : Mitterrand, le roi Baudouin de Belgique, l’Eglise Catholique (les anglophones FPR étant considérés comme des Anglophones protestants), et le magazine Jeune Afrique contribuèrent à polir l’image d’Habyarimana et à disculper le gouvernement ruandais. A Paris, Mitterrand continuait de dérouler le tapis rouge à Habyarimana. Devrait-on s’en étonner ? Absolument pas. Aucun des chefs d’état français n’avait vraiment fait sien le crédo français de liberté, égalité, fraternité. Mitterrand n’a jamais été pire que ses prédécesseurs. Il n’était qu’un chef d’état français typique.

 Eventuellement les Ruandais surmontèrent leur tragédie à travers une réconciliation douloureuse. Le gouvernement de Kagamé accusa directement la France du génocide ruandais et s’éloigna de Paris, politiquement et culturellement. Kagamé constitua une commission d’enquête pour recenser les instances de participation de Paris au génocide des Tutsi. Pour contrer l’initiative de Kagamé, le juge français Bruguière publia un rapport d’accusation impliquant directement Kagamé du crash de l’avion d’Habyarimana. Le rapport du juge français contredisait toutes les évidences d’enquêtes très crédibles qui elles pointaient le doigt vers la France. Kagamé tourna définitivement le dos à la France. Le Ruanda coupa les ponts avec Paris et la langue française.

 Lorsque Sarkozy vint au pouvoir, l’une de ses préoccupations majeures fut de ramener Kagamé dans la Françafrique. Il s’y employa assidument. Après de longues années de coups de langue et de frétillements de la queue, Sarkozy y parvint. Et comme par magie, la France absout aujourd’hui Kagamé de tout péché. La Françafrique a encore de belles années devant elle.

Self-Flagellation or Why (some) Africans Hate African Nationalists, M. Frindéthié (first published in November 2012)

For centuries, Western Europe and its offspring, America, have organized the various scientific, political, economic, bureaucratic and ethical-religious disciplines that govern the lives of their peoples around a central order of discourse, a fundamental ideology that subsumes the primacy of individual interests over collective welfare: capitalism. Overvalued as the essential organizing principle in Western societies, capitalism successfully established the tyranny of the few that birthed it over the majority that endured it, mythologizing the rise to power of these few as epic and grandiloquent and mystifying their callous authority, their voracious appetite for profit accumulation and their take-no-prisoner moral code as measures of accomplishment. The greedier the progenitors of capitalism got, the more capitalism itself became a state of grace to be arrived at, and the more its principles were propagated in all ideological institutions—family, school and church being the preponderant ones—as honorable principles.

As the seventeenth-century slave traders grew prosperous in Europe and America from their dishonorable commerce, their sullied views and morals progressively became the standards to uphold, and it did not take long for their distorted sense of ethics to become the object of desire for most Europeans. The first capitalists of Western European and American societies established a center lodging a prominent minority, a center to which the marginalized majority could hope to belong someday only by surrendering its principles to the values of capitalism. For many on the periphery of capitalism, the way to reach out to the center of Euro-American capitalism was to voluntarily marginalize themselves geographically. Thus, in the aftermath of the Berlin 1885 Conference, many of them joined the crews of commercial ships toward the colonies; many enrolled in the foreign legions that would crush indigenous resistances in the colonies; many joined the colonial administrations that were to organize the power structure of the metropole in the colonies; and many others just packed their few belongings and left for the colonies, betting everything on good fortune. All, however, were resolute to strike gold and return in a few years to the center as nouveaux riches.

In the colonies, this heteroclite body of Euro-American adventurers, outfitted with the distorted moral principles of the rapacious center, rehearsed the center. The center’s attitudes became their attitudes, its values their values, and its suppositions their suppositions; but worst of all, the other, the colonized, became the object on which these mystified fortune-hunters would test their efficiency. The colonies became the site of evident racism, a racism whose preponderant organizing principle was profit accumulation. In the European scramble for unbridled wealth accumulation, racism was merely a means to the end. Racism allowed elimination of the dark other in the capitalist quest for profit; but above all, in that quest, racism allowed and rationalized commoditization of the other. A racist ideology developed in Europe and in America by a center eager to confuse the marginalized European and American masses on the real source of its economic and political power was transferred in the colony by the bamboozled adventurers and applied with expert efficiency. In the metropole, it was convenient for the center that the masses should believe that political and economic powers were attainable by any constituent of “God’s chosen race,” provided this constituent would abide by the center’s order of discourse as a natural ideology come down from the divine authority. A crooked clergy fattened by rapacious capitalists rationalized the supposed link between the gospel and the capitalist discourse of uncontrolled wealth accumulation. While the milky skin of the European was a virtual authorization to paradise, the colonized’s dark complexion was the divine declaration of his eternal damnation; but above all, it was the sign of the colonized’s divine assignation: He was to slave for the white. The black colonized became the other’s other, the other of the Euro-American capitalistic center’s other.

The various independence struggles in the colonies had profound meaning for the colonized as well as for the colonizer. Colonization, be it direct as the one instituted by the French or indirect as the English model, intended to deprive the native both materially and mentally. The primary aim of colonization was to siphon resources from the colonies toward the metropole; however, for this dispossession to take place without any hitch, the native had to be placed in a frame of mind to accept the ideology of domination. In the colonies, the colonial school—usually run by the colonial clergy—the colonial administration, and the colonial armies either persuasively or repressively produced and maintained the subaltern conditions of the native and even went so far as to teach the native to reproduce these conditions in the absence of supervision. In this context, the independence movement, sought to restore the native to himself by demythologizing the white and by demystifying his power. These movements were considered subversive by the colonizers, who resisted them and went to great length to undermine them with the help of some native informants trained in the art of self-mortification. Africa’s biggest challenge today is to grow in spite of the sabotaging acts of the nostalgic former colonizers assisted by their swarm of self-destructive native informants.

This challenge is significant, as it amounts to displacing the frame of reference that informs the judgments of the African elites. Colonization was not just about draining off wealth from Africa; it was also about physically beating the African in the fields and on the worksites, and mentally beating his brain to pulp in the colonial schools and churches in order to outfit him for the maintenance and perpetuation of the ideology of Western dominance. This enterprise of alienation worked so successfully that the first leaders of the newly independent African countries—many of whom are still in power today—govern their nations in the interest of the former colonizers. Whenever the Western frame of reference has been challenged by a few farsighted nationalists, whenever these nationalists have rallied enough support to imperil the Western influence on their countries, they have been simply eliminated by native hit men on the payroll of the rapacious Western interests, when their programs have not been sabotaged and their countries literally sacked and set on fire to confirm the propagated notion by a racist and self-centered West of the inability of blacks to govern themselves.

Despite the danger of obliteration, a few audacious African intellectuals have not hesitated to challenge the presumed natural center of globalization with its implied hegemonic agenda. Their task is daunting, as they face opposition both from within as well as from without. From within, they are targeted by the petite bourgeoisie that has prospered through destructive collaboration with the West. From without, they face opposition with a greedy West resolute to maintain its exploitation of Africa. In the daunting task that faces them every single day, the African nationalists deserve our admiration and utmost support