Qu’est-ce que le franc CFA ? (publié sur ce site le 26 novembre 2011)

22 novembre 2011

 Gary K. Busch, traduction de Martial Frindéthié

 

 Qu’est-ce que le franc CFA ?

Il y a en réalité deux sortes de franc CFA en circulation. Le premier CFA est celui de l’Union économique et monétaire ouest africaine, l’UEMOA, qui regroupe 8 pays d’Afrique de l’ouest (le Bénin, le Burkina Faso, la Guinée Bissau, la Côte d’Ivoire, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo). Le deuxième CFA est celui de la Communauté économique et monétaire des états d’Afrique centrale, le CEMAC, qui regroupe le Cameroun, le Centrafrique, le Tchad, le Congo-Brazza, la Guinée équatoriale, et le Gabon). Cette division correspond à la division coloniale de l’Afrique francophone en une AOF (Afrique occidentale française) et une  AEF (Afrique occidentale française), à l’exception de la Guinée-Bissau initialement portugaise, et de la Guinée équatoriale espagnole.

 Chacun de ces deux groupes émet son propre franc CFA. Le Franc de l’UEMOA est issu de la  BCEAO (Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest) et celui de la CEMAC CFA est émis par la BEAC (Banque des Etats de l’Afrique Centrale). Ces monnaies étaient cotées à 100 francs CFA pour 1 franc français; et lorsque la France adopta l’euro au taux fixe de 6,65957, le CFA fut arrimé à l’euro à raison de 665,957 francs CFA pour 1 euro, afin de garder le taux de 100 pour 1. Le projet en cours est de coter le CFA à l’euro au taux de change de 1000 francs CFA pour 1 euro ; ce qui revient à une réduction d’environ 50% de la valeur du franc CFA.

Qui est responsable du CFA ?

La politique monétaire qui gouverne cette diversité de pays n’est en fait pas très compliquée, car elle est formulée par le Trésor français, sans l’avis des autorités des banques centrales de l’UEMOA et de la CEMAC. Selon les clauses de l’accord qui a établi ces banques et le CFA, la banque centrale de chaque pays membre  a obligation de déposer au moins 65% de sa réserve de change dans un « compte d’opérations » logé au Trésor français, plus 20%  pour couvrir d’éventuels passifs.

 Les banques centrales de la zone CFA imposent aussi à chaque pays membre un plafond sur le crédit, l’équivalent de 20% des recettes de l’Etat de l’année précédente. Bien que la BEAC et la BCEAO aient des découverts au Trésor français, tout retrait sur ces fonds doit être obligatoirement approuvé par le Trésor français. La décision finale revient au Trésor français, qui investit ces réserves à la Bourse de Paris à son propre compte.

 En un mot, plus de 85%  des réserves de change de ces pays africains sont déposés dans des « comptes d’opérations » contrôlés par le Trésor français. Les deux banques de la zone CFA ne sont africaines qu’en théorie. Elles ne formulent aucune politique monétaire. Les pays de la zone CFA ne savent ni ne sont informés du montant de ces réserves déposées au Trésor français qui leur appartient collectivement ou individuellement. Les bénéfices rapportés par l’investissement des réserves africaines devraient en principe être reversés dans ces réserves en tant que propriétés des pays de la zone franc. Ce n’est pas le cas. Aucun rapport comptable n’est fourni ni aux banques centrales ni aux pays membres de la zone CFA sur les investissements de leurs réserves. Le club restreint de hauts fonctionnaires du Trésor français qui connaissent le montant des réserves et savent ce qu’elles rapportent en investissements est tenu au strict secret professionnel. Ces fonctionnaires ne peuvent en parler ni aux autorités des banques centrales ni à celles des pays membres de la zone CFA.

 De ce fait, les pays africains membres de la zone CFA ne peuvent pas formuler leurs propres politiques monétaires. Ce qui fait que les pays les plus inefficients et gaspilleurs peuvent utiliser à loisir les réserves de change des pays les plus efficients et fiscalement prudents sans que ces derniers ne puissent intervenir de façon significative. La convertibilité du franc CFA en franc français se fait par des agents intermédiaires certifiés rémunérés par les découverts des banques centrales.

 Généralement, trois artifices principaux on été utilisés par les deux banques centrales opérant sur instruction du Trésor français pour contrôler la croissance monétaire dans la zone CFA :

1)      Les banques centrales font payer des intérêts sur les opérations de découverts bancaires aussi bien que sur les avoirs en compte.

2)      Lorsque le solde des comptes d’opération d’une banque centrale tombe en deçà d’un seuil donné, la banque doit réduire l’expansion du crédit en augmentant généralement le coût de réactualisation ou d’émission de billets de trésorerie ou en limitant l’accès des pays membres aux services de réactualisation.

3)      Les crédits accordés au secteur public de chaque Etat membre ne peuvent excéder 20%  de ses recettes fiscales de l’année précédente.         

         Cependant, ce contrôle strict opéré par le Trésor français sur les liquidités et les réserves des états d’Afrique francophone n’est qu’un aspect du problème. La création et le maintien de la domination française sur les économies des états francophones d’Afrique est le produit de la longue colonisation française et l’apprentissage de la dépendance des états francophones africains.

 Les banques centrales des pays d’Afrique francophone ont un pouvoir très limité. Ce sont des économies vulnérables aux caprices du marché  mondial. Il ne peut y avoir de commerce sans monnaie ; il ne peut y avoir d’investissements sans réserves. Les politiciens et les partis élus pour promouvoir le développement, la réforme, les changements de politiques commerciales et fiscales ne sont opérants qu’avec le consentement du Trésor français, qui rationne leurs fonds. Certains Africains s’opposent à la perpétuation de ce système. Le président Abdoulaye Wade du Sénégal l’a fait savoir en ces termes : « l’argent du peuple africain bloqué en France doit être retourné à l’Afrique pour  permettre l’essor des économies des états de la BCEAO. Nous ne pouvons pas avoir des milliards dans les marchés boursiers étrangers et être traités comme des mendiants qui doivent faire la manche ».

 Comment en est-on arrivé là ?

