Qu’est-ce que le franc CFA ? (publié sur ce site le 26 novembre 2011)

22 novembre 2011

 Gary K. Busch, traduction de Martial Frindéthié

 

 Qu’est-ce que le franc CFA ?

Il y a en réalité deux sortes de franc CFA en circulation. Le premier CFA est celui de l’Union économique et monétaire ouest africaine, l’UEMOA, qui regroupe 8 pays d’Afrique de l’ouest (le Bénin, le Burkina Faso, la Guinée Bissau, la Côte d’Ivoire, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo). Le deuxième CFA est celui de la Communauté économique et monétaire des états d’Afrique centrale, le CEMAC, qui regroupe le Cameroun, le Centrafrique, le Tchad, le Congo-Brazza, la Guinée équatoriale, et le Gabon). Cette division correspond à la division coloniale de l’Afrique francophone en une AOF (Afrique occidentale française) et une  AEF (Afrique occidentale française), à l’exception de la Guinée-Bissau initialement portugaise, et de la Guinée équatoriale espagnole.

 Chacun de ces deux groupes émet son propre franc CFA. Le Franc de l’UEMOA est issu de la  BCEAO (Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest) et celui de la CEMAC CFA est émis par la BEAC (Banque des Etats de l’Afrique Centrale). Ces monnaies étaient cotées à 100 francs CFA pour 1 franc français; et lorsque la France adopta l’euro au taux fixe de 6,65957, le CFA fut arrimé à l’euro à raison de 665,957 francs CFA pour 1 euro, afin de garder le taux de 100 pour 1. Le projet en cours est de coter le CFA à l’euro au taux de change de 1000 francs CFA pour 1 euro ; ce qui revient à une réduction d’environ 50% de la valeur du franc CFA.

Qui est responsable du CFA ?

La politique monétaire qui gouverne cette diversité de pays n’est en fait pas très compliquée, car elle est formulée par le Trésor français, sans l’avis des autorités des banques centrales de l’UEMOA et de la CEMAC. Selon les clauses de l’accord qui a établi ces banques et le CFA, la banque centrale de chaque pays membre  a obligation de déposer au moins 65% de sa réserve de change dans un « compte d’opérations » logé au Trésor français, plus 20%  pour couvrir d’éventuels passifs.

 Les banques centrales de la zone CFA imposent aussi à chaque pays membre un plafond sur le crédit, l’équivalent de 20% des recettes de l’Etat de l’année précédente. Bien que la BEAC et la BCEAO aient des découverts au Trésor français, tout retrait sur ces fonds doit être obligatoirement approuvé par le Trésor français. La décision finale revient au Trésor français, qui investit ces réserves à la Bourse de Paris à son propre compte.

 En un mot, plus de 85%  des réserves de change de ces pays africains sont déposés dans des « comptes d’opérations » contrôlés par le Trésor français. Les deux banques de la zone CFA ne sont africaines qu’en théorie. Elles ne formulent aucune politique monétaire. Les pays de la zone CFA ne savent ni ne sont informés du montant de ces réserves déposées au Trésor français qui leur appartient collectivement ou individuellement. Les bénéfices rapportés par l’investissement des réserves africaines devraient en principe être reversés dans ces réserves en tant que propriétés des pays de la zone franc. Ce n’est pas le cas. Aucun rapport comptable n’est fourni ni aux banques centrales ni aux pays membres de la zone CFA sur les investissements de leurs réserves. Le club restreint de hauts fonctionnaires du Trésor français qui connaissent le montant des réserves et savent ce qu’elles rapportent en investissements est tenu au strict secret professionnel. Ces fonctionnaires ne peuvent en parler ni aux autorités des banques centrales ni à celles des pays membres de la zone CFA.

 De ce fait, les pays africains membres de la zone CFA ne peuvent pas formuler leurs propres politiques monétaires. Ce qui fait que les pays les plus inefficients et gaspilleurs peuvent utiliser à loisir les réserves de change des pays les plus efficients et fiscalement prudents sans que ces derniers ne puissent intervenir de façon significative. La convertibilité du franc CFA en franc français se fait par des agents intermédiaires certifiés rémunérés par les découverts des banques centrales.

 Généralement, trois artifices principaux on été utilisés par les deux banques centrales opérant sur instruction du Trésor français pour contrôler la croissance monétaire dans la zone CFA :

1)      Les banques centrales font payer des intérêts sur les opérations de découverts bancaires aussi bien que sur les avoirs en compte.

2)      Lorsque le solde des comptes d’opération d’une banque centrale tombe en deçà d’un seuil donné, la banque doit réduire l’expansion du crédit en augmentant généralement le coût de réactualisation ou d’émission de billets de trésorerie ou en limitant l’accès des pays membres aux services de réactualisation.

