La Côte d’Ivoire au bord d’un basculement : quand l’État devient la clef du trafic qu’il prétend combattre, M. Frindéthié

La Côte d’Ivoire au bord d’un basculement : quand l’État devient la clef du trafic qu’il prétend combattre

La Côte d’Ivoire aime se présenter comme un îlot de stabilité dans une région tourmentée. Pourtant, derrière les façades vitrées d’Abidjan et les discours rassurants, un danger plus profond s’installe. Ce danger prend la forme d’un État dont certains segments, par corruption, par calcul ou par simple laxisme, deviennent les véritables facilitateurs du trafic de drogue. Ce n’est pas une menace théorique. C’est un processus déjà en marche, discret mais implacable.

Le trafic prospère lorsque l’État vacille ou collabore

Les efforts officiels existent. Les enquêtes se multiplient, des unités spécialisées voient le jour et la coopération internationale s’intensifie. Pourtant, ces avancées sont minées par des failles internes qui transforment l’État en acteur ambigu, parfois protecteur, parfois complice. Les trafiquants n’ont pas besoin d’affronter l’État. Ils ont seulement besoin qu’il s’ouvre, qu’il s’assoupisse ou qu’il se vende. Et c’est précisément ce qui se produit.

Des exemples concrets montrent comment l’État devient la brèche

Voici comment, très concrètement, des acteurs étatiques peuvent devenir les piliers du trafic, volontairement ou non.

1. Le douanier qui “oublie” d’ouvrir un conteneur

Dans plusieurs ports de la région, des conteneurs scellés passent sans inspection parce qu’un agent a reçu une enveloppe ou un appel d’un supérieur. Un seul conteneur “oublié” peut contenir plusieurs centaines de kilos de cocaïne qui traversent le pays sans résistance.

2. Le commandant de brigade qui prévient les trafiquants

Dans certaines zones frontalières, des patrouilles sont mystérieusement annulées quelques heures avant le passage d’un convoi suspect. Ce type de “coïncidence” n’est jamais fortuit. Il s’agit d’une complicité active.

3. Le préfet qui ferme les yeux pour préserver la “paix sociale”

Dans des localités où le trafic fait vivre des centaines de jeunes, certains responsables administratifs préfèrent ne pas intervenir pour éviter des tensions. Cette complicité passive est tout aussi dangereuse, car elle normalise l’illégalité.

4. Le port où les caméras ne fonctionnent jamais au bon moment

Pannes techniques répétées, zones d’ombre dans les entrepôts, badges d’accès partagés. Ce sont des complicités structurelles qui permettent au trafic de prospérer sans qu’aucun agent n’ait besoin de se salir les mains.

5. Le policier qui arrête les petits dealers mais protège les grossistes

Le schéma est classique. On montre des arrestations pour rassurer l’opinion, mais les véritables patrons du trafic restent intouchables. Ce double jeu est le signe d’un État infiltré, où la loi ne s’applique plus de manière égale.

Pourquoi ces complicités sont plus dangereuses que les trafiquants eux-mêmes

Un réseau criminel peut être démantelé. Une cargaison peut être saisie. Un baron peut être arrêté. Mais un État infiltré ne se démantèle pas. Lorsque des segments de l’administration deviennent des partenaires, actifs ou passifs, du trafic, trois dynamiques mortelles s’installent.

1. Le trafic devient institutionnalisé

Il ne dépend plus de la chance ou de la ruse, mais de procédures internes détournées.

2. L’impunité devient systémique

Les arrestations ciblent les exécutants, jamais les protecteurs. Le message est clair. Continuez, nous veillons sur vous.

3. L’État perd son autorité morale

Lorsque les citoyens voient que les trafiquants sont protégés par ceux qui devraient les combattre, la confiance s’effondre. Et sans confiance, il n’y a plus d’État. Il ne reste qu’une façade.

Le Venezuela comme avertissement qui ressemble de plus en plus à un miroir

Le Venezuela n’a pas sombré d’un coup. Tout a commencé par des arrangements locaux, des officiers qui “aidaient” les réseaux, des préfets qui fermaient les yeux. Puis, progressivement, des pans entiers de l’armée ont été absorbés dans le trafic, donnant naissance au Cartel de los Soles. La Côte d’Ivoire n’en est pas là. Mais les dynamiques sont trop similaires pour être ignorées. Les mandats sécuritaires se chevauchent. Les ports stratégiques sont vulnérables. Des élites locales participent aux économies illicites. Les institutions de lutte manquent de moyens et de coordination. Le parallèle est suffisamment clair pour que l’alarme soit tirée maintenant, pas demain.

Que faire avant que la pente ne devienne irréversible

1. Sanctionner les complices étatiques, même les hauts gradés

Sans sanctions exemplaires, la corruption devient un modèle.

2. Unifier la lutte contre le trafic

Une seule structure, un seul commandement, un seul responsable.

3. Renforcer les contrôles internes

Audits indépendants, rotations fréquentes, surveillance numérique des opérations sensibles.

4. Protéger les lanceurs d’alerte

Sans protection, personne n’osera dénoncer les complicités internes.

5. Développer les zones frontalières

Réduire les incitations économiques qui poussent les agents à collaborer avec les réseaux.

L’État ivoirien joue sa crédibilité et son avenir

Le trafic de drogue n’est pas seulement un problème criminel. C’est un test de résistance pour l’État ivoirien. S’il laisse ses propres agents devenir les facilitateurs du trafic, le pays risque de glisser vers un modèle où la criminalité n’est plus une menace extérieure, mais une composante interne du système politique et administratif. La Côte d’Ivoire a encore le choix. Mais ce choix doit être fait maintenant, avant que les complicités ne deviennent trop profondes pour être déracinées.

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