La colonisation au sud du Sahara ne s’est pas opérée comme le souhaitait de Gaulle. De Gaulle voulait d’une communauté franco-africaine plutôt que l’indépendance totale pour l’Afrique. Cependant, lorsqu’au référendum de 1958 Sékou Touré lui opposa un « non », le projet de de Gaulle se brisa. La France dut se résigner à accorder l’indépendance à ses ex-colonies en 1960 après une punition exemplaire à la Guinée. Cependant, cette indépendance se gagnerait au prix d’un contrôle strict et continu sur les économies des anciennes colonies. Cet accord, c’était le Pacte Coloniale.

 Par cet accord, les colonies amarraient leur sort économique et militaire à la France. Le pacte créa le CFA et des mécanismes légaux pour assurer à la France une place privilégiée dans la vie politique et économique de ses ex-colonies. Jacques Foccart, le conseiller aux affaires africaines de de Gaulle et co-fondateur, avec Charles Pasqua, du Service d’Action Civique gaulliste, en était le concepteur.

 Le Pacte Colonial assurait une place préférentielle à la France dans la vie politique, économique et militaire des anciennes colonies françaises. Au plan militaire, deux types de contacts furent conçus : la coopération militaire et l’aide technique militaire pour lesquelles personne n’était tenu par la loi, et qui pouvaient être suspendues selon les circonstances. Cette coopération couvrait l’éducation et l’entrainement de soldats et de forces de sécurité africains. Le second type de coopération, plus secret, et qui avait force de loi, était un ensemble d’accords de défense supervisés et mis en place par le ministère français de la défense ; cette coopération offrait une base légale à l’intervention française. Ces accords permirent à la France de positionner des  troupes permanentes et rotatives  dans des bases militaires gérées entièrement par la France en Afrique ; Foccart fit signer aux chefs d’état africains des lettres non datées demandant l’intervention de la France à tout moment.

 Selon l’annexe 2 de l’accord de défense, la France a la priorité sur tout autre acquéreur dans l’acquisition de matières premières africaines dites « stratégiques ». En fait, selon l’annexe 2, le gouvernement français informe régulièrement les Africains de sa politique concernant les matières premières stratégiques selon les besoin de la défense, de l’évolution des ressources et de la situation du marché mondial.

 Selon l’article 3, les gouvernements africains sont tenus d’informer la France sur les mesures qu’ils entendent prendre concernant les produits et matières premières stratégiques. Pour conclure, l’article 5 relatif à ces produits statue que les pays africains doivent les vendre à la France d’abord, après avoir satisfait les besoins de la consommation locale, et que les pays africains doivent importer les produits dont ils ont besoin de la France en premier lieu. La réciprocité entre les signataires n’impliquait pas un accord d’égaux. Elle reflétait la dominance du pouvoir colonial qui avait organisé les indépendances des pays africains quelques mois auparavant. Tout était réservé à la France d’abord. La France était le premier choix pour l’importation, et des conseillers français étaient placés dans les ministères aux côtés de ministres africains.

 En résumé, le Pacte Colonial maintint la domination de la France sur les économies de ses ex-colonies ; la France s’octroya les réserves de change de l’Afrique francophone. Elle prit le contrôle de ses matières premières ; elle positionna ses troupes dans les pays francophones pour s’assurer un passage libre ; elle ordonna que tous les équipements militaires soient acquis en France ; elle s’accapara de l’entrainement de la police et de l’armée ; elle insista que les entreprises françaises aient le monopole en Afrique francophone dans les secteurs clés (eau, électricité, ports, transport, énergie). La France imposa des limites sur l’importation d’une variété de produits en dehors de la zone-franc ; mais elle imposa aussi un minimum d’importation de la France. Ces traités sont encore opérationnels aujourd’hui.

 L’impact du Pacte Coloniale

Les conséquences de la continuation de la politique de dépendance de l’Afrique sont tangibles. Ce sont le manque d’option de compétitivité, la dépendance de l’Afrique par rapport à  l’économie française, la dépendance à l’armée française, et la grande ouverture faite aux entreprises françaises privées. Certaines différences sont beaucoup plus subtiles.

 Les compagnies françaises opérant en Afrique francophone, en fonction de leur pouvoir sécurisé de monopole et d’oligarchie, ont un apport substantiel dans le PIB des pays africains. Elles sont souvent les seules grandes pourvoyeuses de recettes fiscales. Dans de nombreux pays, les compagnies françaises paient 50% des taxes ; ce qui leur donne un statut unique. Ainsi il n’est pas rare d’entendre les Français déclarer que sans les compagnies françaises, les économies des pays africains s’écrouleraient. Lorsqu’en plus de ce fait les pays africains ont du mal à accéder à leurs réserves, l’évidence de la dépendance de l’Afrique devient alarmante. Cependant, cela n’exclut pas la participation d’autres opérateurs économiques tels la Chine, ou les Etats-Unis. C’est l’éventualité de cette compétition qui rend la France si fébrile.

 50 ans après les indépendances africaines, la France continue de contrôler la plupart des infrastructures africaines, et continue de mélanger ses réserves de change à celles des 14 pays africains de la zone CFA. Les compagnies aériennes, la téléphonie, l’électricité, l’eau et les grandes banques sont contrôlées par la France. Les accords de coopération signés après les indépendances par le président Houphouët et le premier ministre français d’alors, Michel Debré, sont toujours théoriquement applicables. La France maintient une poigne de fer sur la monnaie et le commerce ivoiriens ; ce qui tue toute initiative nationale d’indépendance.

 Cette position privilégiée de la France est documentée dans un rapport de la Commission des Nations Unies : « Les témoignages recueillis montrent que la loi de 1998 sur le foncier rural est liée à la position dominante que la France et les intérêts français occupent en Côte d’Ivoire.