3)      Les crédits accordés au secteur public de chaque Etat membre ne peuvent excéder 20%  de ses recettes fiscales de l’année précédente.         

         Cependant, ce contrôle strict opéré par le Trésor français sur les liquidités et les réserves des états d’Afrique francophone n’est qu’un aspect du problème. La création et le maintien de la domination française sur les économies des états francophones d’Afrique est le produit de la longue colonisation française et l’apprentissage de la dépendance des états francophones africains.

 Les banques centrales des pays d’Afrique francophone ont un pouvoir très limité. Ce sont des économies vulnérables aux caprices du marché  mondial. Il ne peut y avoir de commerce sans monnaie ; il ne peut y avoir d’investissements sans réserves. Les politiciens et les partis élus pour promouvoir le développement, la réforme, les changements de politiques commerciales et fiscales ne sont opérants qu’avec le consentement du Trésor français, qui rationne leurs fonds. Certains Africains s’opposent à la perpétuation de ce système. Le président Abdoulaye Wade du Sénégal l’a fait savoir en ces termes : « l’argent du peuple africain bloqué en France doit être retourné à l’Afrique pour  permettre l’essor des économies des états de la BCEAO. Nous ne pouvons pas avoir des milliards dans les marchés boursiers étrangers et être traités comme des mendiants qui doivent faire la manche ».

 Comment en est-on arrivé là ?

La colonisation au sud du Sahara ne s’est pas opérée comme le souhaitait de Gaulle. De Gaulle voulait d’une communauté franco-africaine plutôt que l’indépendance totale pour l’Afrique. Cependant, lorsqu’au référendum de 1958 Sékou Touré lui opposa un « non », le projet de de Gaulle se brisa. La France dut se résigner à accorder l’indépendance à ses ex-colonies en 1960 après une punition exemplaire à la Guinée. Cependant, cette indépendance se gagnerait au prix d’un contrôle strict et continu sur les économies des anciennes colonies. Cet accord, c’était le Pacte Coloniale.

 Par cet accord, les colonies amarraient leur sort économique et militaire à la France. Le pacte créa le CFA et des mécanismes légaux pour assurer à la France une place privilégiée dans la vie politique et économique de ses ex-colonies. Jacques Foccart, le conseiller aux affaires africaines de de Gaulle et co-fondateur, avec Charles Pasqua, du Service d’Action Civique gaulliste, en était le concepteur.

 Le Pacte Colonial assurait une place préférentielle à la France dans la vie politique, économique et militaire des anciennes colonies françaises. Au plan militaire, deux types de contacts furent conçus : la coopération militaire et l’aide technique militaire pour lesquelles personne n’était tenu par la loi, et qui pouvaient être suspendues selon les circonstances. Cette coopération couvrait l’éducation et l’entrainement de soldats et de forces de sécurité africains. Le second type de coopération, plus secret, et qui avait force de loi, était un ensemble d’accords de défense supervisés et mis en place par le ministère français de la défense ; cette coopération offrait une base légale à l’intervention française. Ces accords permirent à la France de positionner des  troupes permanentes et rotatives  dans des bases militaires gérées entièrement par la France en Afrique ; Foccart fit signer aux chefs d’état africains des lettres non datées demandant l’intervention de la France à tout moment.

 Selon l’annexe 2 de l’accord de défense, la France a la priorité sur tout autre acquéreur dans l’acquisition de matières premières africaines dites « stratégiques ». En fait, selon l’annexe 2, le gouvernement français informe régulièrement les Africains de sa politique concernant les matières premières stratégiques selon les besoin de la défense, de l’évolution des ressources et de la situation du marché mondial.

 Selon l’article 3, les gouvernements africains sont tenus d’informer la France sur les mesures qu’ils entendent prendre concernant les produits et matières premières stratégiques. Pour conclure, l’article 5 relatif à ces produits statue que les pays africains doivent les vendre à la France d’abord, après avoir satisfait les besoins de la consommation locale, et que les pays africains doivent importer les produits dont ils ont besoin de la France en premier lieu. La réciprocité entre les signataires n’impliquait pas un accord d’égaux. Elle reflétait la dominance du pouvoir colonial qui avait organisé les indépendances des pays africains quelques mois auparavant. Tout était réservé à la France d’abord. La France était le premier choix pour l’importation, et des conseillers français étaient placés dans les ministères aux côtés de ministres africains.