Selon ces sources, les Français possèdent 45% des terres ; curieusement, les immeubles de la Présidence de la République et de l’Assemblée nationale sont loués de la France. Les intérêts français contrôlent les secteurs de l’eau et de l’électricité ». Le rapport n’effleure que très superficiellement l’influence de la France en Côte d’Ivoire. Voici ci-dessous quelques uns des opérateurs français influents dans le pays :

 Bolloré, leader du transport maritime français et opérateur principal du transport maritime en Côte d’Ivoire, en compagnie de Saga, SDV et Delmas, contrôle le port d’Abidjan, le pus grand port maritime en Afrique de l’ouest. Bolloré contrôle la régie ferroviaire Abidjan-Burkina (Sitarail). Bien qu’il se soit retiré récemment du commerce du cacao, il conserve toujours sa position de leader dans le tabac et le caoutchouc. Bouygues, leader dans les travaux publics a le monopole des grands travaux ; sans oublier Colas, troisième compagnie française de travaux publics. A travers la privatisation, Bouygues a aussi obtenu des concessions supplémentaires dans l’eau et l’électricité. Il est aussi présent dans l’exploitation du pétrole ivoirien. Total, la plus grande compagnie pétrolière française, détient un quart des actions de la Société ivoirienne de raffinage (première compagnie ivoirienne). Total est propriétaire de 160 stations d’essence et contrôle la provision de bitume. France Telecom, la 7e compagnie française et leader de l’industrie des télécommunications, est la principale actionnaire de Côte d’Ivoire Telecom avec 85% du capital. Ce secteur lui fut offert dans le cadre de la privatisation des entreprises. Dans le secteur des banques et des assurances, on note les activités de la Société Générale, 6e banque en France, regroupant 55 branches en Côte d’Ivoire, aussi bien que celles du Crédit Lyonnais et de BNP-Paribas. AXA, la 2e compagnie française et leader de l’assurance est présente en Côte d’Ivoire depuis l’ère coloniale. La compagnie française la plus vieille en Cote d’Ivoire est la CFAO-CI. Elle opère dans de nombreux secteurs (automobiles, pharmacie, nouvelles technologies, etc.). Pendant très longtemps, la CFAO avait le monopole des exportations et de la vente au détail. La CFAO n’a jamais connu une année déficitaire depuis sa création en 1887. Elle fut acquise récemment par le groupe Pinault-Printemps-La Redoute. Il y a aussi à signaler la présence du « boss des boss français d’antan », le baron Ernest Seilleres, à travers Technip (usine du secteur pétrolier) et Bivac (qui a récemment installé un nouveau scanner au port d’Abidjan).

 La grande  présence du capital français est l’évidence de la profitabilité de la Côte d’Ivoire. Bien que les investissements directs français ne constituent que de 3,5 milliards d’euros, les compagnies d’état acquises par la France leur ont été offertes à des prix imbattables. Les bénéfices que génèrent ces compagnies à la France sont d’une immensité vertigineuse. En dépit de la fuite de certaines compagnies françaises au cours de l’attaque rebelle contre la Côte d’Ivoire, le Business français est vite revenu dans le pays, et a même recouvré son importance d’antan. En fait, l’un des premiers gestes de Ouattara après que la France l’a imposé comme président fut de payer des millions d’euros de compensation aux entreprises françaises qui avaient fui la Côte d’Ivoire par peur de représailles après le massacre des civils ivoiriens par l’armée française le 20 novembre 2004.

 Le vrai challenge du business français vint avec l’élection de Laurent Gbagbo comme président de Côte d’Ivoire. Sa décision de revoir les termes du Pacte Colonial et son intention de faire partir les troupes françaises et onusiennes de son pays sont les raisons pour lesquelles la France causa sa chute et son incarcération.

 Pourquoi la dévaluation du CFA ?

La France n’a plus d’argent. Elle n’a que d’énormes dettes publiques et bancaires. Elle est la plus exposée aux faillites grecques et italiennes, entre autres, et vient de s’embarquer sur un nouveau plan d’austérité. Elle est sur le point de perdre son Triple A, ce qui va conduire les banques privées à accepter de pardonner une partie de la dette européenne. Les grandes dépenses occasionnées dans la poursuite de la guerre contre la Libye ont ruiné la France. La seule raison pour laquelle la France a encore la tête hors de l’eau est la présence des vastes réserves africaines dans les caisses du Trésor français depuis 1960. La grande partie de cette somme est détenue sous forme d’actions au nom du Trésor français ; ce qui a permis de compenser de façon très substantielle la perte de crédibilité des finances françaises.

 Les pays francophone d’Afrique se sont progressivement habitués à l’idée qu’ils ne reverront plus jamais leurs avoirs accumulés depuis des années, que la France entend utiliser comme sa contribution à l’effort de sauvetage de l’euro. Le président Wade du Sénégal a encore demandé qu’une comptabilité soit faite sur les réserves africaines. Jusque là aucune réponse ne lui est venue. Ouattara de la Côte d’Ivoire et Denis Sassou Nguesso du Congo-Brazzaville ont été informés qu’une dévaluation sera nécessaire, et ils ont été délégués pour relayer l’information à leurs homologues. Les économistes sont unanimes que si cette dévaluation a lieu, 40% des ressources africaines seront utilisées comme bouée de sauvetage pour le Trésor français.

 Cela aura des conséquences désastreuses pour l’Afrique. La dernière fois qu’une mesure de dévaluation fut prise, l’Afrique francophone en souffrit énormément. Bien sûr, les présidents africains et leurs proches ne connurent pas la galère du peuple. La dévaluation est avantageuse lorsque l’on a des produits à exporter, car les produits bon marché attirent les acheteurs. Cependant, la plupart des produits que l’Afrique exporte sont des matières premières et du pétrole. Leurs produits manufacturés, leurs services, tous leurs produits invisibles leur viennent pratiquement de la France ou par le biais de la France. Les denrées alimentaires sont en grande partie importées d’ailleurs, et leurs coûts de transport ne cessent de grimper chaque jour. Cette année, des signes d’inflation ce sont fait voir. La zone monétaire oust africaine a connu une inflation accélérée de 3,9% à 4,1% de décembre à janvier. Cette inflation dans la zone CFA était due principalement au coût élevé de la nourriture, du transport, du logement et de la communication. L’augmentation des coûts était en moyenne de 1,4% en 2010, alors qu’elle n’était que de 0,4% l’année précédente. Les coûts élevés du carburant et de la nourriture ont conduit à cette augmentation des prix.

 L’un des pays qui fut le plus frappé par la dévaluation était la Côte d’Ivoire. La dévaluation impliquait la signature d’un accord d’ajustement structurel avec le FMI et la Banque mondiale, un accord qui imposait des mesures draconiennes au gouvernement afin de redresser l’économie. Ce redressement n’eut jamais lieu. Au contraire.

 La pluie de milliards (le volume exceptionnel de crédits) encouragea la mauvaise gouvernance dans le pays. L’homme aux commandes de ce désastre était Alassane Ouattara. Pendant que Ouattara s’attelait à enrichir les finances des pays étrangers, la Côte d’Ivoire elle s’enfonçait de plus en plus profondément dans la pauvreté. C’est la mise en œuvre des projets financés par l’Union Européenne et la pesanteur des crédits liés à la suspension des dettes contractées au nom des institutions internationales qui ont poussé ces institutions à se désolidariser de la Côte d’Ivoire en 1998.

 Non seulement les projets d’Alassane Ouattara jetèrent la majorité des Ivoiriens dans la pauvreté, mais ils contribuèrent aussi à délocaliser les avoirs des Ivoiriens juste avant la dévaluation, à travers des banques ghanéennes, exercées dans la convertibilité du franc CFA en dollar, doublant ainsi les mises. Entre le 10 janvier et le 11 janvier seulement, 1 milliard de francs CFA furent convertis en dollars. Le taux de dévaluation qui prit effet le 12 janvier permit aux spéculateurs de racheter 2 milliards de francs CFA le 13 janvier. L’explosion de la pauvreté et l’expansion considérable d’une économie occulte sont les plaies ouvertes à la désétatisation, la caducité du rôle du gouvernement. L’irresponsabilité gouvernementale de Ouattara conduisit à une politique ultra libérale qui fit du gouvernement ivoirien un grand absent. Cette situation pesante sur l’économie du pays fut aggravée par le coup d’état militaire de décembre 1999 (alors que Ouattara finissait son mandat au FMI en novembre 1999). Le coup d’état le conduisit finalement au pouvoir, mais il avait sous-loué le leadership, se contentant de faire des transactions dans le diamant et le cacao, ressources naturelles de la Côte d’Ivoire, qu’il menait de sa base retirée du Burkina Faso, via Genève pour le diamant, et via les bateaux de Lomé pour le cacao.

 Le pays sombra. Le taux de croissance battit les records les plus bas. En 2000 les chiffres étaient pour la première fois dans l’histoire du pays négatifs : -2%. La crise de 2002 aggrava davantage la situation. Elle fut préparée à Paris, instiguée par Ouattara et ses amis, Dominique de Villepin et Jacques Chirac. La rébellion qu’ils instrumentalisèrent fut néanmoins contenue par Gbagbo; mais ils ne baissèrent jamais les bras, et finirent par avoir raison de Gbagbo avec le tout dernier bombardement d’Abidjan par les hélicos et les tanks français. A l’approche militaire, il y avait aussi une approche politique parallèle avec l’organisation d’élections truquées à l’avantage de Ouattara. Henri Konan Bédié, le successeur du président Houphouët, se fit finalement complice de la manipulation.

 Alassane Ouattara est incontestablement responsable de la crise économique et financière de la Côte d’Ivoire. La question est de savoir si pendant la dévaluation Ouattara se conduira comme un citoyen ivoirien soucieux du devenir de la Côte d’Ivoire ou s’il continuera à être un sous-préfet noir de la France, soucieux des intérêts de ses maîtres.  

 Le prix de la dévaluation sera la stagnation et l’augmentation du chômage. Ce qui pèsera de tout son poids sur la stabilité nationale et la croissance. S’il est vrai que les personnes au chômage sont prêtes à accepter les emplois les plus abjects, il n’en est pas moins vrai que les conséquences économiques de la dévaluation seront épouvantables. En économie, la loi d’Okun stipule que pour chaque 1% d’augmentation du taux de chômage, le PIB du pays concerné sera d’environ -2% de son potentiel. Les pays africains fragiles auront du mal à formuler des politiques économiques pour compenser leurs pertes.

Bien que le problème soit plus sérieux pour la Côte d’Ivoire, qui pendant la dernière dévaluation contribuait pour 60%  des réserves de change de la zone CFA déposées au Trésor français, il n’en est pas moins sérieux pour les autres états. En dépit de la pauvreté que la dévaluation apportera indubitablement dans la région, très peu de présidents africains sont prêts à renoncer au Pacte Colonial et mettre fin à l’emprise néocoloniale de la France sur les états africains. La France a mordu plus gros qu’elle ne pouvait avaler et a occasionné sa propre faillite. Pourquoi revient-il aux pays africains de la sortir du pétrin dans lequel elle se trouve par sa propre stupidité ?

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(Dec. 1, 2010) The United Nations, the IMF, and the “Unholy Trinity of Waste, Fraud and Abuse”, M. Frindéthié