 En résumé, le Pacte Colonial maintint la domination de la France sur les économies de ses ex-colonies ; la France s’octroya les réserves de change de l’Afrique francophone. Elle prit le contrôle de ses matières premières ; elle positionna ses troupes dans les pays francophones pour s’assurer un passage libre ; elle ordonna que tous les équipements militaires soient acquis en France ; elle s’accapara de l’entrainement de la police et de l’armée ; elle insista que les entreprises françaises aient le monopole en Afrique francophone dans les secteurs clés (eau, électricité, ports, transport, énergie). La France imposa des limites sur l’importation d’une variété de produits en dehors de la zone-franc ; mais elle imposa aussi un minimum d’importation de la France. Ces traités sont encore opérationnels aujourd’hui.

 L’impact du Pacte Coloniale

Les conséquences de la continuation de la politique de dépendance de l’Afrique sont tangibles. Ce sont le manque d’option de compétitivité, la dépendance de l’Afrique par rapport à  l’économie française, la dépendance à l’armée française, et la grande ouverture faite aux entreprises françaises privées. Certaines différences sont beaucoup plus subtiles.

 Les compagnies françaises opérant en Afrique francophone, en fonction de leur pouvoir sécurisé de monopole et d’oligarchie, ont un apport substantiel dans le PIB des pays africains. Elles sont souvent les seules grandes pourvoyeuses de recettes fiscales. Dans de nombreux pays, les compagnies françaises paient 50% des taxes ; ce qui leur donne un statut unique. Ainsi il n’est pas rare d’entendre les Français déclarer que sans les compagnies françaises, les économies des pays africains s’écrouleraient. Lorsqu’en plus de ce fait les pays africains ont du mal à accéder à leurs réserves, l’évidence de la dépendance de l’Afrique devient alarmante. Cependant, cela n’exclut pas la participation d’autres opérateurs économiques tels la Chine, ou les Etats-Unis. C’est l’éventualité de cette compétition qui rend la France si fébrile.

 50 ans après les indépendances africaines, la France continue de contrôler la plupart des infrastructures africaines, et continue de mélanger ses réserves de change à celles des 14 pays africains de la zone CFA. Les compagnies aériennes, la téléphonie, l’électricité, l’eau et les grandes banques sont contrôlées par la France. Les accords de coopération signés après les indépendances par le président Houphouët et le premier ministre français d’alors, Michel Debré, sont toujours théoriquement applicables. La France maintient une poigne de fer sur la monnaie et le commerce ivoiriens ; ce qui tue toute initiative nationale d’indépendance.

 Cette position privilégiée de la France est documentée dans un rapport de la Commission des Nations Unies : « Les témoignages recueillis montrent que la loi de 1998 sur le foncier rural est liée à la position dominante que la France et les intérêts français occupent en Côte d’Ivoire.

Selon ces sources, les Français possèdent 45% des terres ; curieusement, les immeubles de la Présidence de la République et de l’Assemblée nationale sont loués de la France. Les intérêts français contrôlent les secteurs de l’eau et de l’électricité ». Le rapport n’effleure que très superficiellement l’influence de la France en Côte d’Ivoire. Voici ci-dessous quelques uns des opérateurs français influents dans le pays :

 Bolloré, leader du transport maritime français et opérateur principal du transport maritime en Côte d’Ivoire, en compagnie de Saga, SDV et Delmas, contrôle le port d’Abidjan, le pus grand port maritime en Afrique de l’ouest. Bolloré contrôle la régie ferroviaire Abidjan-Burkina (Sitarail). Bien qu’il se soit retiré récemment du commerce du cacao, il conserve toujours sa position de leader dans le tabac et le caoutchouc. Bouygues, leader dans les travaux publics a le monopole des grands travaux ; sans oublier Colas, troisième compagnie française de travaux publics. A travers la privatisation, Bouygues a aussi obtenu des concessions supplémentaires dans l’eau et l’électricité. Il est aussi présent dans l’exploitation du pétrole ivoirien. Total, la plus grande compagnie pétrolière française, détient un quart des actions de la Société ivoirienne de raffinage (première compagnie ivoirienne). Total est propriétaire de 160 stations d’essence et contrôle la provision de bitume. France Telecom, la 7e compagnie française et leader de l’industrie des télécommunications, est la principale actionnaire de Côte d’Ivoire Telecom avec 85% du capital. Ce secteur lui fut offert dans le cadre de la privatisation des entreprises. Dans le secteur des banques et des assurances, on note les activités de la Société Générale, 6e banque en France, regroupant 55 branches en Côte d’Ivoire, aussi bien que celles du Crédit Lyonnais et de BNP-Paribas. AXA, la 2e compagnie française et leader de l’assurance est présente en Côte d’Ivoire depuis l’ère coloniale. La compagnie française la plus vieille en Cote d’Ivoire est la CFAO-CI. Elle opère dans de nombreux secteurs (automobiles, pharmacie, nouvelles technologies, etc.). Pendant très longtemps, la CFAO avait le monopole des exportations et de la vente au détail. La CFAO n’a jamais connu une année déficitaire depuis sa création en 1887. Elle fut acquise récemment par le groupe Pinault-Printemps-La Redoute. Il y a aussi à signaler la présence du « boss des boss français d’antan », le baron Ernest Seilleres, à travers Technip (usine du secteur pétrolier) et Bivac (qui a récemment installé un nouveau scanner au port d’Abidjan).

 La grande  présence du capital français est l’évidence de la profitabilité de la Côte d’Ivoire. Bien que les investissements directs français ne constituent que de 3,5 milliards d’euros, les compagnies d’état acquises par la France leur ont été offertes à des prix imbattables. Les bénéfices que génèrent ces compagnies à la France sont d’une immensité vertigineuse. En dépit de la fuite de certaines compagnies françaises au cours de l’attaque rebelle contre la Côte d’Ivoire, le Business français est vite revenu dans le pays, et a même recouvré son importance d’antan. En fait, l’un des premiers gestes de Ouattara après que la France l’a imposé comme président fut de payer des millions d’euros de compensation aux entreprises françaises qui avaient fui la Côte d’Ivoire par peur de représailles après le massacre des civils ivoiriens par l’armée française le 20 novembre 2004.

 Le vrai challenge du business français vint avec l’élection de Laurent Gbagbo comme président de Côte d’Ivoire. Sa décision de revoir les termes du Pacte Colonial et son intention de faire partir les troupes françaises et onusiennes de son pays sont les raisons pour lesquelles la France causa sa chute et son incarcération.

 Pourquoi la dévaluation du CFA ?

La France n’a plus d’argent. Elle n’a que d’énormes dettes publiques et bancaires. Elle est la plus exposée aux faillites grecques et italiennes, entre autres, et vient de s’embarquer sur un nouveau plan d’austérité. Elle est sur le point de perdre son Triple A, ce qui va conduire les banques privées à accepter de pardonner une partie de la dette européenne. Les grandes dépenses occasionnées dans la poursuite de la guerre contre la Libye ont ruiné la France. La seule raison pour laquelle la France a encore la tête hors de l’eau est la présence des vastes réserves africaines dans les caisses du Trésor français depuis 1960. La grande partie de cette somme est détenue sous forme d’actions au nom du Trésor français ; ce qui a permis de compenser de façon très substantielle la perte de crédibilité des finances françaises.

 Les pays francophone d’Afrique se sont progressivement habitués à l’idée qu’ils ne reverront plus jamais leurs avoirs accumulés depuis des années, que la France entend utiliser comme sa contribution à l’effort de sauvetage de l’euro. Le président Wade du Sénégal a encore demandé qu’une comptabilité soit faite sur les réserves africaines. Jusque là aucune réponse ne lui est venue. Ouattara de la Côte d’Ivoire et Denis Sassou Nguesso du Congo-Brazzaville ont été informés qu’une dévaluation sera nécessaire, et ils ont été délégués pour relayer l’information à leurs homologues. Les économistes sont unanimes que si cette dévaluation a lieu, 40% des ressources africaines seront utilisées comme bouée de sauvetage pour le Trésor français.

 Cela aura des conséquences désastreuses pour l’Afrique. La dernière fois qu’une mesure de dévaluation fut prise, l’Afrique francophone en souffrit énormément. Bien sûr, les présidents africains et leurs proches ne connurent pas la galère du peuple. La dévaluation est avantageuse lorsque l’on a des produits à exporter, car les produits bon marché attirent les acheteurs. Cependant, la plupart des produits que l’Afrique exporte sont des matières premières et du pétrole. Leurs produits manufacturés, leurs services, tous leurs produits invisibles leur viennent pratiquement de la France ou par le biais de la France. Les denrées alimentaires sont en grande partie importées d’ailleurs, et leurs coûts de transport ne cessent de grimper chaque jour. Cette année, des signes d’inflation ce sont fait voir. La zone monétaire oust africaine a connu une inflation accélérée de 3,9% à 4,1% de décembre à janvier. Cette inflation dans la zone CFA était due principalement au coût élevé de la nourriture, du transport, du logement et de la communication. L’augmentation des coûts était en moyenne de 1,4% en 2010, alors qu’elle n’était que de 0,4% l’année précédente. Les coûts élevés du carburant et de la nourriture ont conduit à cette augmentation des prix.

 L’un des pays qui fut le plus frappé par la dévaluation était la Côte d’Ivoire. La dévaluation impliquait la signature d’un accord d’ajustement structurel avec le FMI et la Banque mondiale, un accord qui imposait des mesures draconiennes au gouvernement afin de redresser l’économie. Ce redressement n’eut jamais lieu. Au contraire.