It is under kofi Annan, when he was Secretary General of the United Nations, that the split of Cote d’Ivoire between a rebel North and a constitutional South got sanctified. At the time, Kofi Annan was under pressure by the Bush administration to show patte blanche on the “oil for food” program and France needed to regain control of the richest French-speaking African country that was progressively distancing itself from Paris under President Gbagbo’s leadership. Chirac and Annan had something to give each other: Annan needed Paris’s support to fend the American onslaught and Chirac needed the United Nations to weaken Gbagbo. Annan’s/the UN’s sanctification of the Northern rebellion in Cote d’Ivoire tells a compelling story: While Africa should be proud of its sons of daughters who have “made it” on the global stage, on the other hand, Africa should remain extremely wary of the petite bourgeoisie that has been reared in the nurseries of such organizations as the United Nations, the World Bank, and the IMF, a petite bourgeoisie whose interests lie in the maintenance and continuance of Africa’s enslavement. In 1997 the world and Africa in particular greeted with much elation the appointment of the first sub–Saharan African, Ghanaian Kofi Annan, as head of the United Nations. Annan even received some praise and enthusiastic wishes of success from very unlikely supporters. Then senior vice president of the American Enterprise Institute, John R. Bolton, who would later become one of Annan’s fiercest critics, had this to say of Annan’s “win” over Tanzanian Salim A. Salim. “The winner, Kofi Annan, was certainly preferable to Salim. Virtually all Annan’s career has been within the UN system, frequently in management and personnel positions. Few know the “system” better than Annan. He is therefore in the best possible position to deliver on reform, for bureaucratic trials, jargon and obfuscation are not likely to distract him if he is engaged. From January 1, 1997, forward, the world can judge his performance.” Could it be that the “system” to which Bolton was referring was what Stefan Halper named the United Nations’ “unholy trinity of waste, fraud, and abuse,” for indeed the world got to judge Annan and the verdict was resoundingly depressing? Truly, “a kleptocratic culture of non-accountability at home was transferred to the world body.” Annan managed the United Nations as a traditional Ghanaian village chief would manage his family plantation, that is, with no regard to transparency and good governance, but rather with particular propensity for nepotism, dereliction, and corruption. Under Annan’s predecessor, Boutros Boutros-Ghali, corruption, which was rampant in the United Nations, was thought to have reached its peak. However, Annan, who had been waiting for years in the antechamber of power, in the shadow of Boutros-Ghali as under-secretary general of the United Nations, was going to prove the critics of his boss wrong even before he had his chance to preside over the destiny of this most money-hungry institution. In a feat of pathological perfectionism Annan was going to take corruption to its uppermost eruption and claim for himself the palm of the world’s shadiest official. For Annan, how better could he claim the center of capitalism than to accumulate capitalism’s most valued assets, that is, money? So, when under his auspices the United Nations had the opportunity to administer the Oil-for-Food program, a program with a capital five-fold the United Nations’ own budget, Annan sought illegal means to hoard as much as he could of these funds either directly or indirectly. Indeed, in the aftermath of the 1991 Gulf War, the United States had imposed a series of trade embargoes on the Saddam regime. However, as is well known, sanctions imposed on despots have generally been circumvented by the governing classes they are meant to squeeze and have usually brought hardships on the ordinary people. To prevent this pattern from repeating itself in Iraq, the sanctioning authority allowed Iraqi oil to be sold, provided that the takings of the sale should be managed by the United Nations and utilized to buy food and humanitarian supplies for the people of Iraq and to fix the destroyed infrastructures of the country. In 1996, Kofi Annan was charged by Boutros-Ghali to administer the Oil-for-Food program, which was spasmodic at the time. Among the expert brokers that Annan brought in to make the program effective were his own son Kojo Annan and infamous Robert Mugabe’s nephew Leo Mugabe. Within seven years, the Annan dream team for the management of the Oil-for-Food program was able to reorient and embezzle billions of dollars with the complicity of Saddam, and this grand theft “would have succeeded without a hitch had not Saddam Hussein’s regime been overthrown and the Oil-for-Food program been transferred in all its mysterious splendor to the U.S.-led coalition in Iraq.”Of the 67 billion dollars that the export of oil generated between 1996 and 2003, Annan’s head of humanitarian program, Benon Sevan, before retiring to his 1.5-million-dollar mansion in New York, was able to report “31 billion in supplies of food and medicine delivered to the Iraqi people, leaving $8.2 billion in humanitarian goods still to be delivered…. $3 billion had gone in development funds to rebuild Iraq.” What of the rest? Well, in this age of digitized information, the United Nations internal managers/investigators for the Oil-for-Food program were sorry to inform the world that with the bombing of Baghdad by the coalition troops, important documents pertaining to the program got lost—as if the headquarters of the United nations were located in Saddam’s personal palaces; as if the United Nations, this over-budgeted institution, were still keeping records on first-century scrolls. In fact, “[t]he Oil-for-Food scandal is a potent indictment of the way business is done at the UN Secretariat. It represents the ongoing impeachment of the UN system, a symbol of continuing massive corruption involving the theft of close to $11 billion in revenues…. In fact, this recent scandal is not an aberration at the UN. It forms part of a pattern that can be considered the norm.” Where else than at the United Nations, the World Bank, and the IMF, these cradles of world corruption, could the black slaver fulfill his dream of tending exponentially toward the glittering center of white bliss? Where else than there could he accumulate the fastest possible that which allows him to mark his difference from the bottom billion crouching in the rural poverties of Africa and Asia? Where else than there could he amass the necessary assets that would make him a modern man in the urban space, in the company of the white? Annan’s attitude is symptomatic of the black elites’ perfectionist superfluity. The African petite bourgeoisie reared within such world organizations as the UN or the IMF, affected by inferiority complex, and that “pander[s] to Western opinion.” is on a binge for praise. Alassane Ouattara belongs to that class of approval seekers, and he would do anything to please the West and to avoid the West’s reprimand. Laurent Gbagbo does not fit the mold of France’s black governors as represented by Bokassa, Bongo I, Compaoré, Biya, Nguesso or Ouattara. The latter has been exposed as a vile politician that is more concerned about protecting the interests of his imperialist masters than ensuring and safeguarding the welfare of the Ivorian people, a people that has vowed never to bend to the imperialist pressure. His multiple calls for a popular uprising since 2002 and his attempts at coups d’état have repeatedly failed. His Occidental masters, however, are resolute to put him on the throne in spite of the people’s resistance. This sets the stage for another African calamity.

Read more in K. Martial Frindéthié’s Globalization and the Seduction of Africa’s Ruling Class: An Argument for a New Philosophy of Philosophy (McFarland, 2010)

Côte d’Ivoire: Dramane, un fruit pourri qui s’ignore

 

le burkinabeCes jours-ci, le gouvernement des salamandres a du mal à dissimuler son angoisse. La fébrilité de la dictature militaire de Ouattara trahit l’effroi qui l’habite. L’important détachement de dozos et FRCI  contre les manifestations de Mama, contre la grève des enseignants et contre les manifestations d’étudiants rappelle la fébrilité des dictatures en fin de parcours.

L’autocratie prétorienne de Dramane, sérieusement apeurée, fait feu de tout bois et réprime dans le sang le moindre éternuement d’un peuple ivoirien de plus en plus désabusé, qui émerge progressivement de sa stupeur du 11 avril 2011. Dramane est sur le départ ; et il le sait. Les élections de 2015 pour lesquelles il a placé aux postes stratégiques ses falsificateurs de 2010 n’auront pas lieu.

Dramane est un fruit pourri dans l’arbre et prêt à tomber. Et ce ne sont pas les vagues d’arrestations des leaders de l’opposition qui changeront quoi que soit à son destin. Les populations ivoiriennes ont décidé de mettre fin à la promotion de la médiocrité des dozocrates, de la  déliquescence morale et de l’impunité des FRCI, de l’absence totale de justice et de la conséquente aggravation de la criminalité, de l’arrestation arbitraire et de l’assassinat suprajudiciaire, du vandalisme de la presse d’opposition et de la condamnation extrajudiciaire de journalistes, du tribalisme et du clientélisme insultants, du chômage galopant, de la cherté de la vie, de la paupérisation des populations, de la transformation des hôpitaux en mouroirs, du vol, des détournements, et de l’anti-intellectualisme.

Le problème de Ouattara, nous ne cesserons de le dire, est son manque de tout discernement historique. Et pourtant, Compaoré est tout près de lui, qui devrait lui rappeler qu’aucune dictature n’est éternelle.