 La pluie de milliards (le volume exceptionnel de crédits) encouragea la mauvaise gouvernance dans le pays. L’homme aux commandes de ce désastre était Alassane Ouattara. Pendant que Ouattara s’attelait à enrichir les finances des pays étrangers, la Côte d’Ivoire elle s’enfonçait de plus en plus profondément dans la pauvreté. C’est la mise en œuvre des projets financés par l’Union Européenne et la pesanteur des crédits liés à la suspension des dettes contractées au nom des institutions internationales qui ont poussé ces institutions à se désolidariser de la Côte d’Ivoire en 1998.

 Non seulement les projets d’Alassane Ouattara jetèrent la majorité des Ivoiriens dans la pauvreté, mais ils contribuèrent aussi à délocaliser les avoirs des Ivoiriens juste avant la dévaluation, à travers des banques ghanéennes, exercées dans la convertibilité du franc CFA en dollar, doublant ainsi les mises. Entre le 10 janvier et le 11 janvier seulement, 1 milliard de francs CFA furent convertis en dollars. Le taux de dévaluation qui prit effet le 12 janvier permit aux spéculateurs de racheter 2 milliards de francs CFA le 13 janvier. L’explosion de la pauvreté et l’expansion considérable d’une économie occulte sont les plaies ouvertes à la désétatisation, la caducité du rôle du gouvernement. L’irresponsabilité gouvernementale de Ouattara conduisit à une politique ultra libérale qui fit du gouvernement ivoirien un grand absent. Cette situation pesante sur l’économie du pays fut aggravée par le coup d’état militaire de décembre 1999 (alors que Ouattara finissait son mandat au FMI en novembre 1999). Le coup d’état le conduisit finalement au pouvoir, mais il avait sous-loué le leadership, se contentant de faire des transactions dans le diamant et le cacao, ressources naturelles de la Côte d’Ivoire, qu’il menait de sa base retirée du Burkina Faso, via Genève pour le diamant, et via les bateaux de Lomé pour le cacao.

 Le pays sombra. Le taux de croissance battit les records les plus bas. En 2000 les chiffres étaient pour la première fois dans l’histoire du pays négatifs : -2%. La crise de 2002 aggrava davantage la situation. Elle fut préparée à Paris, instiguée par Ouattara et ses amis, Dominique de Villepin et Jacques Chirac. La rébellion qu’ils instrumentalisèrent fut néanmoins contenue par Gbagbo; mais ils ne baissèrent jamais les bras, et finirent par avoir raison de Gbagbo avec le tout dernier bombardement d’Abidjan par les hélicos et les tanks français. A l’approche militaire, il y avait aussi une approche politique parallèle avec l’organisation d’élections truquées à l’avantage de Ouattara. Henri Konan Bédié, le successeur du président Houphouët, se fit finalement complice de la manipulation.

 Alassane Ouattara est incontestablement responsable de la crise économique et financière de la Côte d’Ivoire. La question est de savoir si pendant la dévaluation Ouattara se conduira comme un citoyen ivoirien soucieux du devenir de la Côte d’Ivoire ou s’il continuera à être un sous-préfet noir de la France, soucieux des intérêts de ses maîtres.  

 Le prix de la dévaluation sera la stagnation et l’augmentation du chômage. Ce qui pèsera de tout son poids sur la stabilité nationale et la croissance. S’il est vrai que les personnes au chômage sont prêtes à accepter les emplois les plus abjects, il n’en est pas moins vrai que les conséquences économiques de la dévaluation seront épouvantables. En économie, la loi d’Okun stipule que pour chaque 1% d’augmentation du taux de chômage, le PIB du pays concerné sera d’environ -2% de son potentiel. Les pays africains fragiles auront du mal à formuler des politiques économiques pour compenser leurs pertes.

Bien que le problème soit plus sérieux pour la Côte d’Ivoire, qui pendant la dernière dévaluation contribuait pour 60%  des réserves de change de la zone CFA déposées au Trésor français, il n’en est pas moins sérieux pour les autres états. En dépit de la pauvreté que la dévaluation apportera indubitablement dans la région, très peu de présidents africains sont prêts à renoncer au Pacte Colonial et mettre fin à l’emprise néocoloniale de la France sur les états africains. La France a mordu plus gros qu’elle ne pouvait avaler et a occasionné sa propre faillite. Pourquoi revient-il aux pays africains de la sortir du pétrin dans lequel elle se trouve par sa propre stupidité ?

En attendant la dévaluation du CFA, bienvenue à la dépréciation, Martial Frindéthié

La dévaluation du CFA annoncée par les observateurs économiques et démentie par les gouvernements de la zone CFA est bien une réalité. Elle a commencé bien avant la date du 1er janvier 2012 sous la forme de la dépréciation progressive du CFA par rapport à l’euro, au fur et à mesure que la monnaie européenne elle-même se déprécie par rapport aux autres monnaies dans la tourmente de la crise financière européenne. Cette dépréciation  progressive est censée atteindre son seuil programmé où 1000 CFA équivaudront à 1 euro d’ici la fin du premier trimestre 2012. Dans le cas où l’euro vient à disparaitre et que la France renoue avec le franc, comme le prévoient de nombreux économistes de renom, dont Jacques Attali, la dépréciation du CFA sera éventuellement traduite en sa forme plus agressive et immédiate de dévaluation pour se positionner à 1000 CFA pour 1 franc français. Les Africains ont certainement déjà senti cette dépréciation de la monnaie coloniale par les coûts inexplicablement élevés des produits d’importation (le riz, la farine, le lait, les produits manufacturés, les engrais, les machines agricoles, les médicaments, etc.) et par l’effondrement mystérieux des prix des produits d’exportation comme le café, le cacao, etc. En Côte d’Ivoire, par exemple, le paysan a vu la chute continue du prix du café, du cacao, et du palmier à huile.

En quoi la dépréciation diffère-t-elle de la dévaluation ? La dévaluation est une manipulation contrôlée, opérée dans les laboratoires financiers de l’autorité gouvernementale d’une nation qui décide de réduire la valeur de sa monnaie, lui donnant une valeur fixe mais inférieure à la valeur d’autres monnaies, afin de stimuler ses exportations et faire rentrer des devises étrangères, même si cela revient à en payer un prix lourd dans les produits d’importation. La dépréciation, par contre, est une dévalorisation fluctuante de la monnaie d’un état par rapport à d’autres monnaies, une dévalorisation qui est la conséquence de l’économie de marché qui la contrôle. Dans ces deux cas de figure, ce qui est primordial, c’est la notion de contrôle ; or, dans ces deux cas de figure, précisément, les manettes de contrôle sont manipulées par les pays du nord. Aussi longtemps que dureront les tergiversations de la zone euro, Les pays de la zone CFA continueront de connaître une dépréciation de leur monnaie pour accommoder l’euro, et surtout pour sauver la France. Dès que mourra l’euro, une dévaluation immédiate et brutale du CFA se fera pour sauver un franc français lui-même affaibli. En attendant la dévaluation, c’est la dépréciation qui prévaudra.

The last Christmas of the Euro and Sarkozy’s Tropical Card, Martial Frindéthié

The countdown to the end of the euro has been activated. Even the most optimistic experts can no longer hide their cynicism, and in Great Britain economists are jostling to come up with a number of economic alternatives in prevision of the disappearance of the eurozone; for the euro will indubitably disappear. It is only a matter of time; a time that might arrive before Christmas 2011 according to French economist Jacques Atalli. The 1000-billion-worth mouth-to-mouth exercise meant to revive the euro did not live up to expectations. The Greek financial epidemic has reached the rest of Europe, and even those economies that were hitherto considered relatively stable are having problems raising money. Germany’s government bonds could only raise €3 billion of its € 6 billion potentials. France has just downgraded its growth to 0.3%. Standard and Poor is set to revoke France’s Triple-A credit rating within the next few days.  

In the midst of the imminent disaster, some French economists have not hesitated to complain of a conspiracy against the euro from without, especially from the United States and China. Many have put forth the proposition that America and China are conspiring to sabotage the euro and take over Europe. The conspiracy theorists point to the fact that Chinese and Americans are not rushing to invest in Europe in support of the euro. Yet, who will be fool enough to invest in such a volatile economy as the eurozone, especially when the Euro has lost so much credibility on global markets that European banks’ clients are no longer trusting their own financial institutions to keep their money for them?  

The prospect of the euro’s end will spell disaster for France, a country with practically no significant exports besides fromage et vin. Sarkozy’s country will go back to a currency whose value will fall even lower than what it used to be before the institution of the euro. France’s debt to the European Central Bank will consequently double, as the Hexagon will be left to pay in the value of euro about €800 million-debt it contracted. To get his country out of the crunch, Sarkozy hopes to play the Tropical card: a devaluation of the CFA franc could allow France to owe to African countries of the CFA zone only half of their assets deposited at the French Treasury and to use more than 40% of African resources to keep France afloat. Sarkozy has commissioned two African heads of states, Alassane Dramane Ouattara of Cote d’Ivoire and Sassou Nguesso of Congo-Brazzaville, to prepare the West African populations to receiving the merciless blade of the guillotine.            