De gré ou de force, Dramane est sur le départ. Les prochaines élections ivoiriennes se feront, mais sans Dramane.

(Débat télévisé) Côte d’Ivoire: le Coup d’état

Affi retire sa candidature; c’est la démocratie au FPI qui perd, M. Frindéthié

pascal-affi-nguessanAprès d’âpres moments de chaudes empoignades et de vives émotions au sein du FPI, Affi N’Guessan a fini par retirer sa candidature pour la présidence du parti. La leçon que l’on peut tirer de ces derniers mois de remous, c’est que le FPI, qui a par le passé été un exemple de démocratie, vient cette fois-ci de rater son ultime épreuve de pédagogie démocratique. Que n’a-t-on pas entendu à l’occasion de la candidature d’Affi ? Quels sobriquets, quelles attaques, quelles humiliations n’a-t-on pas entendus à l’encontre d’Affi, qui lui venaient même de certains grands intellectuels du parti ? Affi a retiré sa candidature, mais c’est la démocratie qui a perdu la bataille au FPI. Gbagbo a créé le FPI, certes, mais le FPI n’est pas sa chose à lui ; n’est pas la chose de sa famille, car si telle était le cas, seule la famille de Gbagbo voterait au FPI. La démocratie aurait voulu que, sans invectives, sans insultes, sans stigmatisations, la candidature d’Affi soit retenue, qu’elle aille jusqu’au bout du processus démocratique contre celle de Gbagbo, et que les électeurs décident. Mais la poussée d’une émotion antidémocratique a conduit Affi à retirer sa candidature avant que la démocratie ne décide. Affi a retiré sa candidature. Le FPI a maintenant besoin de se ressouder après tant de verves négatives versées contre Affi et ceux qui soutenaient sa candidature. Espérons que la tâche sera aisée.

Mes Questions aux Tirailleurs Sénégalais, M. Frindéthié (30 janvier 2012)

Pour vous, prétendues élites africaines, tirailleurs sénégalais des temps modernes, qui hier encore vous réjouissiez des interventions occidentales en Libye et en Côte d’Ivoire, j’ai ces questions : vos peuples sont-ils mieux lotis qu’ils l’étaient avant l’assassinat de Kadhafi et la déportation de Gbagbo ? Vos rues en sont-elles plus certaines et vos nuits plus paisibles ?  Vos écoles en sont-elles mieux équipées et vos enfants mieux instruits ? Vos femmes en sont-elles mieux soignées et vos marchés plus fournis ? Votre presse en est-elle plus affranchie et la parole plus émancipée ? La démocratie en est-elle plus expansive et vos prisons moins suffocantes ? Vos peuples en mangeront-ils mieux ce soir ? En boiront-ils mieux ce soir ? En verront-ils mieux ce soir ? Ou bien, pis que naguère, chercheront-ils à tâtons, dans l’obscurité et les frayeurs de la nuit, un point d’eau qui n’existe pas, une pitance qui n’arrive pas, pendant que vous, auguste bouffon d’un gala, soupant à la table du « Grand Blanc », continuez d’exhiber à votre hôte votre sourire imbécile de Nègre insoucieux, repu et satisfait ?

EN ATTENDANT GBAGBO, Koffigoh

 

kofigohLa Cour Pénale Internationale peine depuis 2 ans à trouver des preuves suffisantes pouvant lui permettre de confirmer les charges pesant sur le Président Laurent Gbagbo. Très tôt déjà dans la procédure, la CPI avait déclaré Gbagbo indigent, c’est-à-dire qu’il était plus pauvre qu’un rat d’église, n’ayant pas de comptes bancaires garnis, ni en Côte d’Ivoire, ni à l’étranger. A l’audience de confirmation des charges de Fevrier 2013, l’accusation Ocampo-Bensouda a sorti des informations fausses et des images de massacres prises au Kenya. Aujourd’hui la CPI joue sa crédibilité et ne sait quoi faire de ce dossier plutôt encombrant et humiliant. L’ancien premier ministre togolais, Joseph Kokou Koffigoh, observateur des présidentielles invoiriennes de 2010, fidèle à lui-même, vient d’écrire un poème qui en dit long sur le combat de Laurent Gbagbo, les montages de la Communauté Internationale et l’embarras de la fameuse CPI:

 

gbagbo

EN ATTENDANT GBAGBO

Le dossier est vide vous l’admettez enfin!
Alors que fait Laurent encore dans la galère?
Coupez les chaines de l’innocent dans les fers;
N’imitez pas Pilate en vous lavant les mains.

Depuis plus de deux ans, on a creusé, fouillé
Partout, pour lui coller les trois mille cadavres,
Sous les vieux monuments, déraciné les arbres,
Plongé dans l’Ébrié pour ne rien trouver.

À présent, on donne quelques mois pour chercher
À tout prix. Dites-moi quoi? Quelle ultime preuve?
Justice mon amour! Tu peux fouiller! Oui creuse! Oui!
Je te demande de ne rien lâcher.

Quand le trou sera grand, très profond et intense,
C’est le Mensonge qui y sera enterré;
Alors vous comprendrez qu’il vous faut libérer
Des mains de l’infamie, ce grand héros immense.

J’entends d’ici trembler les murs de Jéricho;
La Vérité suprême en un sursaut final,
Renverse les remparts érigés par le mal;
Demandez lui pardon en libérant Gbagbo.

Joseph Kokou Koffigoh
Lomé le 4 Juin 2013

Source: http://www.mo5-togo.org/index.php/actualite/217-koffigoh-a-la-cpi-le-dossier-est-vide-vous-l-admettez-enfin

Théophile Kouamouo (Nouveau Courrier) résume la 4e journée de l’audience à la CPI

GbagboUne accusation qui rabâche son «scénario» de la veille et de l’avant-veille, en laissant filer de nouvelles «perles» qui la discréditent. Une Défense qui se lance dans une déconstruction en règle du «narratif» visant à légitimer Ouattara, défendu par le bureau du procureur de la CPI, mais aussi par une partie de la presse française cohérente avec les options politiques hexagonales. La journée d’hier a été riche, et a donné lieu à quelques passes d’armes «viriles»

Fin de la présentation du bureau du procureur,débutde celle des avocats de la Défense. La journée d’hier s’est déroulée en deux phases dans la salle d’audience I de la Cour pénale internationale (CPI), à La Haye, aux Pays-Bas. Dans un premier temps, l’Accusation a continué de tenter d’incriminer Gbagbo et de convaincre les juges de le faire passer en jugement.

Elle a beaucoup rabâché, réitérant de diverses manières ses récriminations des jours précédents pour prouver que Gbagbo avait mis en place un «plan» et une «politique» consistant à tuer le maximum de civils pro-Ouattara pour rester au pouvoir. La démonstration est difficile, dans la mesure où assassiner des civils était la meilleure manière de donner des prétextes pour entrer en scène à une «communauté internationale» pro-Ouattara déjà pré-positionnée…

Mangou, Kassaraté : quelle crédibilité à leurs accusations «sauve-quipeut»?

Il a beaucoup été question hier, de la chaîne de commandement opérationnelle des Forces de défense et de sécurité (FDS), de jeunes patriotes, de «miliciens» et de «mercenaires»… La défense a évoqué des documents trouvés «dans la chambre de Gbagbo» (donc forcément par les soldats de la coalition franco-ouattariste si ce ne sont pas encore des faux grossiers). Notamment un document statuant sur un projet de «redynamisation des FDS», ce qui n’a rien de bien sulfureux !

Le développement de l’Accusation a permis à l’opinion ivoirienne de se rendre compte que, parmi les témoins à charge, se trouvaient sans aucun doute les généraux Philippe Mangou et Edouard Tiapé Kassaraté, respectivement chef d’état-major des armées et patron de la gendarmerie sous Gbagbo, et qui n’ont manifestement rien trouvé de mieux pour «s’en sortir» que d’accabler au maximum leur ancien patron. Dès lors, une question s’impose : quelle crédibilité donner aux dires d’hommes cités dans la mise en place du prétendu «plan» et de la politique alléguée, qui ont finalement été promus par l’adversaire Alassane Ouattara, et qui étaient sous son autorité et soucieux de lui complaire – et d’éviter d’être eux-mêmes poursuivis – quand ils sont «passés à table» ?

Une déclaration télévisée imaginaire de Gbagbo

Faisant feu de tout bois, l’Accusation a commis une grosse erreur en invoquant, sans en apporter la preuve en vidéo,une déclaration télévisée imaginaire du président Laurent Gbagbo affirmant qu’il allait faire d’Abobo «un cimetière». Un des témoins à charge aurait «entendu dire» que Gbagbo aurait prononcé ces mots à la télévision… Une fois de plus, on croit rêver !

Un autre témoin à charge a affirmé que Gbagbo avait dit à ses officiers de «rester fermes» et de «tenir Abobo», sans donner «d’instructions opérationnelles claires». Il n’aurait donc pas donné d’instructions pour tuer sept femmes à Abobo et pour bombarder le marché Siaka Koné ?

Après la fin de la démonstration poussive de l’Accusation, deux juges de la CPI ont posé des questions traduisant leur perplexité quant au raisonnement du bureau du procureur, notamment sur la manière d’établir «le mode de responsabilité». «D’un côté vous dites que les miliciens sont intégrés aux FDS, d’un autre vous dites qu’ils répondent de Gbagbo. On peut avoir un organigramme ?», a demandé un membre de la Cour. Malaise, déjà !

Selon un témoin de la Défense, la France a armé les rebelles…l’Accusation sursaute

La Défense a commencé sa présentation, qui continuera la semaine prochaine – lundi, mardi et mercredi. La première étape de son travail de déconstruction des mythologies édifiées par l’Accusation, qui s’appuie massivement sur le storytelling mensonger de la presse pro-Ouattara, qu’elle soit française ou ivoirienne, a consisté à mettre en perspective la crise ivoirienne dans son ensemble.

Grâce à une présentation Powerpoint et à des vidéos, la Défense est retournée jusqu’en 1999, pour établir que derrière tous les épisodes de déstabilisation de la Côte d’Ivoire pendant toute une décennie, se trouvaient toujours les «éternels séditieux» gravitant autour d’Ibrahim Coulibaly dit «IB»… et dont certains, comme Koné Zakaria (une vidéo le prouve) n’hésitaient pas à avouer que leur financier était Alassane Ouattara. Dont IB était un des gardes du corps, au demeurant !

Sur les prétendus «escadrons de la mort», qui permettent de diaboliser à peu de frais Simone Gbagbo – comme l’a fait toute honte bue le bureau du procureur de la CPI –, la Défense a rappelé les décisions de tribunaux français condamnant Le Monde et L’Express pour diffamation à ce sujet. En s’appuyant sur les rapports des ONG internationales de défense des droits de l’Homme, dont certaines sont pourtant très «compréhensives» avec Ouattara, la Défense a fort utilement brossé le CV macabre des chefs rebelles qui ont multiplié les crimes et les pillages dans le Nord avant de conquérir tout le pays avec le soutien de la France officielle, et à qui Alassane Ouattara a donné, pour le pire, les clés de toute la Côte d’Ivoire– Fofié Kouakou, Wattao, Chérif Ousmane, Koné Zakaria, Ousmane Coulibaly dit «Ben Laden», etc…

Grâce à des témoignages, dont certains étaient confidentiels – et on comprend pourquoi ! –, la Défense a établi que l’entreprise de déstabilisation sans relâche de l’Etat ivoirien était soutenue par le Burkina Faso –devenu exportateur de cacao – et par la France. Un témoin anonyme «P2», dont l’évocation a fait sursauter l’Accusation, a ainsi été le témoin direct de fournitures d’armes, de munitions et de véhicules à la rébellion par… la France !

L’irruption de l’ancienne puissance coloniale a profondément irrité l’Accusation, qui a demandé nerveusement de «revenir aux charges». Ce qui lui a valu une rude mise au point de Maître Altit.

«En écoutant jusqu’à la fin de la démonstration, vous comprendrez probablement où nous voulons en venir. Mais d’ores et déjà, vous avez bien compris qu’il s’agit de saisir les tenants et les aboutissants si l’on veut juger cette affaire, et non pas avoir une vue parcellaire et biaisée. Deuxièmement, le rapport, il est là ! Quand on dit que des chefs soupçonnés de crimes de masse se sont livrés à des massacres à Yopougon au même moment où, selon vous, d’autres tuaient, alors il y a une impossibilité.

Quelle est la vérité ? La vérité se comprend lorsque l’on prend une certaine distance. La distance, nous vous la donnons. Vous n’avez pas fait d’exposé des faits qui soit impartial. Nous le faisons à votre place. C’est l’intérêt de tous ceux qui sont ici (…) C’est l’intérêt de la justice», a-t-il martelé.