Consensual Rape in Francafrique Currency Markets, Gary K. Busch

  1. The CFA franc will be devalued on 1 January 2012 according to several reliable sources in West Africa. This happened before, with disastrous consequences. On January 12 1994, Benin, Burkina Faso, Cameroon, Chad, Central African Republic, Comoros, Congo-Brazzaville, Ivory Coast, Equatorial Guinea, Gabon, Mali, Mauritania, Niger and Senegal were informed that their common currency had been devalued by 50%. 50 CFA francs had bought 1 French franc; now it cost 100 CFA francs. There were violent reactions in many of the countries, especially Senegal, at the loss of 50% of their purchasing power. In 2012 it will be even worse as high world prices for food, paid for in US dollars, will place imported food out of the reach of most Africans working in menial jobs, on the farms, as civil servants or unemployed.

The responsibility for this approaching disaster is the failure of the French economy to deal with its long-term structural debt and the use of French reserves to prop up the failing Euro and participate in the several bailouts within the Eurozone. French wars in the Ivory Coast and especially Libya have cut a major hole in the French pocket. Their tame African partners, the presidents of francophone African states, are complicit in this plan for devaluation and continue to follow the lead of their protectors, the French Army, in whatever they suggest. This relationship is long-standing and a paradigm of neo-colonial enterprise.

What is the CFA Franc?

There are two separate CFA francs in circulation. The first is that of the West African Economic and Monetary Union (WAEMU), which comprises eight countries (Benin, Burkina Faso, Guinea-Bissau, Ivory Coast, Mali, Niger, Senegal and Togo). The second is that of the Central African Economic and Monetary Community (CEMAC), which comprises six countries (Cameroon, Central African Republic, Chad, Republic of Congo, Equatorial Guinea and Gabon). This division corresponds to the pre-colonial French West Africa (AOF) and French Equatorial Africa (AEF), with the exception of Guinea-Bissau, formerly a Portuguese colony, and Equatorial Guinea, formerly Spanish.

Each of these two groups issues its own CFA franc. The WAEMU CFA franc is issued by the Central Bank of West African States (BCEAO) and the CEMAC CFA franc is issued by the Bank of Central African States (BEAC). Since 1994, both currencies were pegged at 100 CFA to the French franc but, after France joined the Euro at a fixed rate of 6.65957 French francs to one Euro, the CFA rate to the Euro was fixed at CFA 665.957 to the Euro. The current plan is to peg the rate at CFA 1,000 to 1 Euro – a devaluation of about 35%.

Who is responsible for the CFA Franc?

The monetary policy governing such a diverse aggregation of countries is uncomplicated because it is, in fact, operated by the French Treasury, without reference to the central fiscal authorities of any of the WAEMU or the CEMAC states. Under the terms of the agreement which set up these banks and the CFA, the Central Bank of each African country is obliged to keep at least 65% of its foreign exchange reserves in an “operations account” held at the French Treasury, as well as another 20% to cover financial liabilities.

The CFA central banks also impose a cap on credit extended to each member country equivalent to 20% of that country’s public revenue in the preceding year. Even though the BEAC and the BCEAO have an overdraft facility with the French Treasury, the drawdowns on those overdraft facilities are subject to the consent of the French Treasury. The final say is that of the French Treasury which has invested the foreign reserves of the African countries in its own name on the Paris Bourse.

In short, more than 85% of the foreign reserves of these African countries are deposited in the “operations accounts” controlled by the French Treasury. The two CFA banks are African in name, but have no monetary policies of their own. The countries themselves do not know, nor are they told, how much of the pool of foreign reserves held by the French Treasury belongs to them as a group or individually. The earnings of the investment of these funds in the French Treasury pool are supposed to be added to the pool but no accounting is given to either the banks or the countries of the details of any such changes. The limited group of high officials in the French Treasury who know the amounts in the “operations accounts”, where these funds are invested and whether there is a profit on these investments are prohibited from disclosing any of this information to the CFA banks or the central banks of the African states.

This makes it impossible for African members to regulate their own monetary policies.

Three basic mechanisms have traditionally been used to control monetary growth in the CFA Franc Zone by the two banks operating under the instructions of the French Treasury:

·        In the central banks’ operations accounts, interest is charged on overdrafts, and conversely, interest is paid on credit balances.

·         When the balance in a central bank’s operations account falls below an agreed target level, it is required to restrict credit expansion, generally by increasing the cost to member countries of rediscounting paper with the central bank or by restricting member-countries’ access to rediscounting facilities.

·        Credit provided by the central banks to the government sector of each of their member countries can be no larger than 20% of its fiscal revenue in the previous year.