Présidentielle 2010 : des preuves sur les fraudes du RDR

Avant la fin de la session, la Défense s’est appesantie sur les nombreuses preuves au sujet des fraudes qui ont entaché le deuxième tour de la présidentielle de 2010. Des preuves qui allaient de la diffusion de vidéos où Joseph Koffi Koffigoh, patron de la Mission des observateurs de l’Union africaine, s’alarmait des «pertes en vies humaines, séquestrations et violences», à un témoignage confidentiel d’un éminent «sachant», en passant par une explication permettant de réaliser les grossières manipulations – y compris venant du bureau du procureur – visant à faire de la déclaration solitaire de Youssouf Bakayoko au siège de campagne de Ouattara le résultat définitif de l’élection présidentielle.

Et de Gbagbo «le mauvais perdant» dont «le refus de reconnaître sa défaite» a été à l’origine de la crise post-électorale. La bataille judiciaire pour la libération de Gbagbo est aussi une bataille politique, historique et médiatique pour le rétablissement de la vérité sur une Côte d’Ivoire prise au piège d’un récit néocolonial falsifié.

Théophile Kouamouo
Nouveau Courrier

France, UMP: on recompte ou on bombarde? Peut-être vaudrait-il mieux écouter Laurent Gbagbo et tout simplement recompter!

Les Français adopteront-ils la recette de Laurent Gbagbo, celle qui consiste à recompter les voix en cas de litiges électoraux ? Ou bien adopteront-il la fameuse méthode Sarkotara (Sarkozy-Ouattara), la méthode qui consiste à « raisonner » les contestataires à coups de bombardements à l’arme lourde ? Moi idée que dans cette crise électorale qui, à partir de la famille UMP, secoue l’Hexagone, qui demande à la France de choisir entre la sagesse gbogoïenne et la sauvagerie sarkotariste, le discernement de Gbagbo l’emportera sur la barbarie du couple Sarkozy-Ouattara

Le camp de François Fillon a contesté, mercredi 21 novembre, les résultats du scrutin pour la présidence de l’UMP, assurant que 1 304 voix de trois fédérations d’outre-mer ont été oubliées dans le décompte, et que leur réintégration désignerait leur champion comme vainqueur. Alain Juppé s’est déclaré « prêt » à répondre à la demande de François Fillon de jouer un rôle de médiateur dans ce conflit à la tête du parti, mais seulement si Jean-François Copé était d’accord avec cette proposition. Ce dernier reste sur sa ligne, incitant les fillonistes à faire une requête devant la commission des recours.

  • Copé campe sur ses positions

Le président de l’UMP, Jean-François Copé, a répété mercredi soir sur BFMTV ses déclarations précédentes sans varier de sa ligne. Une manière de jouer la montre, ou au moins de renvoyer la balle à son rival François Fillon.

« Nos statuts sont clairs : si on veut contester ces résultats, est prévue une autre instance, la commission nationale des recours. Si M. Fillon veut le faire, seront réexaminés la totalité des bureaux de vote. (…) Si M. Fillon veut faire un deuxième recours, c’est son droit le plus strict. Je redis à M. Fillon ma disponibilité totale pour le voir. »

« Le problème n’est pas juridique, il est politique. Le résultat a été proclamé. (…) Dans le strict respect des statuts de notre parti, il faut que nous trouvions le moyen de l’apaisement. »

Plus tôt dans la journée, Jean-François Copé avait déjà opposé une fin de non-recevoir à ses adversaires. « Il y a eu des résultats, il faut maintenant se rassembler et travailler ensemble », a-t-il déclaré devant la presse dans les couloirs de l’Assemblée nationale après avoir demandé d’arrêter les « chicayas ». « Il y a une commission des recours, on ira à la commission des recours s’il le faut. Comme ça, ça permettra de regarder de plus près les résultats à Nice ! », a-t-il ensuite ajouté.

Mon Cher Wade, Que Croyiez-vous vraiment ? M. Frindéthié

Lorsque les rats désertent le navire, dit l’adage, c’est qu’il est sur le point de chavirer. Le navire Wade prend de l’eau de partout, et ses « amis » occidentaux, dont il était si fier, et qui quelques mois seulement le couvraient de panégyriques, le présentaient comme l’un des derniers sages de l’Afrique, le chantre de la démocratie à qui il fut confiée la délicate mission de convaincre Kadhafi et Gbagbo de quitter le pouvoir, l’évitent comme un dogue scrofuleux.

Après la déclaration des autorités américaines demandant à Wade de céder le pouvoir à la jeune génération, c’est maintenant Sarkozy qui, par la voix de son ministre des affaires étrangères, Alain Juppé, enjoint le gérontocrate de Dakar de partir. Et le ministre sénégalais des Affaires étrangères, Madické Niang, de répliquer qu’en matière de démocratie, le Sénégal n’a de leçons à recevoir de personne. Oh, vraiment ?

Le problème de la plupart des chefs d’Etat africains est qu’ils ont une mémoire historique considérablement éphémère, sinon inexistante, et un orgueil infiniment dilaté, et un complexe d’infériorité à en pleurer. Que croyait vraiment Wade lorsque de son palais Sarkozy trouvait protection et audace pour insulter toute la race noire ? Que croyait-il lorsque l’Occident lui lançait ces multiples flatteries qu’il leur rendait avec l’eternel sourire imbécile du tirailleur sénégalais des temps modernes ? Que croyait-il lorsque, valet fidèle de Sarkozy, il parcourait l’Afrique défaisant les gouvernements nationalistes, allant même jusqu’à planter la dague dans le dos de Kadhafi, cet homme à qui il devait tant de budgets de fonctionnement ?

Mon cher Wade, votre servilité à l’homme blanc vous a fait perdre tout sens du réel. Vous n’avez jamais été un démocrate, bien qu’à force de japper et de frétiller de la queue pour la France vous ayez fini par croire à toutes les âneries qu’elle vous a racontées sur votre prétendu disposition pour la démocratie. Il est temps pour vous de partir. Vous avez fait assez de mal à l’Afrique. Dehors ! Et que l’on s’attelle au sort des autres saboteurs de la souveraineté africaine, ces assassins qui logent dans les palais de Ouaga, d’Abidjan, et …