However, this tight control by France of the cash and reserves of the francophone African states is only one aspect of the problem. The creation and maintenance of the French domination of the francophone African economies is the product of a long period of French colonialism and learned dependence by African states. For most of francophone Africa, central banks are given limited power. These are economies whose vulnerability to an increasingly globalised economy is increasing daily. There can be no trade policy without reference to currency; there can be no investment without reference to reserves. The politicians and parties elected to promote growth, reform, changes in trade and fiscal policies are made irrelevant except with the consent of the French Treasury which rations their funds. There are many who object to the continuation of this system. President Abdoulaye Wade of Senegal has stated very clearly: “The African people’s money stacked in France must be returned to Africa in order to benefit the economies of the BCEAO member states. One cannot have billions and billions placed on foreign stock markets and at the same time say that one is poor, and then go beg for money.”

Why devalue the CFA Franc?

France has run out of money. It has massive public and bank debt. It has the largest exposure to both Greek and Italian debt (among others) and has embarked upon yet another austerity plan. Its credit rating is on the brink of losing its AAA status and the private banks are going to have to take a major haircut on its intra-European debts. Part of the reason it has been able to sustain itself so far is because it has had the cushion of the cash deposited with the French Treasury by the African states since 1960. Much of this is held in both stocks in the name of the French Treasury and in bonds which have offset and collateralised a substantial amount of French gilts.

The francophone African states have gradually been able to recognise that they may never see their accumulated assets again as these have been pledged by the French Treasury against the French contribution to the several European bailouts. Wade of Senegal has again been asking for accounting. None has been forthcoming. Ouattara of the Ivory Coast and Denis Sassou-Nguesso of the Republic of Congo have been told that it will be necessary to devalue the CFA francs and they have been delegated the role of informing their African presidential colleagues. Devaluation will release funds and extend a lifeline to the French Treasury, which may be called upon to bail out French banks exposed to the european debt crisis.

However, it will have a devastating effect on Africa. The last time there was such a devaluation most of French Africa  suffered badly (except for the Presidents and their friends). Devaluation is useful if you have things to export which are made relatively cheaper. However, for most of francophone Africa the goods they have for export are raw materials and petroleum. Much of their manufactured goods, their services, their invisibles come from or through France. |Large amounts of food is imported from outside Africa and is growing daily in price as is transport. There were signs of price inflation earlier this year. West African monetary zone inflation accelerated to 4.1 per cent in January from 3.9 per cent the month before.  Inflation in the eight-nation economic zone, which uses the euro-pegged West African CFA franc, was mainly due to rising food, transport, housing and communication costs. Price-growth averaged 1.4 per cent in 2010, up from 0.4 per cent the previous year. Higher prices for petrol and food drove that increase.

One of the countries which was hardest hit by the previous devaluation was the Ivory Coast. That devaluation entailed the signature between the IMF and the World Bank for an Enhanced Structural Adjustment Facility (ESAF) (1994-1996), that imposed drastic measures on the government to make  budgetary restrictions destined to straighten up the national economy – this, to no avail.

Furthermore, the “raining billions” (an exceptional, unprecedented volume of credits) encouraged bad governance in the country. The man then in charge was Deputy Managing Director of the IMF and now Ivorian president, Alassane Ouattara. He has been accused of being at the heart of deterring international financing whilst letting the Ivorians sink deeper and deeper into poverty. It was the carrying out of projects financed by the European Union, and the massive deterring of credits linked to postponing debt contracted on behalf of international institutions, that brought these same institutions to break off with the Ivory Coast in 1998. The country then sank into a depression and the growth rate reached a record low. In the year 2000, the figure was negative for the first time in the country’s history: -2.3%.

The price African states will pay for devaluation will be poverty, stagnation and increased unemployment. This unemployment and underemployment will place a crucial role in domestic stability and growth. While it is easy to see that people without jobs and hope are more willing to take more extreme positions, the economic consequences are also clear. In economics, Okun’s law refers to an empirically observed relationship relating unemployment to losses in a country’s production first quantified by Arthur M. Okun. This ‘law’ states that for every 1% increase in the unemployment rate, a country’s GDP will be at an additional roughly 2% lower than its potential GDP. Fragile African economies will find it hard to develop policies to compensate for these losses.

Although the problem is most acute in the Ivory Coast, which represented at the last devaluation 60% of the assets of the West African Pool, it is no less serious for the other states. Despite this, and the poverty it will bring to the region, there are few African presidents who are willing to renounce the Pacte Coloniale and end the terrible toll of French neo-colonialism in the region. France may have overspent its funds and bitten off more than it could chew in European debt and now foreign interventions. Surely it isn’t the job of West Africans to pay for this aberrant behaviour.

Source: http://thinkafricapress.com/economy/consensual-rape-francafrique-currency-markets